‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 45 sur 51 · EAUX DE DRAINAGE · texte numérisé non relu

EAUX DE DRAINAGE

pendant les années 1890, 1891 et 1892, puisqu'on les rapporte à la surface sur laquelle portent toutes les comparaisons agricoles, à l'hectare de 10 000 mètres carrés, on arrive aux nombres suivants, singulièrement instructifs :

Azote nitrique produit par hectare :

Prinlemps 17 kil. 8

Été 26 kil. 4

Automne 40 kil. ^

Hiver M kil. 8

Nous avons déjà indiqué qu'une bonne récolte moyenne exige environ 100 à 120 kilos d'azote combiné. Or cet azote doit être à la disposition de la plante pendant le printemps et le commencement de l'été; dès la fin de juin, b» blé ou l'avoine n'assimilent plus ; la betterave, il est vrai, absorbe les nitrates formés plus tardivement, mais sans grande utilité ils s'emmagasinent dans la racine où ils sont singulièrement gênants, nuisant à la santé des animaux qui consomment ces betteraves ou entravant l'extraction du sucre. — En réalité, les nitrates du printemps et ceux du commencement de Tété sont les seuls utiles; ceux qui se forment pendant la lin de l'été, l'automne et l'hiver sont habituellement entraînés par les eaux de drainage, jetés aux rivières, à la mer, perdus.

Les chiffres précédents montrent que la nitrification au printemps est absolument insuffisante. Il est facile d'en comprendre la raison : à cette époque la terre est habituellement assez humide, mais la température est

trop basse pour que les ferments entrent vigoureusement en jeu; ils sont affaiblis pendant l'hiver, et ne sortent que lentement de leur engourdissement. Tandis que certains ferments du sol, les ferments butyriques, par exemple, évoluent en 24 ou 30 heures, l'incubation des ferments nitriques est singulièrement plus lente ; une terre prise dans un champ pendant l'hiver, placée dans les conditions les plus favorables de température, d'humidité, d'aération, reste plusieurs semaines sans élaborer une quantité notable de nitrates. C'est précisément pour compenser cette insuffisance de la nitrification de l'humus, la lenteur d'action des ferments nitriques, que nous enfouissons dans le sol des engrais azotés, du fumier dont les sels ammoniacaux se transforment aisément, et surtout du nitrate de soude. C'est parce que la nitrification du printemps est insuffisante, qu'une flotte entière est sans cesse occupée à introduire en Europe le nitrate de soude qu'elle va péniblement chercher sur la côte du Pacifique ; c'est à cause de cette insuffisance que l'Europe importe, ainsi que nous l'avons dit déjà, des quantités croissantes de nitrate de soude; en 1894, elle en a reçu 974 000 tonnes représentant une valeur de 205 millions de francs *, presque entièrement payée par la culture.

Visiblement, les cultivateurs ne consentent à débourser une si forte somme que parce qu'ils ont reconnu

i. Nous prenons ce chiffre dans des articles très intéressants de M. Maizières publiés par le journal V Engrais, numéro du 29 mars 1895.

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que cet engrais était absolument efûcace, et qu'ils n'obtenaient de pleines récoltes qu'à la condition d'ajouter aux faibles quantités d'azote nitrique qui se forment dans leur sol, 200, 300 kilos de nitrate de soude.

Ainsi, malgré l'abondance de l'humus que renferment tous nos sols cultivés, bien que la proportion d'azote qu'ils contiennent soit souvent cent fois supérieure aux besoins des récoltes, l'inertie de cet humus est telle, la résistance qu'il oppose aux ferments si énergique, qu'il nous faut faire des dépenses considérables d'azote combiné, qu'il nous faut importer à grands frais du nitrate de soude; cette importation est nécessaire, parce que nous ne savons pas déterminer dans nos terres, au printemps, une abondante formation de nitrates.

Cette résistance de l'humus est-elle invincible? N'existe-t-il aucun moyen de surexciter l'action des ferments? M. Schlœsing, il y a déjà plusieurs années, a remarqué que, si on triture une terre, dans laquelle la nitrification est faible, on l'active; il en donne pour raison que les ferments ne se déplacent pas dans le sol comme dans un liquide, qu'ils restent fixés dans la très mince couche d'eau qui adhère à chaque molécule de terre. C'est dans ce domaine très restreint qu'ils opèrent, épuisant leur action sur les matières voisines, puis cessant leur travail quand ces matières ont été transformées, pour ne le reprendre que si d'autres substances viennent remplacer celles qui ont disparu

SOUS leur action même. J'ai d'abord accepté cette manière de voir, toutefois, il me paraît maintenant que la trituration du sol, qui entraîne sa pulv(^risation, a une autre utilité : elle favorise l'aération.

Quand on détermine la quantité d'air contenu dans une motte de terre, on la trouve d'autant plus faible que la terre est plus bumide, or* la nitrification étant essentiellement une oxydation, un sol composé de grosses mottes peu ou pas aérées, ne produit pas de nitrates comme il le ferait, si toutes les mottes, maintenues humides, étaient brisées, pulvérisées, car l'air peut alors baigner toutes les particules de terre.

Quand toutes les conditions favorables à la nitrification sont réunies, cette trituration, cette aération du sol donnent une prodigieuse énergie au phénomène; il apparaît dans les terres bien pulvérises des quantités de nitrate formidables,* bien supérieures à celles qui sont nécessaires aux récoltes les plus abondantes. La réunion de ces circonstances favorables se rencontre parfois fortuitement. On reçoit dans un laboratoire de chimie agricole un envoi de terre, on le met en expériences; il fournit des nitrates en telle abondance qu'on croit au premier abord que la terre a été additionnée de nitrates, et qu'il faut s'assurer que l'acide azotique est bien combiné à la chaux et non à la soude, pour comprendre que cette production exubérante est due à ce que la terre, au moment de son prélèvement, pendant le voyage et sa mise en expériences, a été remuée, pulvérisée, tout en restant humide. Il est facile au reste de déterminer, au

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