‹ Les engrais chimiquesChapitre 149 sur 154 · II · texte numérisé non relu

II

Li’azote entre dans cet engrais pour 30 kilogrammes.

Par suite des instructions de M. Ville, j’ai traité des seconds rejetons avec du phosphate acide de chaux seul, et j’ai fumé à côté une même quantité des mêmes rejetons avec du fumier de parc.

Au moment de la récolte, la partie au fumier paraissait à l’œil supérieure à celle au phosphate ; cependant, à la balance, l’hectare de cannes au phosphate de chaux a rendu 20,175 kilogrammes, tandis que l’hectare de cannes au fumier n’a rendu que 18,240 kilogrammes. Ce deuxième résultat est conforme à celui obtenu sur les cannes plantées.

A l’égard de la durée de l’action de l’engrais chimique, nous ne pouvons donner que des appréciations incomplètes; les rapports verbaux m’ont appris que partout où l’on a employé l’engrais chimique sur des cannes plantées, les premiers rejetons promettent de bons rendements. Chez M. Bentier notamment, les rejetons à l’engrais chimique semblent avoir seuls bien résisté à la sécheresse.

A la baie Mahault, les rejetons à l’engrais chimique sont de beaucoup les plus beaux, mais les rejetons provenant de cannes traités à l’engrais de parc ont aussi une belle apparence. Nous ne serons bien fixés sur ce point qu’à la récolte.

Malgré ces apparences, M. Ville pense qu’il serait nécessaire d’ajouter de l’engrais à la terre dès la seconde année. 11 craint que la potasse ne soit pas en quantité suffisante dans l’engrais de la première année pour deux récoltes. S’abstenir d’une nouvelle fumure pourrait, pense-t-il, mettre le sol au régime d’une culture épuisante, ce qui, à un moment donné, deviendrait une cause très-grave de mécompte. Ces craintes d’un savant aussi autorisé doivent nous mettre en garde, et il ne peut y avoir qu’avantage à suivre son avis. Cependant l’expérience ne justifie pas toujours les données de la science, et ce que nous voyons des effets de l’engrais sur les rejetons semble laisser espérer que son emploi bisannuel suffira à maintenir la fertilité du sol. L’emploi annuel de l’engrais serait certainement préférable ; ce serait de la culture intensive, la plus avantageuse de toutes sous tous les rapports.

RAPPORT DE M. DE JABRUN

Enfin, comme complément des observations qui précèdent, permettez-moi de vous citer un fait qui m’est personnel et que je livre à vos appréciations.

Les terres que je cultive sont fort médiocres. En mai, juin et juillet 1867, j’avais traité à l’engrais chimique 12 hectares, dont 8 de cannes plantées et 4 de rejetons. Les 12 hectares ont produit 47,500 kilogrammes de bon sucre.

Je termine par la citation de renseignements donnés par M. Momblet, membre de la Commission des engrais à la Martinique.

Chez M. Lenard^ les terres traitées par l’engrais chimique ont produit 7,000 kilogrammes à l’hectare.

ChezM. Morin, une pièce stérile, rebelle à tous les engrais, est en pleine et belle végétation.

Chez M. Ruff de Lavizon, des parties de terrain qui faisaient tache, raison de leur mauvaise qualité, fumées à l’engrais chimique, sont couvertes aujourd’hui de belles cannes.

Vous savez, Messieurs, que l’une des plus constantes préoccupations de M. Ville est de fixer la nature des engrais les plus convenables aux diverses cultures, et que, dans cet ordre d’idées, il s’applique à déterminer par expérience la substance qui remplit dans l’engrais la fonction prépondérante à l’égard des trois autres.

Sur ses indications, soixante-trois caisses d’engrais, de composition variée, nous ont été adressées pour être essayées sur le caféier, le cacaotier, le roucouyer, le maïs, etc. C’est le canton de la Basse-Terre qui convient le mieux à ces essais. Notre collègue, M. Ledentu, président de la Chambre d’agriculture de la Basse-Terre, a bien voulu se charger de les distribuer aux habitants de ce canton les mieux placés pour en tirer parti.

Plus tard, nous aurons à nous enquérir des effets qu’ils auront produits.

Je n’ai pas besoin de vous rappeler combien nous sommes redevables à la généreuse sympathie et à la constante sollicitude de M. G. Ville, qui depuis trois ans ne se sont pas démenties un seul instant au milieu de travaux dont une faible partie suffirait à la tâche d’un seul homme.

C’est M. Ville qui, en 1866, nous a tracé minutieusement le plan que nous avions à suivre, entrant dans le détail des opérations que nous avions à faire pour obtenir le succès.

C’est grâce à ses conseils que, dès le début, en pratiquant sa théorie des engrais analyseurs, nous avons pu nous assurer que l’azote ne tenait pas dans la culture de la canne une place essentielle, et que l’agent le plus important, la dominante^ comme il l’appelle, était l’acide phosphorique.

C’est M. Ville qui, pour déterminer la dose de ces agents, nous a conseillé Fessai d’engrais variés à dose progressive d’azote, dont il a bien voulu nous tracer la formule. Ces essais ont été la base des travaux et des résultats dont je vous ai rendu compte. M. Ville nous a également prescrit divers traitements au phosphate de chaux, pour bien nous assurer de la prédominance de cet agent et pour en déterminer le dosage. Ces deux faits sont à eux seuls un immense service qui pourrait se traduire par des millions d’économie, car l’azote, dont l’emploi devient très-restreint, est de beaucoup le plus coûteux ; et le phosphate de chaux, dont le dosage doit être le plus élevé, est un agent tellement répandu dans la nature, qu’il est le meilleur marché des trois agents qui nous manquent.

Il reste bien des questions à résoudre, que dans son infatigable bienveillance M. Ville suit pas à pas.

Outre les diverses formules dont nous faisons l’application, il cherche le moyen de prolonger le plus longtemps possible l’effet des engrais chimiques sur les rejetons.

Voyant aussi le succès qu’il a obtenu en France sur la betterave par les fumures sous-jacentes, il voudrait nous les voir appliquer à la canne ; il croit au même succès. A cet effet, et pour la culture des rejetons, il me donne des instructions que mes moyens de travail ne me permettent pas de mettre en pratique, mais qui seront exécutées à la Martinique.

Sur la recommandation de M. le président de la Commission des engrais et du Conseil général de celte colonie, M. Brière de risle, dont j’ai eu l’honneur de recevoir la visite, ordre a été donné par l’administration à M. de Sinson, gérant de l’habitation domaniale Saint-Jacques, de mettre à exécution les instructions

RAPPORT DE M. DE .TARRUN. 389

de M. Ville^ dont j’ai envoyé copie, sur les fumures sous-jacentes dans leur application à la culture de la canne.

Le système de M. Ville est loin d’exclure le soin et l’emploi du fumier de ferme. Dans sa pensée, le fumier et l’engrais chimique doivent être le complément et l’auxiliaire l’un de l’autre. Ainsi, M. Ville m’a souvent recommandé d’utiliser les cendres des bagasses, les vinasses de nos distilleries et tous les détritus végétaux dont nous pouvons disposer, et de brûler au besoin sur place ceux de ces détritus qui ne pourraient pas être transportés dans les parcs.

Une partie du programme de M. Ville, à laquelle il attache une grande importance, est le labourage à vapeur, que depuis longtemps il voudrait nous voir appliquer. <s. C’est, m’écrit-il, le <r complément obligé des grandes usines et des engrais chi- « iniques. »

Je ne fais mention de cette partie du programme que pour faire ressortir sa sollicitude qui s’étend à tout, et si, jusqu’à ce jour, je ne vous en avais pas parlé, c’est que je n’espérais pas en voir faire l’application ; mais aujourd’hui nous savons que M. G. Souques, comprenant la portée de ce mode de labourage, l’applique avec succès.

Enfin, ne perdons pas de vue la pensée si féconde de M. Ville au sujet d’un établissement de crédit public pour avances d’engrais à faire aux agriculteurs, dont il a parlé encore dans une brillante Conférence qu’il a faite à Arras, et dont il a dû s’occuper dans une nouvelle Conférence à la Sorbonne. Secondons-le autant qu’il sera en nous de le faire.

Je sais. Messieurs, être l’interprète de vos sentiments en faisant connaître à M. Ville combien la colonie est pleine de reconnaissance pour les services qu’il lui a rendus, et en le priant de vouloir bien lui continuer sa bienveillance.

Le Président de la Commission des engrais^ Signé : De Jabrun.

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