‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 28 sur 51 · RICHESSE EN AZOTE DU SOL DES PRAIRIES · texte numérisé non relu

RICHESSE EN AZOTE DU SOL DES PRAIRIES

nauséabonde que connaissent tous ceux qui, par mégarde, ont brûlé delà laine, des poils ou des plumes. La combustion des grains de blé entiers laisse en outre des cendres particulièrement formées de phosphates de potasse et de magnésie, et la présence de ces phosphates, reconnue dans toutes les graines depuis "Th. de Saussure, fait comprendre l'utilité agricole des phosphates et rimmense commerce qui se fait aujourd'hui de ces précieux engrais.

Pour savoir comment le blé acquiert les éléments nécessaires k sa croissance, comment un grain confié au. sol s'y développe et donne une plante qui, au moment de la moisson, renfermera vingt ou trente grains semblables à celui qui a germé, on sème ce grain de blé dans un sol formé exclusivement de sable calciné, on y ajoute des substances minérales : phosphate de potasse, sulfate de magnésie, chlorure de potassium, carbonate de chaux et, en outre, de l'azotate de chaux. On arrose régulièrement et on réussit à obtenir une récolte analogue à celle que fournit une bonne terre ordinaire ; comme le carbone, qui forme les quatre dixièmes environ du poids total de la récolte, ne figure dans les matières ajoutées au sable que sous forme d'acide carbonique, on est convaincu que cet acide est l'origine du carbone contenu dans les végétaux. La petite quantité d'acide carbonique contenue dans notre atmosphère suffit, en effet, à l'alimentation carbonée des plantes, qui décomposent l'acide carbonique, s'en assimilent le carbone et rejettent Foxygène, aussitôt que leurs parties vertes,

que les cellules à chlorophylle sont soumises aux radiations lumineuses.

La culture du blé en sable calciné ne réussit pas, si le sol ne renferme que des matières minérales, si on n'y ajoute pas un azotate, de l'azotate de chaux, par exemple; quand ce sel fait défaut, la plante reste petite, chétive, elle meurt généralement avant d'avoir pu former des graines nouvelles; cet azotate exerce une influence tellement décisive sur le développement de la plante que, lorsqu'il est distribué parcimonieusement, mais en doses croissantes, le poids de la récolte augmente régulièrement avec la quantité de nitrate employée *.

Ces faits, notés par tous les observateurs, méritent une sérieuse attention. Il est curieux de constater que les végétaux utilisent les très minimes quantités d'acide carbonique que renferme notre atmosphère et que, malgré son abondance, l'azote, qui forme les quatre cinquièmes de l'air atmosphérique, paraisse ne pouvoir exercer aucune influence sur la croissance du blé. La plante dépérit, bien que sa tige s'élance dans cette atmosphère riche en azote, tant que sa racine ne trouve pas dans le sol l'azote combiné à l'oxygène et h une base et constituant un azotate.

Si cette expérience, répétée à bien des reprises différentes, démontre clairement que l'azote atmosphérique

1. Les expressions : nitrate ou azotate^ désignent la mâme classe de s«ls; le nitrate ou azotate de potasse est souvent encore nommé nitre ou salpêtre.

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n'est pas directement utilisé, par le blé ou les plantes semblables, à la formation de leurs matières azotées, il n'est pas douteux cependant que Tazote atmosphérique ne contribue parfois, au moins d'une façon indirecte, à l'alimentation végétale. Cela ressort de toute évidence de la luxuriance des forets tropicales, de la persistance pendant des siècles de la végétation herbacée des steppes, des grandes plaines herbues du continent américain : dans cette immense étendue qui commence seulement à être mise en culture, la terre, bien qu'elle n'ait jamais reçu aucun engrais azoté, présente une richesse en azote combiné, bien supérieure à celle que décèle l'analyse de nos terres cultivées, régulièrement fumées.

En France, les terres de prairies ont été étudiées comparativement aux terres arables qui sont travaillées chaque année et reçoivent des engrais, et contrairement à ce qu'on aurait pu penser, ce sont les terres maintenues en prairies permanentes qui présentent la plus haute teneur en azote combiné. Tandis que nos terres arables ne renferment guère que 1 à 2 millièmes d'azote appartenant à des matières organiques, on dose 4, 5, 6, jusqu'à 10 millièmes d'azote dans le sol des prairies permanentes, même des prairies hautes de montagne sur lesquelles il est absolument impossible de faire arriver des engrais.

Or, quand on calcule le poids d'azote combiné que renferme la terre d'un hectare, d'après les données fournies par l'analyse, on trouve qu'en moyenne la

1^^ LES FERMF.XTS DE LA TERRE

terre d'un hectare prise jusqu'à une profondeur de 0"»,35 pèse environ 4 000 tonnes de 1 000 kilos ; on voit, par suite, qu'un millième correspond à 4 000 kilos, et 10 millièmes constatés, ainsi qu'il vient d'être dit, dans le sol de quelques prairies, à 40000 kilos : visiblement ce stock énorme de matière organique azotée ne peut avoir pris son élément le plus précieux, son azote, qu'à l'immense réservoir de l'atmosphère.

Cette fixation de l'azote atmosphérique dans les sols des prairies permanentes est au reste assez rapide pour qu'il soit possible de le constater par l'expérience.

Sir J.-B. Lawes, correspondant de notre Académie des Sciences, a consacré, depuis cinquante ans, le domaine qu'il possède à Rothamsted, en Angleterre, à une faible distance de Londres, à une série d'expériences que connaissent et qu'admirent tous les agronomes. Secondé par sir Henry Gilbert, il a largement contribué h éclairer nombre de questions relatives à la croissance des végétaux cultivés, à l'entretien des animaux domestiques. Parmi les nombreuses expériences exécutées à Rothamsted, l'une d'elles nous intéresse particulièrement. En 1856, MM. Lawes et Gilbert transformaient en prairie une portion du domaine de Rothamsted qui, depuis de longues années, n'avait servi qu'à la culture des céréales. Le sol renfermait alors 16r,52 d'azote par kilo de terre; on l'a fumé régulièrement et à doses telles que toujours l'azote des engrais dépassât celui des récoltes fauchées, de 15 kilos environ chaque année.

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