LES 1,000 KIL
8 fr. 90 pour les porcs.
les vaches.
les moutons.
les chevaux.
les bœufs.
Soit en moyenne * . 23 fr. 32
Quelle conclusion devons-nous tirer de ces résultats? M. Autier s’est chargé de la formuler dans la lettre qui accompagnait ses comptes. Il me disait :
« Quoique je compte à bas prix tous les objets consommés, et bien que la main-d’œuvre ne soit pas chère ici, mon fumier me coûte un prix très-élevé, je dirai même ruineux, si je devais
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entretenir des bestiaux en assez grand nombre pour produire l’équivalent de tous les engrais que j’emploie. »
Voilà donc où mène la formule tant vantée : prairie, fumier, céréales. Demandez-vous ce que coûte le froment à celui qui emploie du fumier à 25 fr. les 1,000 kilogrammes, et alors la cause principale des insuccès agricoles vous apparaîtra avec la dernière évidence, quoique toujours niée ou méconnue.
Mais il faut épuiser la question.
Supposons donc que mes critiques n’aient aucun fondement, et que l’économie des comptes de M. Aulier soit irréprochable. En serez-vous plus avancé? Non, car je vous l’ai annoncé: si on conserve les affectations attribuées aux journées de travail, on trouve :
Pour les bœufs 14,961 fr.
Pour les chevaux 14,706
Total 29,667 fr.
pour cultiver 196 hectares, ce qui porte à 151 fr. 31 par hectare les frais de labour et de récolte. Mathieu de Dombasles les fixait à 43 fr. ! N’est-ce pas la condamnation du travail par les animaux, et sous une forme indirecte la condamnation du fumier lui-même, dans les conditions où M. Autier le produit (1)?
La conclusion est forcée : c’est la substitution du travail par la vapeur au travail des animaux ou celle des engrais chimiques au fumier.
Il n’y a pas moyen de sortir de ce dilemme.
Lorsque j’ai dit, il y a deux ans, que le prix de 27 fr. 17, auquel le fumier revenait à la ferme du Thier-Garten, était plus fréquent qu’on ne pensait, si le nom du vénéré M. Schattenmann n’avait couvert mon assertion, nul doute qu’on ne l’eût taxée d’exagération, si tant est qu’on eût consenti à y avoir égard. Voici pourtant d’autres comptes qui accusent un prix plus élevé encore.
f1) Je souligne pour éviter les équivoques.
LKS ENOUAIS CHIMIQUES.
Je me bornerai à tirer de ces nouveaux documents une seule conclusion: c’est que rien n’est dangereux comme de vouloir improviser des cultures fourragères. La ferme de Saint-Denis est une création récente, provenant d’un défrichement de bois. Dans de semblables conditions, un trop nombreux bétail est une cause incalculable de dépense. Pour peu que les fourrages viennent à manquer, on est pris au dépourvu ; privé de réserve, il faut vendre les animaux à vil prix, ou payer le fourrage et la paille des taux excessifs. Le fumier et le travail des attelages ressortent alors à des prix que la culture ne peut couvrir, et la viande coûte plus qu’on ne la vend.
Que l’on renverse l’ordre de succession préconisé jusqu’ici; qu’on prenne pour point de départ une importation d’engrais, bornant au début les animaux au strict nécessaire pour le travail de la ferme ; qu’on attende de s’être créé des réserves de paille et de foin. Oh! alors, le bétail peut intervenir avec avantage. Mais encore ne faut-il l’accroître qu’avec circonspection, et se tenir au-dessous des ressources en fourrage dont on dispose, sans jamais les dépasser.
Si l’on était tenté de croire que l’exemple de M. Autier est une exception, j’inviterais mes contradicteurs à revoir leurs propres comptes et à en bannir rigoureusement toutes les affectations arbitraires ou dissimulées.
Je connais en Normandie trois exploitations modèles, représentant chacune de 1 à 2 millions au moins ; les bâtiments y sont splendides, admirablement disposés ; chaque ferme possède une distillerie sortie des ateliers de la maison Cail. Quel est le résultat financier? J’espère pouvoir un jour vous le dire.
Les trois propriétaires, qui occupent un rang élevé dans l’industrie et dont la fortune est assez bien assise pour qu’on puisse faire l’histoire et le compte des vicissitudes que leur création ont traversées, n’ont commis qu’une seule faute. Ils se sont dit qu’en cultivant de grandes étendues en betteraves, ils auraient beaucoup de pulpes, et partant beaucoup de fumier à bas prix, ce qui permettrait d’atteindre de grands rendements. En fait, qu’est-il advenu? Les premiers rendements de betteraves ont été faibles; les animaux, assez médiocrement nourris, ont donné de
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la perte. La paille faisant défaut, il a fallu employer la bruyère comme litière. Le fumier étant de mauvaise qualité a produit peu d'effet et coûte fort cher. — Voilà où mène la production du bétail, lorsqu’on veut en faire le levier exclusif et primordial de la mise en valeur du sol.
Concluons. — S’agit-il de fixer le prix du fumier ? Je ne puis que répéter ce que j’ai dit en 1867 :
« Il faut ouvrir aux écuries un compte à part, le créditer de tout ce qui est une source de valeur réelle, lait, beurre, animaux vendus, accroissement de poids acquis par les animaux conservés ; travail estimé par la ration d’entretien ; — débiter ce compte de l’intérêt du capital représenté par les animaux, les bâtiments, les réserves de nourriture, les frais d’entretien, d’attelage et de personnel, et la nourriture, cotée au prix du cours, déduction d’une bonification de 10 à 15 p. 100 pour frais de transport dont elle a été exonérée. Un compte établi d’après ces données se balance toujours eu perte, mais la perte a pour contrevaleur le fumier. »
A quoi j’ajoute, éclairé par un plus grand nombre de faits, que le prix de 15 fr. la tonne que j’ai admis comme moyenne est certainement au-dessous de la vérité.
Je puis en fournir une nouvelle preuve.
Que de fois ne m’a-t-on pas répondu, lorsque je parlais du haut prix de fumier : Le fumier? mais on s’en procure Jant qu’on veut à 4 fr. la tonne, et d’énumérer avec complaisance les ressources que les grandes villes nous offrent sous ce rapport. M. Dailly va se charger de réduire cet argument à sa juste valeur (1).
D’après lui, le fumier payé à Paris 7 fr. 31 les 1,000 kil., revient en gare à Chartres à 12 fr. 88, dont voici le décompte :
(1) Rapport sur V Engrais chiyniquey par M. A. Dailly, à la Société d agriculture de Seine-et-Oise, pages 7 et 9.
lo Les 1,000 kil. de fumier dans la cour du
dépôt des Ternes 7 fr. 31
2° Transport des Ternes à la gare des BatigHes. 2 21
3® Transport des Batignolles à Chartres 2 38
Total 12 fr. 90
Et à Trappes, près de Versailles, à 13 fr. 18 :
Les 1,000 kil. de fumier de Paris.. . . Chargement
0fr.40 \
Transport à Batignolles
Chargement du wagon
Transport des Batignolles à Trappes
Chargement sur voiture
Total 13 18
13 fr. à la gare d’arrivée. Pour avoir le prix réel, il faut ajouter encore la dépense pour le transport à destination, ce qui ne doit pas être inférieur à 2 fr. par tonne, puisque c’est là le taux fixé pour aller seulement du dépôt de Paris à la gare de Batignolles.
Vous voyez ce que deviennent devant la froide réalité les appréciations en Pair qu’on nous oppose. A ceux qui douteraient encore, je n’opposerai plus qu’un argument. Je les convierai à refaire leur compte, m’en remettant à leur conclusion, bien convaincu qu’elle fortifiera celle que je viens moi-même de formuler.
Le système agricole qui doit prévaloir par la force des choses est donc celui que la doctrine des engrais chimiques préconise.
Un mot le résume : tendre à la culture intensive par une importation permanente d’engrais ; régler la part faite au bétail sur le bénéfice qu’il procure, et rompre avec la prétendue nécessité de produire du fumier quand même et à n'importe quel prix,
A la formule : prairie, bétail^ céréales^ la doctrine des engrais chimiques oppose la formule nouvelle : importation d'en-graiSy céréales ^ bétail.
Là, le bétail est le point de départ obligé, et la clé de voûte de tout le système. Ici il en est le couronnement ; il n’a ni plus ni moins d’importance que les autres produits de la ferme : on en règle la production sur les bénéfices qu’il procure, et si au lieu de profit il donne de la perte, on le réduit au strict nécessaire pour assurer les labours et la consommation de la partie des récoltes qui ne peut être vendue.
Pour assurer la fumure des terres, on a recours à une importation d’engrais, et d’engrais chimiques de préférence à tous les autres, parce qu’ils sont les plus économiques d’abord, et qu’avec eux on sait ce que l’on emploie, et qu’on donne à chaque nature de plante, à la dose voulue, les éléments dont elle a besoin.
Est- ce assez clair?
Dans le passé la prairie avait pour destination de compenser les pertes que l’exportation des denrées destinées au marché, et notamment les céréales, faisaient éprouver à la terre ; nous, au contraire, nous demandons une partie des éléments de cette restitution à une importation d’engrais étrangers au domaine.
Le contraste est donc complet.
Remarquez, je vous prie, qu’il ne s’agit pas de science ici, mais de pratique au premier chef. Dans l’ancien système, la moyenne et la petite culture étaient de véritables fléaux, parce qu’elles produisent sans fumer la terre.
Dans le système des engrais chimiques, la moyenne et la petite culture peuvent fumer à l’égal de la grande, sur laquelle elles l’emportent par la préparation plus soignée du sol.
Or, pour la France, où la petite propriété possède 21 millions d’hectares, c’est là un fait considérable.
Avec l’emploi exclusif du fumier, le moindre progrès exige
une avance de 300 à 400 fr. par hectare, sur lesquels 150 à 200 fr. au moins sont immobilisés en constructions.
Avec les engrais chimiques, une avance de 150 fr. par hectare permet d’atteindre sans délais les rendements de la culture intensive, et, dès la première année, l’opération se solde en bénéfice.
Dans la culture par le fumier, on est enchaîné par la dépendance réciproque du bétail et de la culture. Avec les engrais chimiques, à part les exigences qui naissent de la préparation du sol, on peut spéculer indifféremment sur la vente des fourrages, l’engraissement ou l’élève du bétail. A la condition de rendre à la terre plus d’acide phosphorique, de potasse, de chaux et d’azote qu’on ne lui en a pris, on jouit d’une liberté entière. Qu’importe aux végétaux que l’acide phosphorique réclamé par leur organisation ait pour origine les déjections des animaux, l’ossature d’un durham de race pure, l’apatite de l’Estramadure, la phosphorite de Nassau, ou les nodules de la Moselle? Rendu soluble, assimilable par les plantes, son action n’est-elle pas toujours la même, indépendante de la question d’origine?
Que la potasse vienne de l’urine humaine, des salines de Stassfurt, des granits de la Bretagne ou des eaux de la mer, si on l’offre aux plantes à l’état de nitrate, de carbonate ou de silicate, ses effets n’auront-ils pas pour régulateur unique la forme et le degré de richesse des produits ?
Admettez -vous une seule minute que l’azote à l’état de nitrate de potasse ou de soude agisse différemment, parce qu’on l’aura tiré du Pérou, de l’empire des Birmans, d’une fabrique de salpêtre ou des trappes à miracles de l’agence de M. Rohart?
Non. Vous direz que l’origine n’y fait rien ; que c’est le degré de richesse, la forme, la solubilité de ces quatre agents, source et condition de la vie végétale, qui en règle les effets.
Eh bien ! qu’importe alors que la restitution ait lieu à l’état de fumier ou d’engrais chimique, si une expérience suffisamment étendue vous a appris qu’à richesse égale les engrais chimiques l’emportent sur le fumier, et si, observateur scrupuleux de la loi de restitution totale, vous rendez à la terre plus qu’elle n’a perdu ?
Me direz-vous enfin que depuis une vingtaine d’années, le prix de la viande tend à monter, et que les meilleurs esprits inclinent à penser que si, avec une demi-tête de gros bétail par hectare, on pouvait, sans surcroît de cheptel, porter les rendements à 30 ou 35 hectolitres pour le froment^ à 50 ou 60,000 kil. pour les betteraves, à des conditions rémunératrices, l’industrie agricole serait bien près de son apogée.
Sans rien préjuger de cette opinion, je vous ferai observer que qui peut le plus peut le moins, et que rien ne s’oppose à ce que la solution que vous réclamez soit promptement atteinte.
Associez les engrais chimiques au fumier, en suivant les règles que j’ai tracées dans le cinquième et le sixième Entretien de 1867, et l’idéal de vos rêves sera devenu un fait accompli.
Donnez à tour de rôle pour auxiliaire au fumier, à l’état d’engrais chimique, la dominante de chaque plante, et vous obtiendrez deux effets immédiats :
Toutes les récoltes atteindront leur limite la plus élevée.
On pourra réduire la prairie de moitié ou au moins d’un tiers au profit des cultures d’exportation.
Dans ces conditions nouvelles, deux règles résument tout l’art agricole :
1» Observer avec rigueur la loi de restitution totale, et fumer la prairie.
2o Régler la composition des engrais complémentaires sur le principe des dominantes.
Je n’insiste pas. Ces expressions ont maintenant pour vous un sens net et bien défini.
S’il est vrai que l’efficacité des engrais chimiques égale celle du fumier — vous savez qu’elle est supérieure, — si leur prix est égal — vous savez qu’il est moindre, — l’emploi de ces agents nouveaux, conçu et pratiqué comme je viens de l’indiquer, doit entraîner la transformation de notre régime agricole.
Depuis trois ans, cette transformation s’affirme avec un élan irrésistible. M. Lecouteux ne s’y était pas trompé. Le jour où il s’est mis face à face avec la doctrine des engrais chimiques, il l’avait pressentie et annoncée.
« Lorsqu’on n’a recours qu’au Limier de ferme, disait-il, le
progrès est lent sur les terres qui produisent de 8 à 15 hectolitres de blé par hectare. 11 y a des années que les cultivateurs y suent sang et eau, et ces cultivateurs ont appris à leurs dépens que Tagriculture par le fumier est et ne peut être qu’une entreprise de longue haleine.
<( Si donc la doctrine des engrais chimiques doit entraîner les conséquences annoncées par M. Ville; si cette doctrine permet l’improvisation de récoltes maxima sur les terres jusque-là les plus déshéritées ; si elle se prête à une agriculture qui xirrive aux fourrages par les céréales et les plantes industrielles au lieu d’arriver aux céréales et aux plantes industrielles par les fourrages, comme l’ont toujours conseillé les maîtres le plus en estime, il faut en convenir, une immense révolution agricole, la PLUS grande qui ait jamais été prêchée, est a la veille de se produire, et il faut l’appeler de tous nos vœux (1). »
A quelle époque M. Lecouteux a-t-il tenu ce langage ? Le 30 janvier 1868. Un an et demi s’est à peine écoulé, et voyez comme la question a marché ! Qui oserait affirmer aujourd’hui l’impossibilité de remplacer le fumier par des engrais d’une origine étrangère à la ferme? Qui oserait soutenir l’impossibilité d’obtenir des récoltes rémunératrices sur des terres de qualité inférieure, à l’aide d’une fumure purement chimique ? Qui oserait soutenir qu’il est plus avantageux de recourir à un accroissement de bétail qu’à une importation d’engrais, lorsqu’il s’agit de faire passer à bref délai le régime d’une exploitation, d’un rendement de 20 hectolitres de froment à celui de 30 hectolitres par hectare?
Pour mettre dans tout son jour la supériorité de la nouvelle méthode, j’ai cité deux exploitations célèbres où l’emploi exclusif du fumier n’a donné que des résultats médiocres ou contestés : la ferme de Bechelbronn et l’institut de Grignon.
A ma grande surprise, ce choix n’a pas eu l’heureuse fortune de rallier, dans le monde agricole, runanimité des suffrages : on m’a objecté que la période de l’histoire de Bechelbronn, dont
(1) Journal cVAgriculHire pratique, t. I, p. 131.
j’invoquais le témoignage, était maintenant bien éloignée, et que si riionorable M. Boussingault était un savant d’un mérite incontesté, son autorité comme agriculteur ne pouvait être acceptée sans réserve.
L’exemple de Grignon n’a pas été trouvé plus heureux : pour justifier son insuccès, on s’est prévalu des charges que l’enseignement de l’école imposait à l’exploitation.
Grâce à ces deux réserves, on a continué à défendre la suprématie de la culture par le bétail et le fumier. On soutient, mais sans compte à l’appui il est vrai, la possibilité d’obtenir à son aide des résultats financiers éclatants et des rendements intensifs. Qu’y a-t-il de vrai dans des prétentions si hautaines? Un parti pris né d’une longue habitude ou un invincible aveuglement.
La chambre consultative d’agriculture de Cambrai a eu l’heureuse pensée de dresser, pour la grande enquête, le bilan d’une exploitation de 100 hectares, persuadée avecjuste raison que c’était le seul moyen de donner une idée exacte de l’agriculture du pays.
Or, elle est arrivée à ce résultat que, dans une telle exploitation, les avances s’élèvent, année moyenne, à 74,580 fr., et les recettes à 76,820 fr., soit un bénéfice net de 2,240 fr.!
La question qui nous occupe en ce moment est trop grave pour nous borner à ces indications ; il faut en citer le détail.
Voici donc les éléments de cette déclaration capitale :