CHAMP D'EXPERIENCES DE VINCENNES RÉCOLTE DE
d’effet que tous les minéraux ensemble, mais la récolte ne prend les caractères d’un rendement intensif que lorsqu’on réunit ces deux ordres de composés.
Nous pouvons ajouler enfin que lorsqu’on passe du sable calciné aux terres naturelles, le nombre des minéraux à employer comme engrais peut être réduit sans inconvénient de 10 à 3.
Faites dans ces nouvelles conditions deux expériences parallèles, Tune avec une matière azotée et les dix minéraux que vous connaissez, et l'autre avec une matière azotée et trois minéraux seulement, le phosphate de chaux, la potasse et la chaux, les rendements sont égaux.
Dans le sable calciné cette suppression de sept minéraux se fût traduite par un abaissement immédiat de la récolte, si tant est que la végétation y eût résisté. Or, comme elle n’en souffre pas dans la terre naturelle, il est manifeste que ces sept minéraux existent dans le sol.
Les conditions les plus favorables de la fertilité se trouvent donc réalisées par la réunion de ces quatre termes : matière
AZOTÉE, PHOSPHATE DE CHAUX, TOTASSE ET CHAUX; c’est pourquoi
j’ai donné à ce mélange le nom cI’engrais complet.
Enfin, pour raf èrrnir encore ce que je viens de dire, qu’il me soit permis de placer sous vos yeux une série de récoltes obtenues avec des engrais chimiques seulement. Les inégalités considérables qu’elles présentent ont pour cause unique la suppression de l’un des quatre termes de l’engrais complet, tant il est vrai que la réunion des quatre est indispensable pour obtenir une végétation florissante.
Bien que les dix éléments qui viennent de nous occuper participent seuls à la production des végétaux, pour remplir leurs fonctions, ces éléments réclament impérieusement le concours d’un autre ordre de matériaux que le sol contient aussi et dont il tant que je vous entretienne. Ces matériaux, au nombre de trois, savoir l’argile, le sable et Fhumus, différent des précédents par leur fonction purement passive. Ils servent en effet de support aux plantes, mais ne concourent
pas par eux-mêmes au maintien de la vie végétale. Ainsi, pour les distinguer des premiers, qui ont reçu le nom à' éléments assimilables du sol, leur a-t-on donné celui àf éléments mécaniques .
Mais ce n’est pas tout, les éléments assimilables se divisent eux-mêmes en deux groupes. Les éléments assimilables actifs et les éléments assimilables en réserve, ainsi nommés parce qu’ils ne peuvent concourir à la production végétale, qu’après avoir subi une décomposition préalable qui permette aux végétaux de les absorber.
Un exemple va nous faire toucher du doigt pour ainsi dire la nécessité de cette distinction.
Les matières azotées d’origine animale produisent en se décomposant de l’ammoniaque et des nitrates, et doivent à cette formation leur effet utile; les dépouilles des animaux et leur peau notamment sont dans ce cas, attendu qu’elles se décomposent avec une facilité et une promptitude sans égale.
Mais ces peaux ont-elles subi la préparation du tannage, ont-elles passé à l’état de cuir, elles ne se décomposent plus qu’avec une extrême lenteur, et perdent ainsi une partie de leur activité immédiate.
Dans le premier cas elles appartenaient au groupe des éléments assimilables actifs, et dans le second à celui des éléments assimilables en réserve.
Eh bien, il y a dans le sol des produits organiques et minéraux qui, à l’exemple de ces derniers, n’exercent une action utile qu’après avoir subi une décomposition préalable plus ou moins lente.
Il était donc nécessaire, vous le voyez, d’établir une distinction entre ces deux états des éléments assimilables.
Je reviens aux éléments mécaniques. S’ils ne participent pas, cependant, à la nutrition végétale, il est intéressant de connaître leurs propriétés, parce qu’elles sont étroitement liées aux bons effets des éléments assimilables.
Ainsi l’argile a la propriété d’absorber et de retenir beaucoup d’eau, fonction importante, puisqu’elle entretient
dans le sol le degré d’humidité sans lequel la végétation deviendrait impossible. Mais vous savez qu’à la longue l’argile finit par se dessécher et durcir, lorsqu’elle est exposée à l’action du soleil, et alors elle devient si compacte que les racines des plantes ne peuvent plus la pénétrer.
Ici le sable, qui seul serait impropre à la végétation, parce qu’il formerait un sol trop mouvant et incapable de retenir l’eau, intervient fort à propos. Formé de grains isolés, toujours indépendants les uns des autres, le sable, par son mélange avec l’argile, en atténue la compacité et lui communique le caractère d’un milieu poreux et meuble, aussi perméableà l’air qu’à l’eau, ce que réclame impérieusement l’exercice delà vie végétale.
L’argile possède encore une propriété qui mérite de vous être signalée : celle de fixer dans le sol les composés azotés et minéraux qui en déterminent essentiellement la fertilité. Cette fixation n’est pas complète et définitive, elle n’est en quelque sorte qu’extérieure et transitoire, car l’argile finit par rendre à la végétation les principes dont elle semblait s’être emparée.
Pour mieux vous faire comprendre le caractère de cette fonction, je vous citerai un exemple.
Délaye-t-on un morceau d’argile dans du jus de fumier, le liquide se décolore, et l’analyse montre qu’au bout d’un certain temps il a perdu une partie de l’ammoniaque ainsi que des sels qu’il contenait et que l’on retrouve dans Fargile.
Faites, en effet, l’expérience inverse, délayez la même argile dans l’eau distillée, elle cède peu à peu les produits qu’elle avait extraits du jus de fumier.
Enfin, si les principes actifs du soi ne sont pas entraînés par les eaux pluviales, on le doit encore à l’argile, qui à cette précieuse propriété joint celle de régulariser la dissolution des principes fertilisants que le sol contient. Voici comment :
La faculté absorbante de l’argile est d’autant plus grande que les dissolutions sur lesquelles elle agit sont plus con-
centrées. Dans une dissolution contenant 4 p. 100 de potasse ou d’ammoniaque, l’argile absorbe plus de ces deux alcalis que dans une dissolution qui n’en contient que 1 ou 2 p. 100. 11 suit de là que si des périodes de sécheressese déclarent on n’a point à craindre que la partie soluble du sol y acquière un degré de concentration dangereux pour les plantes. L’argile s’y oppose. Les pluies se prolongent-elles, l’argile rend à l’eau les produits qu’elle avait fixés. 11 résulte de ces actions et réactions, que l’argile agit sur les éléments assimilables du sol comme une sorte d’organe régulateur, les retenant ou les rendant tour à tour suivant que la terre passe de l’état de sécheresse à celui d’un excès d’humidité.
Vous le voyez donc, messieurs, bien que l’argile et le sable ne participent pas à la vie végétale, ils remplissent cependant line fonction de la plus haute importance.
Pour terminer sur ce point, disons un mot de la nature de ces deux corps.
L’argile est un silicate d’alumine hydraté, dans lequel la proportion de l’eau est très-variable, attendu quelle peut aller de 10 à 25 p. 100 de son poids.
L’argile a pour origine les silicates des roches éruptives. Vous auriez quelque peine à croire peut-être que le granit et le porphyre, dont on a fait presque le symbole de la résistance et de la durée, s’altèrent quelquefois avec une facilité étonnante.
Lorsque le refroidissement de ces roches s’est fait trop brusquement, elles éprouvent par l’action dutempsune sorte d’exfoliation intérieure à la suite de laquelle leurs bases alcalines et terreuses, la potasse, la soude, la chaux, etc., sont entraînées par les eaux pluviales, tandis que l’alumine reste on combinaison avec une partie de la silice et forme l’argile que vous connaissez.
La nature du sable est plus simple, il est essentiellement formé de silice à l'état de quartz ; il appartient à la grande famille des roches arénacées, qui ne sont elles-mêmes que des blocs de roches éruptives ou volcaniques entraînés et
divisés par l’action des eaux. Ainsi l’argile doit son origine à la décomposition chimique de ces roches, et le sable à leur trituration résultant de leur entraînement par les eaux, comme les alluvions de nos fleuves nous en offrent tous les jours de nouveaux exemples.
Le sol contient encore un produit bien différent des précédents, l’humus, auquel les agriculteurs ont attribué bien à fort jusqu’ici un rôle de premier ordre.
Vous savez que la terre de bruyère, formée essentiellement de sable, contient en outre une matière noire. Celte matière est insoluble dans l’eau ; soluble, au contraire, si on ajoute à l’eau une petite quantité de potass%caustique. Eh bien, cette matière noire, que l’on trouve aussi dans le jus du fumier et dans la plupart des terres naturelles, à des doses très-inégales, c’est l’humus.
La composition de l’humus est la suivante: Cn (ÎI9 O9), c’est-à-dire que l’humus est composé de carbone, d’hydrogène et d’oxygène dans le rapport voulu pour former l’eau, et qu’il rentre par conséquent dans le cadre des hydrates de carbone; la cellulose, le sucre, l’amidon, etc., qui représentent, vous le savez, les 95 centièmes du poids des végétaux.
L’humus a pour origine la substance même des végétaux à laquelle une sorte de décomposition spontanée a fait perdre une certaine quantité d’hydrogène et d’oxygène à l’état d’eau.
Les deux formules suivantes sont destinées à mettre en relief ce mode de génération de l’humus :
Cellulose C24 II20 O29
Humus. C24 119 O9
Je vous disais, messieurs, que beaucoup de bons esprits placent l’humus au premier rang comme agent de fertilité, mais si vous demandez des preuves à l’appui de cette opinion, on ne peut vous en fournir. La nutrition végétale est un phénomène extrêmement complexe dont l’analyse ne remonte guère au delà d’une dizaine d’années. Lorsqu’on
manquait de données suffisantes pour le définir, on y suppléait par des hypothèses et des mots. L’humus a eu l’heureux privilège de servir d’explication à tout ce qu’on ne comprenait pas. Grâce à cette communauté d’expression, on semblait d’accord, alors qu’en réalité chacun lui attribuait une signification différente.
Fidèle à notre programme, évitons cet écueil. Laissons de côté les mots pour aller au fond des choses, et demandons à l’expérience nos lumières et nos informations.
Comment et dans quel cas l’humus manifeste-t-il une action favorable?
Le premier de ses bons effets tient à la propriété qu’il possède, comme l’argile, d’absorber beaucoup d’eau et de contribuer ainsi à maintenir de l’humidité dans le sol. Si on remarque cependant que la terre en contient à peine quelques centièmes de son poids, il est bien difficile de concéder à ces traces d’humus le rôle d’agent modificateur de l’état physique du sol qu’on a voulu lui'attribuer.
L’humus possède une propriété plus utile, il est apte à fixer dans le sol l’ammoniaque qu’il soustrait ainsi à l’entraînement des eaux pluviales et qu’il cède plus tard ù la végétation.
Ses fonctions à cet égard sont encore analogues à celles de l’argile.
Jusque-là, rien de bien saillant, mais voici où l’importance de ses fonctions commence. L’humus absorbe l’oxygène de l'air et subit à la suite de cette absorption une combustion lente, inapparente, mais réelle. 11 devient ainsi, pour le sol, la source d’une formation lente mais non interrompue d’acide carbonique, moins utile par le carbone qu’elle fournit à la végétation que par l’action dissolvante qu’elle exerce à l’égard de certains minéraux et notamment des phosphates et du calcaire.
Nous trouverions au besoin la preuve de ce fait dans une expérience bien simple. Instituez dans le sable calciné deux cultures, l’une avec le concours de l’humus et F autre en
l’absence de ce corps, toutes deux ayant reçu la même dose d’engrais chimique. Dans les deux cas le rendement sera exactement le même, mais l’analyse accusera dans la récolte venue avec le secours de l’humus plus de phosphate de chaux que dans la récolte venue dans le sable. L’humus suffit donc pour élever la teneur des plantes en phosphate !
L’humus peut dans certains cas produire un effet plus utile, il peut dans une certaine mesure élever les rendements : cet effet a lieu lorsqu’on associe l’humus au carbonate de chaux.
Pour le prouver, faisons quatre nouvelles expériences. Instituons en premier lieu une culture dans le sable calciné, le sol étant pourvu d'une matière azotée et de tous les minéraux qu’il faut employer dans ces conditions, à l’exception du carbonate de chaux. Si on sème 22 grains on récoltera de 20 à 22 grammes de plantes. Ajoutons de l’humus au sable, la récolte ne change pas. Substituons le carbonate de chaux à l’humus pas de changement non plus. Ajoutons à la fois de l’humus et du carbonate de chaux le rendement s’élève à 51 grammes. Ces données ont pour la pratique une importance fondamentale; qu’il me soit donc permis de les résumer dans ce petit tableau :