‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 36 sur 51 · ALIMENTATION DES LÉGUMINEUSES · texte numérisé non relu

ALIMENTATION DES LÉGUMINEUSES

nous faut ajouter à nos sols riches en azote : du sulfate d'ammoniaque ou du nitrate de soude.

Les nécessités des semailles et des récoltes nous forcent d'accumuler sur le même sol un grand nombre d'individus de là même espèce végétale ; semés le même jour, ils atteignent ensemble chacune des phases de leur développement ; tous ont, à la fois, les mêmes exigences ; or les transformations de Thumus ne sont pas assez rapides, ne se produisent pas assez complètement en temps opportun, pour suffire à ces exigences, et nous sommes obligés pour les satisfaire d'acquérir des engrais azotés. Ils ne sont nécessaires que parce que nous ne savons pas amener au printemps et au commencement de Tété l'azote de l'humus à prendre les formes sous lesquelles il est assimilé, utilisé par les végétaux ; ces transformations se produisent sous l'influence des ferments du sol. Il nous faut donc connaître, d'une part, les formes sous lesquelles les plantes assimilent l'azote, et de l'autre, suivre Faction des ferments travaillant sur l'humus et rendant solubles, assimilables, les éléments qu'il renferme.

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Alimentation azotée des graminées et des légumineuses.

S'il existe des végétaux de grande culture, notamment tout le grand groupe des céréales, qui acquièrent un

développement complet quand ils sont enracinés dans des sols pauvres en matières organiques, mais amplement fournis d'aliments minéraux, de nitrates ou de sels ammoniacaux, il en est d'autres qui ne paraissent prospérer que lorsque leurs racines rencontrent certaines matières organiques assimilables, dérivées de l'humus, matières complexes, difficiles à étudier et encore mal définies.

Sans parler des plantes à terre de bruyère, qui font l'ornement de nos jardins, en laissant de côté les azalées, les rhododendrons, les hortensias, etc., pour nous restreindre aux végétaux exploités par les cultivateurs, nous trouvons une profonde différence d'alimentation entre les céréales et les légumineuses.

On sait depuis longtemps qu'il est impossible de maintenir le trèfle, la luzerne ou le sainfoin indéfiniment sur le même sol comme on y maintient du blé, de l'avoine ou de l'orge ; à cette notion courante parmi les cultivateurs, sirs J.-B. Lawes et H. Gilbert ont ajouté à Rothamsted une démonstration éclatante. Tandis que depuis cinquante ans (la première récolte date en effet de 1844), ils sèment, sur le même champ, du blé et que les parcelles qui reçoivent des engrais salins : nitrate ou sels ammoniacaux, superphosphates et sels de potasse, donnent des récoltes aussi abondantes, même un peu supérieures à celles qu'on obtient des parcelles qui reçoivent du fumier de ferme, c'est-à-dire à la fois des ahments minéraux et un ample approvisionnement de matières humiques, tous les essais de

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culture continue du trèfle ont échoué, aussi bien sur les terres sans engrais que sur celles qui reçoivent des engrais chimiques, que sur celles qui ont été additionnées de fumier. Quand on sème du trèfle sur ces sols déjà fatigués par les cultures antérieures de cette même plante, il germe, puis dépérit, et h sa place apparaissent des graminées variées, végétant avec d'autant plus de vigueur que les engrais ont été plus copieusement distribués.

A Rothamsted, un seul essai de culture continue du trèfle a réussi, dans une toute petite plate-bande du jardin voisin de la maison de sir J.-B. Lawes.

Quelle différence existe-t-il entre cette plate-bande et les champs voisins ? C'est que la terre du jardin a reçu pendant une nombreuse suite d'années ces abondantes fumures de fumier de ferme que prodiguent les jardiniers, et que peu à peu ce fumier a subi les métamorphoses qui Tont amené à un état tel, que sa matière organique azotée soit devenue assimilable par le trèfle. Ce n'est donc pas le fumier frais qui convient. C'est un produit intermédiaire entre la matière humique contenue dans le fumier et les sels ammonicanx ou les nitrates qui en proviennent par des dégradations successives.

J'ai exécuté moi-même sur ce sujet quelques expériences que je crois devoir rapporter ; au moment où j'ai tracé en 1875 le champ d'expériences de Grignon, j'ai consacré quelques parcelles à la culture sans engrais. Il y a cinq ou six ans, leur épuisement était

sensible, les récoltes de betteraves y devenaient misérables et celles du trèfle très faibles ; on essaya en vaia de les rétablir avec des engrais minéraux, et quand on analysa ces terres pour reconnaître quels éléments y faisaient défaut, on reconnut que la proportion d'humus avait beaucoup baissé, la matière organique avait aussi changé de nature. Les eaux de drainage qui s'écoulent de ces terres épuisées sont absolument incolores, celles qu'on recueille des terres en bon état présentent au contraire une légère teinte ambrée, due à la dissolution d'une combinaison de la matière organique avec la chaux. — Cette dissolution est très efficace, et les jeunes plantes qui la reçoivent en éprouvent une influence heureuse.

Pour mieux montrer, au reste, que les graminées et les légumineuses ne prennent pas dans le sol les mêmes aliments, que la matière organique, indifférente aux premières, est nécessaire aux secondes, j'ai rempli de grands vases, d'une capacité de 50 litres, de terres épuisées par la culture sans engrais. Les unes ont été ensemencées de ray-grass, la graminée du gazon, les autres de trèfle. Dans les deux séries, quelques pots ont reçu des engrais chimiques, d'autres la matière humique, dissoute, qu'on extrait facilement du fumier de ferme, d'autres enfin restèrent sans engrais. Les résultats furent très curieux, le ray-grass fut luxuriant dans la terre enrichie d'engrais chimiques, et médiocre quand il poussa dans la terre amendée avec la matière humique, bien qu'on eût soin d'égaliser les quantités

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d'azote, d'acide phosphorique et de potasse introduites. Pour le trèfle, les résultats furent tout différents ; la fumure aux engrais chimiques n'exerça qu'une très faible influence, tandis que la terre qui avait reçu la matière humique porta une excellente récolte.

Tous ces faits militent dans le même sens. La matière humique azotée du sol, la matière noire du fumier, soluble dans les carbonates alcalins, est un aliment pour certaines espèces, notamment pour les légumineuses, quand, soumise pendant quelque temps à l'action de l'air et des ferments de la terre, elle a pris une forme que nous sommes encore incapables de définir nettement ; mais, en revanche, pour la plupart des autres, elle n'est qu'une matière première qui ne deviendra assimilable qu'après avoir subi des métamorphoses plus complètes, après que son azote aura été amené soit à l'état d'ammoniaque, soit à celui d'acide azotique.

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