‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 39 sur 51 · LA NITRIFICATION EST UNE FERMENTATION · texte numérisé non relu

LA NITRIFICATION EST UNE FERMENTATION

anesthésiques, agit sur tous les êtres de la série animale et que notamment il engourdit, endort, paralyse l'activité des ferments figurés. Rien n'est plus curieux que de le constater ; quand on examine au microscope une goutte d'un liquide en fermentation butyrique, par exemple, fermentation provoquée par d'innombrables bactéries parcourant rapidement le champ du microscope, s'arrètant brusquement pour repartir aussitôt, puis qu'on glisse entre les deux lames de la préparation une goutte d'eau chloroformée, on voit, en quelques instants, le repos absolu succéder au mouvement désordonné des bactéries. Tout s'arrête; les microbes, tout à l'heure si agiles, gisent immobiles ; ils restent ainsi tant que persiste Tinfluence du chloroforme. Si on le laisse se dissiper en soulevant légèrement la lame de verre, on reconnaît qu'après quelque temps le mouvement reparaît, lent d'abord, puis de plus en plus rapide. Visiblement les ferments figurés perdent toute activité quand ils sont soumis à l'influence du chloroforme.

Profitant de cette intéressan te o])servation, MM. Schlœsing et Muntz introduisent dans un des cylindres où se déverse l'eau d'égout une capsule renfermant du chloroforme; puis ils examinent jour par jour l'eau qui filtre au travers du sol. Cette eau est toujours limpide, mais bientôt les nitrates diminuent, puis disparaissent... Dans la terre chloroformée, la nitrification cesse de se produire; or, le chloroforme n'agit que sur les êtres vivants. S'il a suffi de le faire pénétrer dans le

sol pour lui faire perdre ses propriétés nitrifiantes, c'est que la nitrification est, comme Tavait pense M. Pasteur, une véritable fermentation. Il est facile de contrôler cette conclusion par d*autres essais; les micro-organismes périssent quand ils sont soumis à des températures de 400 à 420 degrés; en effet, une terre perd ses propriétés nitrifiantes, aussitôt qu'elle est chauffée, stérilisée, suivant l'expression consacrée, qui indique que tous les êtres vivants ont été tués. — Si, enfin, on réensemence cette terre dépouillée de ses propriétés nitrifiantes par cette température de 420 degrés, avec une terre qui les possède encore, avec quelques parcelles d'une terre non chauffée, les organisnes nitrificateurs pullulent de nouveau, et les nitrates réapparaissent dans les eaux.

Si on se rappelle que la matière azotée du sol est inerte, qu'habituellement elle n'exerce aucune action sensible sur la végétation, si on se rappelle qu'au contraire les nitrates présentent une telle efficacité que les récoltes confiées à un sol stérile croissent en raison du poids de nitrate ajouté, on comprend quel retentissement eut la découverte de MM. Schlœsing et Muntz, et quelles idées nouvelles elle suscita aux agronomes : pour eux désormais, une terre fertile devient un véritable milieu de culture des ferments nitriques.

L'existence de ces ferments fut déduite des expériences précédentes et une dizaine d'années s'écoulèrent avant qu'ils eussent été isolés. Leur découverte appartient à un éminent physiologiste russe, M. Winogradsky, elle

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