‹ Les engrais chimiquesChapitre 105 sur 154 · DÉCHETS DE LAINE · texte numérisé non relu

DÉCHETS DE LAINE

AZOTE, p. 100

Graton ?

Débourrages 5

Poussière de batteries .... ?

5fr.50

A Paide de ces indications, chacun peut fixer avec exactitude le prix réel des engrais qu’il achète, ce qui donnera à l’avenir, aux transactions sur les matières fertilisantes, un caractère d’équité qui lui a manqué jusqu’ici.

L’enquête de 1864 sur les fraudes qu’on fait subir aux engrais industriels a dévoilé des manœuvres véritablement honteuses,

FIXATION DU PRIX DES ENGRAIS

dont les cultivateurs sont tous les jours victimes. Dans le rapport qui lui sert de préface, le Ministre de l’agriculture estime à cinq cent millions la valeur des engrais industriels consommés en France chaque année.

Or, si l’on fixe à 20 p. 100 du prix d’achat le produit des fraudes commises, — et c’est là certainement un minimum, — il en résulte pour l’agriculture une perte annuelle de 125 millions, qui s’accroît au moins du double de cette somme par le défaut de récolte, car à la perte de la valeur de l’engrais, il faut ajouter celle des frais de semence, le montant de la main-d’œuvre pour les façons données à la terre, et enfin le loyer du sol où l’engrais a été répandu.

Il y a donc là un état de choses grave, digne d’éveiller à la fois la sollicitude du gouvernement et des hommes que l’avenir agricole de notre pays intéresse. Mais, à mon sens, cette situation ne peut être ni combattue, ni améliorée par l’ingérance de l’administration dans les agissements du commerce, ni par une juridiction spéciale, — et la loi de 1867 l’a bien prouvé, — mais par les seuls remèdes auxquels une société virile doive recourir, la diffusion de plus en plus étendue dans les campagnes de notions saines sur le fond du sujet, et par la création d’institutions de crédit nouvelles, appropriées aux besoins agricoles et chargées, pour sauvegarder leurs propres intérêts, d’assurer par une voie indirecte la bonne qualité des engrais livrés aux cultivateurs. En d’autres termes, la solution doit sortir d’une grande extension donnée à l’instruction primaire et du libre jeu de l’offre à la demande, c’est-à-dire de la liberté.

Disons comment :

Il faut pourtant être juste. Depuis deux ou trois ans, le commerce des engrais a certainement progressé. Éclairé par la doctrine des engrais chimiques sur les règles qui doivent présider à l’emploi des agents de fertilité, il a compris qu’il avait tout avantage à s’inspirer de ces notions nouvelles, et à modeler autant que possible la composition de ses produits sur celle des engrais chimiques, dont les formules sont en quelque sorte l’expression la plus haute des lois régulatrices de la production végétale.

Au lieu de sulfate d’ammoniaque et de nitrate de soude comme

LES ENGRAIS CHIMIOUES.

source d’azote, les marchands d’engrais emploient les matières animales, mais ils commencent à en régler différemment les doses, suivant la nature des plantes auxquelles les engrais sont destinés.

Au nitrate de potasse, ils ont coutume de substituer un mélange de matière animale et de sulfate de potasse ou de chlorure de potassium ; ils ont une prédilection excessive pour le phosphate des nodules qui est le moins cher; mais enfin la justice veut qu'on le reconnaisse: ils associent ces produits plus judicieusement que par le passé. D’autres fabricants donnent résolument la préférence aux engrais chimiques, mais ils y introduisent des matières animales, des nodules et du sulfate de potasse pour en abaisser le prix de revient, sans réduire le prix de vente, et retrouver, par cette substitution, les 30, 40 et 50 p. 100 de bénéfice, dont leurs anciens produits étaient grevés.

Ce n’est donc point là encore le bien ; mais ce n’est plus le hasard et l’empirisme, et si l’on a égard aux résultats déjà obtenus, nul doute que cette situation ne s’améliore encore, et, sous ce rapport, le grand levier viendra de l’intervention du crédit.

Quelle est aujourd’hui la position de l’agriculteur à l’égard des marchands d’engrais? Il n’a pas les fonds nécessaires pour acheter au comptant ; il a besoin de crédit ; il ne peut acheter qu’à un an ou quinze mois de terme.

Cette infériorité est la cause principale du mal : supprimez la cause, et le mal cessera.

Le marchand qui se découvre pendant quinze mois ne peut se contenter d’un profit ordinaire. Pour racheter ce désavantage, il exagère son profit ; ne pouvant élever son prix qui repousserait l’acheteur, il a recours à la fraude qui le dissimule. Dans ces conditions, la fraude est inévitable.

Comment changer cet état de choses et apporter aux transactions sur les matières fertilisantes la moralité dont aucune autre branche d’industrie n’a autant besoin ? En rendant les procédés honnêtes plus lucratifs que la fraude. Supposons pour un moment qu’une institution de crédit escompte à quinze mois le papier des marchands d’engrais, à condition que la traite portera l’indication

FIXATION DU PRIX DES ENGRAIS

de la nature et de la richesse du produit vendu. Ajoutez même, par surcroît de précaution, le dépôt préalable d’un type auquel on pourra en référer en cas de contestation. L’effet est immédiat: plus de fraude. Pourquoi y en aurait-il? N’est-il pas manifestement plus avantageux de renouveler son capital trois ou quatre fois dans l’année et d’opérer sur des valeurs sûres, que de courir les chances de procès dont l’issue est toujours incertaine?

En échange d’un si grand avantage, que demande-t-on au commerce ? — La certitude qu’il vend des produits de bonne qualité. Qui pourrait s’en plaindre ?

A propos de ®ces dispositions conservatrices , on a prononcé les mots d’oppression, d’inquisition? — Mais le commerce et les affaires ne sont-elles pas une inquisition en permanence, ayant des agences spéciales pour se renseigner et se protéger contre cette classe de malfaiteurs qu’on appelle les fripons ? D’ailleurs, où y a-t-il en tout ceci l’ombre d’une contrainte? Force-t-on le commerce à escompter ses valeurs? Non, il est libre. Veut-il persévérer dans ses vieux errements ? A part ses dupes, personne ne s’en enquiert. Trouve-t-il plus d’avantage à sortir des ténèbres pour agir en plein soleil, activer sa circulation ? La condition est absolue : déclarer la nature, l’origine, la richesse exacte du produit vendu, et mettre la justice en mesure de sévir s’il y a dissentiment ou conflit ; en un mot, le droit commun et l’équité.

Mais la double déclaration que je réclame est-elle aussi nécessaire que je persiste à le penser ? Oui, c’est la pierre angulaire de tout le système. Supprimez-la, l’escompte à quinze mois est inapplicable.

A quelle condition un escompte à si long terme peut-il offrir de la sécurité? A une seule, si le produit qui a été la source de la première transaction est, à l’époque de l’échéance, couvert par une plus-value certaine née de son emploi. L’utilité, la nécessité de cette condition sont évidentes. Pour obtenir ce résultat, que faut-il? Que l’engrais ait une richesse déterminée en acide phosphorique, potasse, chaux et azote, sous des formes déterminées, c’est-à-dire assimilables par les plantes dont elles assurent la récolte, source du profit. Si cette condition nécessaire a

été remplie, pourquoi ne pas le dire? Si elle ne Ta pas été, le risque à courir est trop grand ; l’escompte est impossible sans témérité. Vous le voyez, pour opérer sûrement, il faut être instruit, opérer, comme je le disais, en plein soleil, et laisser les marchands qui ont besoin de mystère à leurs ténébreuses et malsaines spécialités.

J’ignore quels sont sur ce sujet les desseins du nouveau crrdit rural. Plus que personne, je me suis réjoui de sa fondation et du succès que sa souscription a obtenu. Ce succès honore l’homme distingué qui en a la direction, mais il témoigne aussi de la vivacité et de l’importance des intérêts auxquels la fondation nouvelle est appelée à répondre. L’ère de liberté et de contrôle qui s’ouvre devant nous me donne l’espérance que le voisinage du crédit rural ramènera le crédit foncier et surtout le crédit agricole à leur véritable destination.

Faisons des vœux pour que leur rivalité surexcite leur zèle, et que leur activité les préserve à la fois de l’atonie qui pèse sur la Banque de France, et des déviations statutaires que l’intervention du Corps législatif a dû réprimer.

Notre agriculture est en arrière sur celle de presque tous les autres pays de l’Europe. Elle ne peut rattraper l’avance perdue qu’en devenant de plus en plus industrielle, et elle ne peut acquérir ce caractère qu’en se séparant des traditions qu’elle a reçues du passé. Si l’agriculture n’était possible que par le fumier, quel serait donc l’avenir réservé à nos départements du Midi où le fourrage manque, et où la vigne empiète de jour en jour sur les terres en culture? — Autre fait, non moins absolu dans ses conséquences, et qu’il nous faut rappeler à satiété : la France est essentiellement un pays de petite culture ; or, la petite culture ne peut se livrer à la production du bétail.

Ici c’est le climat, et là l’état de division de la propriété qui s’y opposent.

Comment sortir de cette situation, qui mène droit à l’épuisement de la terre ? En faisant un emploi de plus en plus étendu des engrais industriels composés avec les matières premières du fumier, et dont il existe des gisements inépuisables dans la nature ; en venant en aide au cultivateur par le crédit ; en le

mettant en garde contre les appâts tendus par la fraude à sa bonne foi ou à sa détresse ; en lui apprenant enfin à tirer parti de notre merveilleux climat, qui se prête aux productions les plus variées (1).

Un autre motif doit nous convier à cette croisade en faveur des campagnes. Le suffrage universel est devenu notre maître à tous. Or, pour qu’il soit à la hauteur du mandat qui lui est échu, il faut que la condition des classes ouvrières soit en rapport avec l’importance du rôle politique qu’elles sont appelées à remplir, par le savoir, par la connaissance exacte de leurs droits et de leurs devoirs, et par une aisance proportionnée à la dure tâche de leur labeur quotidien !

Avant de déposer la plume, je voudrais émettre un vœu.

En agriculture les chances aléatoires sont plus nombreuses que dans l’industrie. Les saisons ont une influence contre laquelle il est souvent impossible de lutter. Que de fois une récolte qui s’annonçait sous les plus brillants auspices et faisait la joie de son heureux propriétaire s’est trouvée compromise par un rien, une pluie ou une gelée venue mal à proposîQue de désastres produit chaque année parla grêle ! D’autres fois, c’est la sécheresse, le vent ou la rosée. Tout bien compté, cependant, l’expérience universelle est unanime pour attester qu’une terre richement pourvue d’engrais donne plus de profit qu’une terre fumée avec parcimonie. 11 y a donc un intérêt de premier ordre à bien fumer la terre ; mais ici se présente l’éternelle difficulté : le capital. J’ai montré dans le sixième Entretien l’importance des

(J) Voir la conférence faite à la Sorbonne le 17 mars 186(3, La crise agricole devant la science^ p. 27,

résultats qu’on peut obtenir avec un faible débours, si on agit avec dicernement et persévérance, et si Ton consacre à l’amélioration du sol le profit né des premières avances. (Voyez page 202).

Je viens d’expliquer comment le crédit peut intervenir pour accélérer la solution. J’ai dit d’où la première garantie doit naître, et comment, en sauvegardant ses propres intérêts, le crédit est appelé à devenir le protecteur des intérêts privés. A cette garantie, je voudrais en ajouter une autre mieux définie dans ses moyens et plus absolue dans ses résultats.

Si les expériences sur les engrais industriels se multipliaient au point de nous livrer 15 à 20,000 résultats par an ; si la nature des engrais employés était partout la même, ou au moins équivalente sous le rapport de la richesse en acide phosphorique, potasse, chaux et matière azotée, le nombre et la gravité des insuccès étant rigoureusement connus, l’importance des résultats rémunérateurs l’étant également, il deviendrait possible de fixer avec certitude la prime dont il suffirait de grever le prix de l’engrais, pour assurer le cultivateur contre les mauvaises récoltes. Je prévois l’objection : la fraude, la mauvaise foi. Vous oubliez ce qu’ont produit les mutualités contre la grêle, et l’impossibilité qu’il y a de tromper dès qu’il s’agit d’un intérêt où l’action personnelle agit sous le contrôle de l’intérêt collectif. Je crois au succès de ces sortes d’assurances, parce que tout le monde y gagnerait. L’agriculture d’abord, dont les opérations deviendraient plus sûres, et les institutions de crédit, dont les risques se trouvant restreints, seraient moins retenues par la crainte de s’engager dans des opérations de longue haleine ; la haute valeur du gage qui leur serait offert rendrait possible la mobilisation des titres, ou tout au moins la création d’un papier de circulation à courte échéance.

Ceci explique combien il est désirable que les résultats des expériences auxquelles on se livre de toutes parts reçoivent la publicité la plus étendue.

De cette œuvre collective, il doit naître dans un avenir prochain la possibilité d’étendre le domaine de l’assurance, seule ca-

pable de conjurer les incertitudes auxquelles les entreprises agricoles sont exposées.

Puisse mon exemple trouver des imitateurs !

Je rapporte dans les pages qui suivent les résultats de cinq cents expériences comparatives faites tant avec le fumier qu’avec les engrais chimiques. J’ai l’intention de continuer cette publication dans la limite de mes moyens. Notre temps est avant tout une époque de publicité. Personne ne peut avoir la prétention d’être cru sur parole. Je supplie donc les personnes qui auraient quelques rectifications à me signaler, ou quelques critiques à produire touchant les faits que je rapporte ou l’interprétation que j’en ai présentée, de le faire publiquement et sans hésitation. Ce qui a manqué à l’agriculture jusqu’ici, c’est avant tout un contrôle impartial des tentatives auxquelles elle s’est livrée pour améliorer ses méthodes. Unissons donc nos efforts pour combler cette lacune et entrer dans des voies meilleures.

Il faudrait fermer les yeux à l’évidence pour n’être pas frappé de la transformation qui est en voie de s’accomplir dans notre régime agricole. L’antique formule: prairie, bétail, céréales, a fait son temps; insuffisante pour nos besoins, le progrès veut qu’on lui substitue la formule nouvelle: importation d’engrais, céréales, bétail. La première était fille de l’empirisme, la seconde l’est de la science. Entre les deux la lutte n’est plus possible. Si, après tout ce qui a été dit, il vous restait encore quelque doute, reportez-vous aux documents qui suivent, reprenez en sous-œuvre par la méditation les considérations que je vous ai présentées, et après avoir bien pesé le pour et le contre, concluez vous-même, comme je l’ai dit ailleurs, a dans la plénitude de votre justice et de votre liberté (1). »

(1) Journal officiel du 14 juin 1869. — Conférence faite au champ d’expériences de Vincennes, en présence de M. Duruy, alors ministre de VInstruction publique.

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