‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 48 sur 51 · CULTURES DÉROBÉES I) AUTOMNE · texte numérisé non relu

CULTURES DÉROBÉES I) AUTOMNE

eaux recueillies au-dessous des cultures de vesce n'ont pas entraîné au delà du tiers ou du quart des nitrates perdus par les terres nues * .

Que deviennent les nitrates qui se forment aussi bien dans les terres couvertes de cultures dérobées que dans les terres nues, mais qu'on ne retrouve pas dans les eaux de drainage des terres emblavées? Il importe de le savoir. Si ces nitrates restent en nature dans le sol, ils seront entraînés pendant l'hiver, la perte seulement retardée, et le bénéfice des cultures dérobées singulièrement réduit. L'analyse des eaux de drainage d'hiver montre très bien qu'il n'en est pas ainsi ; les nitrates d'automne ont été saisis par les jeunes plantes. Ils sont transformés en matières azotées, leur azote est pendant tout l'hiver soustrait à toutes les causes de déperdition.

Je pratique ces cultures dérobées à TÉcole de Grignon depuis plusieurs années; je sème au commencement d'août de la vesce, qui est retournée en novembre ; en moyenne, le poids de la vesce enfouie est de 15 000 kilos par hectare; sa teneur en azote est à peu près la même que celle du fumier; Tengrais vert représente donc une demi-fumure.

Si la pratique des cultures dérobées devenait générale en France, on en obtiendrait des résultats très . avantageux. Nous semons du blé sur 7 millions d'hectares ; si, après la moisson, chacun de ces hectares por-

i. Perte d'un hectare de terre restée nue après blé, 5i kil. 6 d'azote nitrique.

Perte d*un hectare de terre ensemencée en vesce, 17 kilos. Perte d'un autre hertarede terreensemencée en vesce, 13 kilos.

tait une culture dérobée de vesce, elle fournirait la valeur de 105 millions de tonnes de fumier, et quand bien même la culture dérobée n'équivaudrait qu'à 10 tonnes de fumier, elle représenterait encore 70 millions de tonnes de fumier; or, la statistique de 1882 estime la production annuelle du fumier à 100 millions de tonnes environ; il dépend donc uniquement des cultivateurs de doubler la somme de matières fertilisantes dont ils disposent chaque année.

Quand, dans un laboratoire, on soumet une terre qui dégage de notables quantités d'acide carbonique, dues à la respiration des êtres qui y pullulent, à une température de 120» pendant plusieurs heures, tout dégagement d'acide carbonique cesse; on dit que cette terre est stérilisée, et l'expression dépasse la portée qu'on lui donne habituellement ; cette terre est bien, en effet, devenue stérile : toutes les réactions qui assuraient sa fécondité ont disparu, son activité est éteinte, elle est devenue incapable de fixer l'azote atmosphérique, de transformer son humus en ammoniaque, son ammoniaque en acide azotique : ses ferments sont tués. Ce n'est plus qu'une masse inerte dans laquelle la végétation devient aussi languissante que dans du sable calciné ; cet arrêt dans toutes les fonctions qui déterminent sa fertilité, aussitôt qu'elle est soumise à l'action du feu, justifie pleinement la belle expression de M. Berthelot : « La terre est quelque chose de vivant. »

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