‹ Les engrais chimiquesChapitre 46 sur 154 · POIDS. PRIX. DÉPENSE · texte numérisé non relu

POIDS. PRIX. DÉPENSE

Soit :

Phosphate acide de chaux. 600

Nitrate de potasse 500

Sulfate de chaux 400

310 ))[414fr. »

A propos de ce dernier engrais qui appartient à la catégorie des engrais intensifs, je dois renouveler la recommandation que j’ai déjà faite pour la betterave : il en faut user avec réserve et ne l’admettre que pour la moitié ou le tiers de la surface cultivée.

La manière d’employer ces engrais est très-simple. On les répand en une seule fois à la surface du sol après le dernier labour, efon les mêle à la couche superficielle par un hersage énergique.

Comme exemple de l’effet de ces trois engrais, voici les résultats obtenus à Vincennes en 1868 :

RÉCOLTE A L’HECTARE

Engrais intensif (azote 100 kil.) 27,900 kil.

Engrais complet (azote 76 kil.) 20,400

Engrais complet (azote 28 kil.) 19,300

Chez M. Denoyon, à Blérancourt, dans le département de l’Aisne, l’engrais complet ordinaire l’a emporté sur l’engrais intensif.

lu

RÉCOLTE A L’HECTARE

Engrais complet (azote 76 kil.) 36,500 kil.

Engrais complet modéré (azote 45 kil.) 28,500

Dernière question :

Sous quelle forme convient-il d’employer la matière azotée ?

A l’état de nitrate de soude ou à celui de sulfate d’ammoniaque?

Le choix est indifférent si l’engrais contient une dose suffisante de potasse. En voici la preuve :

1868. Engrais complet au nitrate de soude (azote 10^).. 20,400 kil.

1868. Eiigr. compl. au sulfate d’ammoniaq. (azote 76^"). 21,100

Les deux résultats de 1868 sont sensiblement égaux. Remarquons seulement que sur la parcelle fumée avec l’engrais au nitrate de soude, la pomme de terre revenait pour la seconde fois.

Nous avons dit que la pomme de terre a une grande importance par ses propriétés alimentaires et sa richesse en fécule. Indiquons exactement sa composition.

Dans 100 de pommes de terre fraîches, il y a :

Eau 70,00

Fécule 24,00

Matière azotée 1,60

Matières grasses 0,10

Sucre 1,09

Epiderme 1,65

Matières minérales (sels) .... 1,56

Total 100,00

La pomme de terre renferme à peu près 30 p. 100 de matières sèches, desquelles il faut retrancher 1,65 pour l’épiderme, ce qui réduit à 28 p. 100 la partie alimentaire, dans laquelle la fécule entre pour 24.

Aujourd’hui la culture de la pomme de terre occupe en France près d’un million deux cent mille hectares; la production totale est de 142,684,306 hectolitres, représentant, année moyenne, une valeur de 480 à 500 millions de francs.

Le rendement moyen de la pomme de terre est assez faible en France. Il ne s’élève guère qu’à 115 hectolitres par hectare (7,605 kil.).

Sans vouloir traiter en détail de la fabrication de la fécule, il m’est impossible cependant de ne pas vous en dire quelques mots.

Les procédés de cette industrie sont extrêmement simples. Ils se déduisent de l’organisation anatomique de la pomme de terre. Sous le microscope, une tranche de pomme de terre apparaît comme un réseau de cellules remplies de granulations. Ces granulations sont la fécule.

Pour l’extraire, on râpe les pommes de terre et on lave à grande eau, sur un tamis, la pulpe formée par le tissu des cellules ; la fécule passe à travers les mailles et vient se déposer au fond de cuves où l’on recueille les eaux de lavage.

Lorsque le liquide s’est éclairci, on le fait écouler à l’extérieur, et on enlève de la surface du dépôt la première couche qui est formée de débris de cellules et d’épiderme. On délaie de nouveau la fécule dans l’eau, et on renouvelle à plusieurs reprises ce procédé de

purification, que l’on complète en faisant passer la fécule à travers des tamis de soie de plus en plus fins.

L’organisation de la fécule de pomme de terre est extrêmement curieuse ; mais avant d’en parler, laissez-moi vous faire remarquer la communauté de caractère qu’il y a entre les fabriques de fécule et les sucreries.

Ces deux industries se rattachent à l’agriculture par la composition de la matière première sur laquelle elles opèrent et par la nourriture qu’elles livrent au bétail sous forme de pulpe.

Malgré leur dissemblance extérieure, le sucre et la fécule ont la même composition; tous deux sont formés de carbone, d’hydrogène et d’oxygène dans les mêmes rapports et représentés par cette formule :

(Qi, ipi o'i).

Pour les fabriques de fécule ôomme pour les sucreries, l’exportation de la récolte se borne à un produit dont l’air et la pluie ont fait seuls les frais.

Le reste de la récolte fait retour au sol, soit à l’état d’eau de lavage pour l'irrigation, soit à celui de pulpe consommée par le bétail.

Si la fécule et le sucre ont la même composition, ils diffèrent par leurs propriétés et leur organisation. Le sucre est soluble dans l’eau ; il cristallise en beaux rhomboèdres bien définis, et par la régularité géométrique de ses formes, se rapproche des productions de la nature inorganique.

La fécule, au contraire, est insoluble dans l’eau, ne cristallise pas et possède une structure organisée.

Elle est en grains ovoïdes dont le diamètre atteint à peine 185 millièmes de millimètre et qui sont formés de couches concentriques superposées.

Pour mettre en évidence cette structure qu’on ne peut apercevoir qu’avec le secours du microscope, il suffit de dessécher de la fécule à 100“; alors, si on l’humecte avec de l’eau faiblement alcoolisée, l’alcool étant plus volatil, s’évapore, tandis- que l’eau, agissant successivement sur les diverses couches, en détermine l’exfoliation, et produit sur chaque grain un véritable épanouissement comparable à celui d’un bouton de fleur.

Ainsi, opposition complète au point de vue physique entre le sucre et la .fécule, ce qui n’empêche pas ces deux corps de présenter les plus étroites analogies sous le rapport de leurs fonctions au sein des végétaux.

Tous deux sont, dans le plus grand nombre de cas, des formations essentiellement éphémères, qui, malgré leurs dissemblances, naissent l’un de l’autre avec une facilité remarquable.

Il semble que c’est de préférence à l’état de glucose qu’ils font leur apparitiop dans les végétaux, et c’est dans les feuilles que s’opère leur formation, à la suite de la réduction que l’acide carbonique de l’air y subit et de la combinaison du carbone qui en provient avec les éléments de Teau. Des feuilles, la glucose se diffuse dans tout l’organisme végétal,

et c’est pendant ce trajet qu’elle revêt tour à tour la forme de sucre de canne ou de fécule.

Citons quelques exemples de ces métamorphoses remarquables.

Le maïs contient deux sortes de sucre : du sucre incristallisable dans les feuilles, et du sucre cristallisable dans la tige.

A l’époque de la floraison, le sucre de la tige disparaît ; il est remplacé par de la fécule qui s’accumule dans la graine.

La betterave donne lieu à des remarques semblables.

Avant de monter en fleurs, elle contient de 8 à

10 p.lOO de sucre; à mesure que la graine se forme, ce sucre disparaît, si bien que, lorsque la graine est mûre, la betterave ne contient plus trace de sucre.

Ces trois termes expriment les diverses phases de cette genèse remarquable :

Glucose Forme confuse.

Sucre cristallisable Forme géométrique.

Fécule Forme organisée.

Jusqu’à présent, nous sommes partis du sucre incristallisable pour arriver à la fécule ; hâtons-nous d’ajouter que la transformation inverse n’est pas moins facile et qu’elle correspond à une autre période de la vie végétale : la germination.

Faites germer du froment ou de l’orge, qui contiennent 60 *>/o environ de fécule, la fécule disparaît ; elle est remplacée d’abord par une sorte de gomme, la dextrine, qui se transforme elle-même en glucose.

J’ai coutume de désigner la fécule, le sucre et leurs congénères sous le nom de produits transitoires de l’activité végétale, pour rappeler les transformations incessantes qu’ils subissent et qui sont une des conditions de la vie des plantes.

Règle générale : tout organe en voie de formation provient en partie de la substance des organes préexistants, à laquelle s’ajoute ce que le végétal puise à chaque instant dans l’air et dans le sol.

Les premières feuilles qui se montrent après la germination viennent en totalité de la graine; à peine formées elles produisent du sucre avec le carbone, l’hydrogène et l’oxigéne qu’elles tirent de l’air et de l’eau qui imprègne le sol.

Quant aux feuilles qui viennent ensuite, elles tirent des premières une partie de leur substance, à laquelle s’ajoute encore la glucose, qui prend naissance dans leurs propres tissus aux dépens de l’air et de l’eau.

Ainsi, de feuille en feuille, de branche en branche, on arrive à l’époque de la floraison et de la formation du fruit, dont la substance dérive tout entière des organes préexistants.

Pendant le cours de ce travail complexe, les sucres, la matière amylacée, les gommes se transforment les uns dans les autres, et ceci vous explique le rôle considérable de la fécule dans l’économie de la nutrition végétale.

Sous le rapport économique, le sucre a plus d’importance que la fécule, et par sa valeur et par l’impôt dont il est grevé, qui ne rapporte pas moins de cent millions par an à l’État.

LES ENGRAIS CIIIMiaUES.

En effet, si nous fixons à 50,000 kilogrammes par hectare le rendement de la betterave, et à 25,000 kilogrammes celui de la pomme de terre, nous trouvons que la valeur du sucre produit par un hectare de betterave est de 3,000 fr., tandis que la valeur de la fécule produite aussi par un hectare n’est que de 1,275 fr. Mais ce n’est pas tout : 50,000 kil. de betterave rapportent encore à l’État 1 ,500 fr. par le droit sur le sucre, tandis que la pomme de terre ne paye pas d’impôt.

Terminons l’étude de la pomme de terre par quelques mots de la maladie qui en compromet trop souvent la récolte.

Depuis une vingtaine d’années qu’elle a fait son apparition, cette maladie a été l’objet de beaucoup de recherches, et pourtant la question est restée entière. Personne n’a trouvé encore le moyen de combattre efficacement le mal et d’en prévenir le retour.

L’année dernière, la maladie fit son apparition au champ d’expériences de Vincennes, sur quelques parcelles placées au milieu de beaucoup d’autres qui furent épargnées. Ces atteintes étaient à l’origine si nettement circonscrites, qu’elles me semblèrent fournir des indices certains pour remonter à la cause première du mal.

Commençons par constater les faits :

Lorsqu’une plantation de pommes de terre est envahie par la maladie, les feuilles perdent leur fraîcheur et leur coloration verte; elles se rouillent, se crispent, se dessèchent, et pour peu que le mal s’aggrave, toutes les parties aériennes sont anéanties. |

Le mal s’arrête souvent à celte première période. Mais si l’année est humide, elle s’étend aux tubercules, qui portent alors des taches rougeâtres plus accusées dans le voisinage de la tige et des bourgeons que sur les autres parties.

Si le mal s’aggrave, les tubercules entrent en pourriture; s’ils ne se décomposent pas sur place, ils sont d’une conservation si difficile, que la récolte n’en vaut guère mieux.

Un fait incontestable, c’est que lorsqu’une pomme de terre est malade, elle est envahie par un cryptogame microscopique; la rouille des feuilles a la même origine. Mais ce cryptogame est-il la cause, est-il l’effet de la maladie? Ici tout devient mystère et incertitude ; il est bien difficile, en effet, de décider entre les preuves contradictoires que l’on invoque.

Arrivons aux circonstances qui ont marqué l’apparition de la maladie au champ d’expériences de Vincennes.

Jusqu’en 1867, elle y avait peu sévi. J’avais cru remarquer, cependant, qu’elle se manifestait de préférence sur les parcelles où l’engrais contenait de fortes proportions d’azote, sans que je puisse justi- 6er cette impression par des faits précis et des chiffres. En 1867, les choses se passèrent tout autrement : la maladie se développa avec un ensemble de caractères si nets et si concordants, qu’il devenait impossible de ne pas en être frappé.

Sur une bande de terre, découpée en parcelles contiguës, d’un are de superbcie, séparées par un chemin d’un mètre de large, deux carrés furent en-

vahis, à l’exclusion apparente de tous les autres, et les fanes furent frappées les premières.

A quel régime avait-on soumis ces deux parcelles? L’une n’avait pas reçu d’engrais depuis huit ans, l’autre n’avait pas reçu de potasse depuis la même époque.

Ainsi, terre non fumée : maladie ; terre sans potasse : maladie.

Mais là ne devaient pas s’arrêter les effets du mal.

Sur un carré dont les fanes étaient extrêmement belles au moment de la récolte, on trouva 25 p. 100 de tubercules malades dans un état de pourriture extrêmement avancé ; or, ce carré n’avait jamais reçu de phosphate de chaux.

La maladie s’est donc produite à Vincennes, sous deux modes différents :

Ici, frappant les feuilles et les tiges, alors que les tubercules sont faiblement atteints ;

Là, concentrant ses effets de destruction sur les tubercules, sans qu’aucune altération extérieure de la plante pût le faire supposer.

Mais dans les deux cas, l’invasion de la maladie a coïncidé avec l’épuisement total ou partiel du sol.

J’ai répété, cette année, l’expérience sur deux bandes séparées dont les parcelles correspondantes ont reçu le même engrais, à cette différence près que la matière azotée est du sulfate d’ammoniaque dans un cas, et du nitrate de soude dans l’autre, la dose de l’azote étant d’ailleurs la même.

(Ju’est-il advenu sur les deux bandes?

Comme l’année dernière, là où la potasse manque,

là OÙ la terre n’a pas reçu d’engrais, les tiges et les feuilles fortement rouillées sont aux trois quarts détruites. Sur les autres parcelles, les atteintes sont isolées et sans importance.

Dans les questions de cette nature, les preuves n’ont jamais le caractère d’une démonstration absolue, parce qu’une fois que la maladie a fait son apparition sur un point, il devient impossible de décider si les atteintes plus légères qui se produisent sur d’autres sont un effet de contagion dû au premier foyer, ou le résultat d’une éclosion primordiale.

Vous voyez. Messieurs, combien j’apporte de circonspection dans l’interprétation des phénomènes ; au lieu de conclure, je m’applique à les définir.

Je le répète, le mal frappe avec intensité là où la terre manque d’engrais et de potasse. Dans un moment, vous constaterez vous -mêmes le véritable état de choses dont celte déclaration n’est qu’une expression affaiblie.

Des faits analogues se sont-ils produits ailleurs qu’à Vincennes?

Oui, et en assez grand nombre pour fortifier l’opinion que la maladie des pommes de terre a certainement pour cause première l’épuisement du sol en substances minérales.

Chez M. Jacob, à Saint-Christot-en-Jarrêt (Loire), on a fait en 1867 trois expériences : la première, avec l’engrais chimique ; la seconde, avec 40,000 kilogrammes de fumier de ferme; et la troisième, sans aucun engrais.

La maladie a sévi sur les tubercules des trois ré-

coites, mais d’une manière bien différente. Sur la parcelle au fumier de ferme, il y eut 20 p. 100 de pommes de terre malades, 9 p. 100 sur celle qui n’avait pas reçu d’engrais, et 6 p. 100 seulement sur la parcelle à l’engrais chimique.

Je reproduis les termes de cette expérience :

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