‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 20 sur 51 · EMPLOI DES PHOSPHATES · texte numérisé non relu

EMPLOI DES PHOSPHATES

action : c*est le cas de nos terres de Grignon, de celles de la Limagne et aussi d'une terre admirablement fertile, qui, depuis l'antiquité la plus reculée, est célèbre par sa fécondité : le limon du Nil ' .

Il est bien à remarquer, au reste, que les diverses substances qui existent naturellement dans le sol ou qu'on y ajoute, réagissent constamment les unes sur les autres, et que ces réactions conduisent parfois à des résultats très inattendus.

J'ai laissé sans engrais, depuis 1875, plusieurs parcelles de mon champ d'expériences de Grignon : naturellement, les récoltes y sont devenues très faibles. Frappé, il y a quelques-tannées déjà, du maigre développement du trèfle que j'y avais semé, je me demandai si la diminution de l'humus, que j'avais constatée par l'analyse, était la seule cause de l'amoindrissement des récoltes et si la terre n'était pas épuisée d'acide phosphorique. Je ne le pensais pas, car l'acide phosphorique, n'étant pas entraîné par les eaux de drainage, .n'est enlevé que parles récoltes; je savais ce qu'elles avaient emprunté au sol de cette'parcelle, et j'étais assuré que le stock d'acide phosphorique restant était considérable. Cependant je voulus en avoir le cœur net, et j'eus recours à Vultima ratio ds^ns nos sciences d'observation,

1. Tout récemment, on a proposé de substituer, dans cette recherche, à l'acide acétique que j*avais employé, Tacide citrique que sécrètent, dit-on, les racines des végétaux; l'expérience a montré un accord remarquable entre les prévisions déduites de l'analyse du sol par cette méthode, et les résultats obtenus de l'emploi des superphosphates. .4 nwa/es agronomiques, iome XX, p. 291, juillet 1894.

à rexpérience : la moitié de la parcelle reçut du superphosphate, l'autre resta sans addition : l'effet sur le trèfle fut nul, .et je ne pensais plus guère à cet essai, quand, Tannée suivante, le blé qui succéda au trèfle prit sur la partie phosphatée un développement extraordinaire : il était plus haut, plus vert, plus dru que son voisin non phosphaté; à la moisson, on trouva que la parcelle qui avait reçu le superphosphate donna la valeur de 24 quintaux métriques de grains à l'hectare, la partie non phosphatée, 8. 11 y avait là de quoi surprendre, puisque, je le répète, des essais très nombreux avaient montré que sur les terres de Grignon les phosphates n'exerçaient aucune influence. L'analyse rendit compte de cette anomalie : l'acide phosphorique total n'était guère moindre dans le sol de ces parcelles que dans celui des autres où les superphosphates restaient sans action, mais cet acide phosphorique n'était plus assimilable, et nous trouvons là un nouvel effet très intéressant des fumures au fumier de ferme.

Non seulement il apporte son appoint d'acide phosphorique qui n'est pas à dédaigner, mais en outre, par son alcalinité, par son carbonate de potasse qui agit sur les phosphates du sol, le fumier maintient à l'état assimilable l'acide phosphorique; aussi, voit-on souvent que les superphosphates qui exercent une influence manifeste quand on cultive exclusivement avec des produits chimiques, n'ont plus guère d'effets quand on distribue régulièrement du fumier.

Ces transformations de l'acide phosphorique dans les

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sols pauvres en calcaire sont heureusement combâttUBs par les chaulages. Un inspecteur général d'agriculture, qui a laissé des travaux intéressants sur les prairies, M. Boitel, employait avec avantage des phosphates dans un domaine du Perche, mais bientôt Teftet de ces engrais s^afîaiblissait, et il fallait répéter les épandages bien plus souvent que ne semblaient l'indiquer les exigences des récoltes; on reconnut à l'analyse que Tacide phosphorique introduit passait rapidement à Tétat non assimilable; un chaulage le ramena à sa forme utilisable.

En résumé, nos connaissances sur l'emploi agricole des phosphates sont aujourd'hui étendues; nous savons par l'analyse indiquer sur quelles terres ces engrais doivent être répandus ; nous savons dire en outre quelle nature de phosphate il convient d'employer: aux défrichements nous appliquons la poudre de nodules, aux terrains pauvres en calcaire les scories de déphosphoration, aux vieilles terres les superphosphates, et il ne faudrait pas croire que l'application de ces engrais n'est qu'accidentelle et ne représente qu'un petit mouvement d'affaires, il est énorme au contraire; on en jugera par les nombres suivants :

En 1893, on a extrait des gisements fran(,;ais près de 900000 tonnes de phosphates, et 988000 de ceux des Etats-Unis; à ces gros producteurs se joindront prochainement l'Algérie et la Tunisie.

A ces phosphates directement extraits des gisements s'ajoutent les scories de déphosphoration ; lonr pro-

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duction n'est pas tout à fait d'un million- de tonnes, fournies pour la plus grande part par TAllemagne, TAutriche et 1er Luxembourg, et pour une fraction, importante encore, mais moindre, par TAngleterre; la France ne vient qu'ensuite avec une production qui oscille entre SOOCÎO et 100000 tonnes.

La fabrication des superphosphates dépasse 4 millions de tonnes ; l'Allemagne, l'Angleterre et la France en produisent les trois quarts et consomment pour cette production environ 500000 tonnes d'acide sulfurique. On estime qu'en France on répand chaque année 150000 tonnes de phosphates minéraux simplement réduits en poudre, 70000 tonnes de scories de déphosphoration et 1 500 000 de superphosphates. Les grandes usines de Saint-Gobain qui fabriquaient en 1889 : 100 000 tonnes de superphosphates en ont livré en 1893 : 200 000; la consommation s'accroît de 25 000 tonnes chaque année. En 1894, la production des superphosphates en France a atteint 700 000 tonnes C'est une richesse acquise; l'acide phosphorique introduit dans le sol y persiste, les avances qui sont consenties ne sont jamais perdues, de telle sorte qu'il y a toujours avantage à tenter l'emploi des engrais phosphatés; si dans certains cars l'action est nulle, dans un très grand nombre leur acquisition est absolument avantageuse *.

1. Dans le numéro de VEngmis du 21 juin 1895, M. Maizières estime la production totale des superphosphates dans le monde à 4 090 OUO tonnes.

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