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LA SOUDE NE PEUT PAS REMPLACER LA POTASSE COMME AGENT DE FERTILITÉ

llepuis quelques années l'agriculture anglaise consomme pour la fumure des terres des quantités énormes et toujours croissantes de nitrate de soude importé du Pérou. Les bons effets de ce sel, attestés aujourd’hui par la pratique la plus étendue, ont été mis en lumière à l’origine par les recherches de M. Kuhimann (I), par les études plus théoriques de M.M. Bineau, Boussingault, Georges Ville, et par les nombreuses et remarquables publications sorties de ta plume du docteur Puisey (2).

Savants et agriculteurs, hommes de théorie et de pratique, tout te monde est unanime maintenant pour ranger le nitrate de soude parmi les agents tes plus efficaces de la production végétale.

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mirable qui a permis à l’industrie de retirer la soude du sel marin pour alimenter les arts et l’économie domestique de ce précieux agent, on mettait à profit la faculté dont les plantes marines sont douées d’extraire la soude des eaux de la mer et de l'accumuler au sein de leurs fragiles tissus. La combustion de ces plantes laisse en effet comme résidu une cendre dont le carbonaffi de soude est un des éléments prédominants. On procédait autrefois, à l’égard des plantes marines, comme on le fait encore en Amérique lorsque, les voies de grande communication et les moyens de transport venant à manquer, on ne peut tirer parti du bois des forêts. On brûle les arbres pour retirer de leur cendre la potasse assimilée par la végétation.

Parmi les plantes propres à l’extraction de la soude, la Barille, cultivée sur les côtes d’Espagne, produit par sa combustion une cendre dont la partie soluble contient de 20 à 40 p. 100 de carbonate de soude (3). Quoique moins riches en alcalis, les cendres de warechs en contiennent cependant des quantités considérables. L’abondance de la soude dans la cendre de ces végétaux, jointe à la disparition des végétaux à soude dans l’intérieur des terres, lorsque le sol cesse de

(I) Expériences chimiques et agronomiques, in-S», 1847.

12) The Journal of the royal Agricullural Society of England, t. xni, XIV et XV.

(3) Thénard, t. III. p. 141.

contenir du sel, indiquent clairement que la soude est essentielle à leur constitution, qu’elle remplit à leur égard une fonction de premier ordre. En raison de l’étroite parenté existant entre la soude et la potasse, il est intéressant de se demander jusqu’à quel point ces deux alcalis peuvent se remplacer mutuellement, et si cette substitution n’apporte aucun trouble dans le cours de la vie végétale.

M. Payen rapporte que les branches et les feuilles de Mésambrianthemtm cmlallinum, exploité à l’île de Téréniffe pour l’extraction de la soude, sont parsemées de glandes remplies d’une dissolution d’oxalate de soude, lequel disparaît pour faire place à l’oxalate de potasse, à mesure qu’on s’éloigne du littoral pour s’avancer dans l’intérieur des terrgs.

Le vénérable M. de Gasparin cite une autre pISRle où la potasse se substitue à la soude plus complètement encore, sans préjudice d’aucun genre. Il paraît que le Salsola tragus exploité comme plante à soude, entre Frontignan et Aigues- Mortes, remonte très-loin dans la vallée du Rhône. « Elle ne se montre pas moins vigoureuse dans la station la plus conue l’était prés de la mer. Alors, ceptfflfPJIff, ■ la plante ne contient que de la potasse ; la soude a entièrement disparu (1). »

Il semblerait résulter de ces deux exemples que la potasse peut quelquefois remplacer la soude ; reste à savoir si l’inverse est également possible, si la soude peut tenir lieu de la potasse pour certains végétaux, et si ces derniers s’accommodent de la substitution. A l’égard du blé, pas d’hésitation: la soude employée à l’exclusion de la potasse porte une grave atteinte à son développement, la récolte diminue des trois quarts. Je puis invoquer à cet égard le témoignage de deux expériences exécutées dans des conditions différentes et dont les résultats se vérifient et se complètent réciproquement.

Par les raisons que j’ai rapportées dans ma dernière note (2), j’ai adopté la terre des Landes, naturellement dépourvue de potasse, comme sol d’expérimentation. Chaque

(1) De Gasparin, Cours d’agriculture, 3« édit., 1. 1, p. 106.

(2) Comptes-rendus de l’Académie des sciences, t. LI, p. 246.

culture a reçu 10 grammes de phosphate de chaux et 0 gr. 110 d’azote. La potasse et la soude ont été employées à l’état de nitrate.

Avec le phosphate de chaux et le nitrate de potasse, on détermine une végétation active et florissante. Dans ces conditions, le blé réussit à merveille; le chaume est ferme, l’épi bien formé, richement pourvu de grains ; le grain est dense et volumineux.

Remplace-t-on le nitrate de potasse par le nitrate de soude’ La végétation change aussitôt de caractère : le blé pousse mal; le chaume, au lieu de s’élever verticalement, s’incline en tous sens. Les épis sont peu nombreux; les grains sont rares, chétifs, incomplètement formés.

Je place sous les yeux de l’Académie la photographie de ces deux cultures. des F5co lies va traduîTe sous une

autre forme le témoignage de la photographie.

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