‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 35 sur 51 · INERTIE DE L' AZOTE DU SOL · texte numérisé non relu

INERTIE DE L' AZOTE DU SOL

Tanalyse décèle leur présence. On arrive ainsi à cette conclusion inadmissible : les engrais sont inutiles.

Si Texpérience condamne Thypothèse de Liebig, elle ne résout pas ce paradoxe : il est avantageux d'ajouter des engrais azotés à un sol riche en azote... Est-ce donc que cet azote combiné contenu dans le sol est inerte, inutile, sans action sur les végétaux?

Une très faible fraction de cet azote est engagée, en effet, dans des combinaisons assimilables; Boussingault en a donné une preuve décisive dans une expérience où, suivant sa spirituelle expression, il a voulu joindre àTopinion des savants sur la matière azotée du sol € Topinion des plantes ».

On forme un sol artificiel avec des cailloux, du sable et un peu de bonne terre renfermant assez d'azote pour alimenter une petite plante, si cet azote est assimilable. On sème; la graine germe, la plante se développe... aussi faible, aussi chétive que si on n'avait pas ajouté la bonne terre; l'azote qu'elle renfermait n'a pas été utilisé.

A quel état est donc cet azote? Dans quelle combinaison est-il donc engagé? Ne pouvons-nous vaincre son inertie? N'est-il aucun moyen de tirer parti des richesses accumulées que renferment nos sols cultivés? Telles sont les questions que nous allons examiner.

1/4 LES FERMENTS DE lA TERRE

|ii Origine et composition de l'humus.

Les terres meubles dans lesquelles les végétaux enfoncent leurs racines sont habituellement formées de quatre matières différentes : de menus fragments de roches; de sable; d'une matière plastique : l'argile, silicate d'alumine provenant de la décomposition des silicates qui constituent les roches primitives ou les roches éruptives; de calcaire, et enfin, d'une matière noire très peu soluble dans l'eau, mais attaquable par l'action successive des acides et des bases : Thumus ; c'est dans cet humus que se trouve l'azote, engagé en combinaison avec du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène.

L'humus est le résidu de la décomposition des matières végétales, soit par des insectes, soit par les cryptogames. L'illustre Charles Darwin a insisté, il y a plusieurs années déjà, sur le rôle très curieux que remplissent, dans la formation de l'humus, les vers de terre, les lombrics : ils attirent, dans les galeries qu'ils creusent dans le sol, les feuilles mortes qui gisent à la surface et rejettent des matières noires mélangées d'une grande quantité de terre. Le savant naturaliste anglais cite une expérience curieuse, facile à reproduire, exécutée par M. Von Ileusen : deux vers de terre furent placés dans un vase de 45 centi-

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mètres de diamètre, remplis de sable, sur lequel on étendit des feuilles sèches; celles-ci furent successivement entraînées dans les trous et, après six semaines, une couche de sable d une épaisseur d'un centimètre était convertie en humus après avoir passé par les organes digestifs des deux vers.

Cette transformation de la matière végétale en substance noire, légèrement soluble dans les alcalis, paraît être avantageuse aux plantes qui se succèdent à la surface du sol. Un fonctionnaire anglais, qui a longtemps séjourné en Guinée, assure que les nègres cultivent de préférence les tf^rres qui ont été ainsi remuées, triturées par les vers et qui sont couvertes de leurs déjections.

Bien plus énergique encore est l'action dos microorganismes, champignons, bactéries, ferments de^ toutes sortes, qui pullulent dans le sol et y assurent la destruction de toute la matière organique accumulée par les végétations qui s'y succèdent chaque année. Cette destruction est leur œuvre. Si on les fait périr en élevant la température d'un lot de terre jusqu'à 120 degrés pendant plusieurs heures, toute transformation cesse ; la terre n'exhale plus l'acide carbonique, ainsi qu'elle le fait constamment dans les conditions normales.

On sait, en effet, depuis les admirables travaux de M. Pasteur, que l'intervention des micro-organismes est nécessaire à la transformation de la matière organique; que les liquides les plus altérables, même le

lait, n'éprouvent plus aucune modification, si, en élevant sa température au delà de 100 degrés, on tue tous les ferments qu'il renferme. Le Idiii pasteurisé, l'expression est aujourd'hui usuelle, le lait qui a été débarrassé de tous les micro-organismes qui métamorphosent si rapidement ses éléments, peut être indéfiniment conservé. Une industrie se crée aujourd'hui pour substituer le lait conservé au lait frais.

Les micro-organismes attaquent les débris végétaux avec d'autant plus d'énergie que l'air a plus facilement accès dans la masse; quand l'air fait défaut, la décomposition devient très lente. Cette notion est mise à profit par les cultivateurs qui ensilent leurs fourrages pour assurer pendant l'hiver une nourriture fraîche aux animaux. Le maïs qui, sous le climat de Paris, ne mûrit pas sa graine, est employé comme fourrage; sec, il devient dur et les animaux ont peine à le consommer. Dans les climats humides, les secondes coupes des prairies naturelles ou artificielles sont difficiles à sécher; souvent une averse intempestive arrive sur le foin prêt à être bottelé, il faut l'étendre de nouveau, car s'il est rentré humide, les champignons entrent enjeu, il moisit et n'a plus de valeur. On tourne ces difficultés en accumulant les herbes, le maïs vert, dans un silo maçonné, on le couvre de madriers, on les charge de façon à former une masse compacte; la respiration des végétaux consomme bientôt tout l'oxygène emprisonné entre les assises de fourrages, il est remplacé par de l'acide carbonique et, dès lors, les destructeurs

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les plus actifs disparaissent du centre, ils ne travaillent que sur le pourtour, là où péniblement Tair se fraie un passage. Quand on examine un silo entamé, on voit très bien Tinfluence de l'air sur la destruction de la matière végétale; à la partie supérieure, on trouve une zone dejamoisierprofondément altérée, puis une coucbe de quelques centimètres d'épaisseur toute tapissée de blanches ramifications des champignons; la température en est assez élevée pour être sensible à la main, la combustion y est active; au-dessous, là où l'air n'a pu s'infiltrer, le fourrage est intact.

Les débris végétauxainsi attaqués parles cryptogames renferment des matières de trois ordres, des substances formées de carbone, puis d'oxygène et d'hydrogène dans les proportions de l'eau : les hydrates de carbone des chimistes, l'amidon, la cellulose, la gomnie, appartiennent à ce premier groupe ; des substances beaucoup plus chargées de carbone que les précédentes, constituant particulièrement les vaisseaux, et désignées sous le pom de vasculoses; enfin des matières azotées. Le sort de ces trois ordres de substances est très diff'érent, les hydrates de carbone sont complètement brûlés ; les champignons s'en nourrissent, exhalent par leur respiration tout le carbone à l'état d'acide carbonique. Les matières azotées sont également la proie des cryptogames qui en constituent leurs propres tissus ; la vasculose persiste plus ou moins altérée. C'est son mélange avec les débris de champignons, qui meurent quand les aliments leur font défaut, qui constitue l'humus,

Il est beaucoup plus riche en azote que ne Tétaient les débris végétaux eux-mêmes, car toute la fraction de ces débris, constituée par les hydrates de carbone, a disparu; Tazote des albuminoïdes des végétaux se trouve donc disséminé dans une matière réduite, et sa proportion centésimale a augmenté ; c'est ce qu'a très bien observé récemment M. Kostytchef, dans ses travaux sur le tchernoziem, sur les terres noires du sud de la Russie: dans lesquelles Thumus est tellement abondant que depuis un temps immémorial ces terres donnent des récoltes de seigle et de blé, médiocres il est vrai, mais continues, sans recevoir d'engrais.

Ces débris des végétations antérieures, à des états de décomposition plus ou moins avancée, suivant que leur attaque par les cryptogames a été plus ou moins complète, les débris de ces cryptogames eux-mêmes, les cadavres des micro-organismes fixateurs d'azote, forment la matière organique du sol ; c'est là que gisent ces 4000 ou 8000 kilos d'azote que l'analyse décèle dans un hectare de terre, c'est là que puise la végétation spontanée, c'est dans cette masse que s'alimentent les maigres récoltes obtenues sans le secours d'aucun engrais.

L'humus ne persiste dans le sol, ne s'accumule parfois, en quantité énorme, comme dans les prairies humides, que parce qu'il est peu altérable. C'est une matière première qui lentement se transforme en substances propres à l'alimentation végétale, et c'est précisément parce que cette transformation est lente que l'emploi des engrais azotés est nécessaire, qu'il

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