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LES

Messieurs,

J’avais d’abord eu la pensée de faire des Entretiens de cette année un chapitre nouveau de la doctrine des engrais chimiques, car cette doctrine, vous l’avez pressenti, n’a pas dit son dernier mot. Mais en présence des expériences multipliées qui se poursuivent sur tous les points de la France, je crois plus utile de raffermir les données déjà répandues dans le public que de chercher à les étend

Je vais donc m’appliquer à compléter les entretiens de 1867 par une série d’exemples tirés de la pratique, et afin de donner plus de généralité à mes conclusions, je prendrai pour cadre de cette nouvelle étude trois groupes de plantes choisies parmi les plus importantes et les plus répandues : les plantes . à sucre, les plantes à fécule et les plantes à huile.

Cette décision m’entraînera à quelques redites inévitables, mais elle me fournira l’occasion de réfuter, sans sortir du domaine des faits, les préventions que certains organes de la presse agricole s’efforcent de répandre dans le public contre l’emploi des engrais chimiques.

Dans le groupe des plantes à sucre, nous comprendrons la betterave, la canne, le sorgho, le maïs, le topinambour et le navet.

Les plantes à fécule seront représentées par la pomme de terre.

Plus nombreuses, les plantes oléagineuses se composeront du colza, du chou, du chanvre, du lin et du coton.

On aurait pu faire entrer dans ces trois groupes beaucoup d’autres plantes : je m’en suis abstenu afin de rester fidèle à la règle que je me suis prescrite de ne parler que des expériences qui me sont personnelles ou de celles auxquelles j’ai été associé.

A mesure que l’emploi des engrais chimiques se généralisera, nos cadres primitifs se compléteront ; le progrès sera plus lent, mais nos conclusions seront plus sûres.

Ce que je veux éviter avant tout, ce sont les géné-

ralités anticipées ou la reproduclion banale de ce qui a été dit ailleurs.

Je commence l’iiistoire des plantes à sucre par la betterave, et à propos de cette plante je veux répondre, une fois pour toutes, à une objection dont la valeur apparente peut au premier abord donner le change à l’opinion.

On nous dit avec une sorte d’ostentation complaisante : Les engrais chimiques ne sont pas à proprement pai’ler de véritables engrais ; leur action se borne à dissoudre les éléments de fertilité du sol, et par conséquent ils l’épuisent.

On dit encore : Les engrais chimiques ne peuvent tenir lieu de fumier, parce qu’ils manquent de certains principes dont le fumier est toujours pourvu et dont les plantes ne sauraient se passer.

Qu’y a-t-il de vrai dans ces objections? Rien.

L’analyse du fumier va me permettre de le prouver sur l’heure :

Dans 100 parties de fumier, il y a d’abord 80 parties d’eau. Or, ce n’est pas à l’eau évidemment que le fumier doit ses bons effets. Elle augmente les frais de transport et de main-d’œuvre, mais elle n’est pas un élément de fertilité pour le sol.

Restent donc 20 parties comme expression de l’efl'et utile du fumier. Leur action est-elle du moins certaine? Non, car elles sont elles-mêmes affectées de non valeurs. Il faut d’abord en distraire 13.29 pour les fibres ligneuses et la paille, dont les propriétés fertilisantes sont à peu près nulles ; puis 5.07 représentés par de la silice, de l'oxyde de fer, du chlore,

de l’acide sulfurique, de la soude, etc., etc., dont les plus mauvaises terres sont surabondamment pourvues, ce qui réduit finalement à 1.64 les substances réellement actives contenues dans le fumier.

Récapitulons :

Fumier 100 parties.

Humidité 80.00

Fibres ligneuses 13.29

Minéraux secondaires 5.07

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