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La nitrificatio7i dans la terre arable, — Étude des eaux de drainage,
La formation desnitrates est, nous l'avons dit plusieurs fois, la condition même de la fertilité. Il est, par suite, du plus haut intérêt de la suivre attentivement, non
seulement dans les expériences de laboratoire, mais aussi sur des sols en place, nus et cultivés. — Or, cette étude est facilitée par une propriété très fâcheuse que possèdent les nitrates; contrairement à ce qui arrive pour d'autres éléments de fertilité tels que Tacide phosphorique, la potasse ouranimoniaque,ils ne sont pas retenus par la terre ; si on fait filtrer une dissolution de nitrate au travers d'un sol, on trouve que la dissolution est aussi chargée après son passage qu'elle l'était avant, tandis que, si on avait fait filtrer au travers du sol une eau chargée d'ammoniaque, de potasse ou d'acide phosphorique, on ne trouverait en général dans l'eau d'égouttage qu'une minime fraction des éléments dissous introduits. C'est ce qu'il est facile de vérifier en étudiant les eaux de drainage. — On sait que lorsqu'une terre repose sur un sous-sol imperméable, il est de toute nécessité de provoquer artificiellement le départ des eaux quand celles-ci ne trouvent pas, dans la disposition inclinée du sol, un écoulement naturel ; on procède alors au drainage en creusant dans le champ reposant sur cette couche imperméable une série de fossés, au fond desquels on dispose des tuyaux en terre poreuse fixés, bout à bout, à la suite les uns des autres ; on recouvre les drains avec la terre, l'eau s'inliltre dans les tuyaux poreux et s'écoule dans un ruisseau. Ces eaux, très habituellement chargées de nitrate de chaux, ne renferment ni ammoniaque, ni acide phosphorique ; on n'y trouve de potasse, à l'état de nitrate, que lorsque le calcaire fait défaut.
EAUX DE DRAINAGEr " -• - 205
Sirs J.-B. Lawes et H. Gilbert ont donné un grand nombre d'analyses des eaux provenant du drainage du champ sur lequel ils ont établi la culture continue du blé. J'ai moi-même consacré plusieurs années à Tétude des eaux de drainage soit de terres maintenues sans végétation, soit plus récemment de terres portant des plantes variées. A l'imitation de ce qu'avait fait déjà M. Berthelot, j'ai adopté pour l'étude du drainage des terres nues une méthode qui permet de varier beaucoup les expériences. J'ai fait construire de grands vases en terre vernissée à l'intérieur; ces vases sont soutenus par un trépied en fer, au-dessus de flacons dans lesquels s'écoule, par un orifice muni d'un bouchon et d'un tube de verre, Peau qui a traversé le sol ; on place au fond des vases un lit de cailloux pour assurer l'écoulement, puis au-dessus la terre que l'on veut mettre en expériences. Les vases en renferment 60 kilos environ ; ils se prêtent très bien, ainsi qu'il vient d'être dit, à l'étude des eaux de drainage provenant des terres sans végétation ; mais quand il s'agit des terres cultivées, ils ne donnent plus que des indications incertaines. Nos plantes de grande culture vivent mal dans un cube de terre restreint où leurs racines ne s'étalent pas à l'aise. Le blé, l'avoine, les betteraves, le maïs, le chanvre, sont restés chétifs quand j'ai voulu les semer dans ces vases de faibles dimensions et j'ai dû opérer autrement.
J'ai fait construire au champ d'expériences de Grignon de grandes cases carrées, en ciment imperméable; elles ont 2 mètres de côté et 1 mètre de hauteur, elles
présentent donc une capacité de 4 mètres cubes et renferment 5 tonnes de terre; les récoltes y sont habituellement bonnes, analogues à celles qu'on obtient en pleine terre. Le fond de ces caisses est incliné d'arrière en avant, creusé en forme de rigole ; à la partie la plus déclive on a ajusté un tuyau de plomb qui envoie les eaux dans de grandes bonbonnes où elles sont recueillies, mesurées et analysées.
Toute Feau tombée sur une terre nue ne la traverse pas pour arriver jusqu'aux drains : si pendant l'hiver presque toute la pluie est évacuée parles drains, pendant le printemps une partie seulement de l'eau est recueillie ; une fraction importante est évaporée; cette fraction devient considérable pendant l'été, la terre est échauffée par les radiations solaires et l'évaporation enlève presque la totalité de l'eau tombée. Il n'en est plus ainsi à l'automne; à mesure que la température baisse, Tévaporation s'amoindrit et Teau recueillie augmente.
Quand on analyse l'eau de drainage des terres nues aux diverses époques de Tannée pour déterminer les nitrates qu'elle entraîne, on n'en trouve qu'une faible quantité en hiver, la proportion augmente pendant le printemps, devient notable en été et à l'automne. — En multipliant le poids d'azote nitrique contenu dans chaque litre d'eau écoulée, par le nombre de litres recueillis, on obtient la quantité d'azote nitrique produite aux différentes époques. Si, enfin, on prend la moyenne des nombres obtenus par l'étude des eaux de drainage de terres très différentes les unes des autres,