‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 47 sur 51 · TRAVAIL DU SOL · texte numérisé non relu

TRAVAIL DU SOL

Visiblement, tels que nous les exécutons aujourd'hui, ces travaux sont insuffisants; si nous sommes contraints, afin d'avoir d'abondantes récoltes, d'acheter du nitrate de soude, c'est à coup sûr parce que nous ne provoquons au printemps dans nos terres qu'une nitrification trop faible. La charrue, en effet, découpe le sol en tranches qui sont retournées, la bande tout entière est déplacée d'un bloc, chacune de ses parties fait une demi-révolution dans un même plan, et toutes ces molécules déplacées restent par rapport les unes aux autres dans la position qu'elles occupaient avant ce déplacement ; ce premier travail, excellent pour ouvrir le sol aux eaux de la pluie qui doivent s'y emmagasiner, ne mélange pas les unes aux autres les diverses parties du sol ; en outre, ces bandes de terre compactes ne sont pas facilement pénétrées par Toxygène atmosphérique, Taération est insuffisante.

La herse, ce cadre de bois ou de fer armé de dents, fait un peu mieux. Elle brise les mottes formées par la charrue, de façon que l'air enveloppe les particules déterre; son travail est efficace, aussi ne se borne-t-on pas à herser les terres nues, les cultivateurs hardis font passer cet instrument dans les champs de blé, au mois d'avril, quand la jeune plante bien enracinée est capable de résister au dur travail qu'elle va subir. — Le proverbe dit : « Si tu herses ton blé, ne regarde pas derrière toi. » C'est qu'en effet l'aspect est lamentable, les tiges sont brisées, piétinées par les attelages; à la place des lignes vertes, agréables

à 1 œil, que présente le champ qu'on attaque, on ne voit plus qu'un désordre qui semble irrémédiable; quinze jours plus tard, tout est réparé, les tiges couchées sont remplacées par de nouvelles pousses, le blé a tallé. C'est Teffet visible, mais certainement aussi ce travail de trituration a peut-être pour effet de disséminer les ferments, de les répandre, de les mettre au contact de matières nitrifiables encore intactes, sur lesquelles ils peuvent exercer leur action, et surtout de briser les mottes de terre, de les réduire en fmes particules que Tair peut baigner de toutes parts.

Les constructeurs ont, au reste, imaginé des appareils d'un travail plus efficace que ceux que nous employons d'ordinaire. Je ne serais pas étonné notamment qu'un instrument à dents nombreuses disposées en chicane les unes par rapport aax autres, sur plusieurs rangées successives, variante du scarificateur, méritât d'être plus répandu qu'il ne Test encore.

Lesconstructeursaméricains, canadiens, anglais, français, rivalisent d'ingéniosité, dans l'invention d'instruments destinés à pulvériser le sol, à l'aérer, et s'ils sont bien convaincus qu'une terre n'est bien préparée qu'autant qu'elle est réduite en poudre fine, il n'est pas douteux qu'ils ne trouvent des appareils encore plus efficaces que ceux que nous employons aujourd'hui. Lorsqu'on sera convaincu qu'en opérant autrement qu'on ne le fait actuellement on peut sinon éviter, au moins beaucoup restreindre, les très lourdes dépenses qu'entraîne lacquisition du nitrate de soude, on réussira, sans doute,

CULTURES DÉROBÉES dVuTOMXE VMr>

à construire des appareils propres à remuer le sol, à le mélanger et à y provoquer une nitrîûcafcion rie printemps assez active pour que l'omploi des entrais azotés autres que le fumier de ferme devienne inutile.

Pour réussir, toutefois, une dernière condition doit être remplie : notre sol est bien triture, il est réduit en poudre, Tair le baigne de toutes parts; s^immes-nous certains d'avoir une nitrification active':? Hélas, nonl Pour qu'elle se produise, il faut que le soi soit humide; si, sur notre terre bien préparée, toinbe nnephiie opportune, les nitrates apparaissent et nos réeoUes 8ûnt vigoureuses; si la pluie fait défaut, notre travail devient inutile, l'activité des ferments s'éteint.

C'est seulement dans les sols réî^nlierenipnt arrosés que le travail du sol acquiert toute sit valeur et Iti culture maraîchère nous apprend ce qu'il produit. Les maraîchers ne s'établissent que là où Tean est assez abondante pour que les arrosages soient aisés; ils prodiguent le fumier et comme ils n'épari^nenl pas leu r pei n e , que sans cesse ils bêchent leur terre, ils obtiennent sur le même sol trois ou quatre récoltes par saif^on.

Nitrification active de r arrière-saison. ^- Culture!^ dérobées d'automne.

Il ne suffit pas de provoquer la nitritication au moment où elle est utile, il faut encore, sinon la res-

treindre à Tautomne, au moment où la plupart des récoltes sont abattues, au moins empêcher les nitrates de disparaître. En moyenne, pendant les automnes des quatre dernières années, les pertes dues aux entraînements par les eaux de drainage ont été, à Grignon, pour un hectare de terre nue, de 40 kil. 6 d'azote nitrique, ce qui correspond à 250 kilos de nitrate de soude, c'est-à-dire à une dépense comprise entre 60 et 70 francs par an qui représente le loyer d'un grand nombre de terres passables de notre pays.

Ces pertes sont dues exclusivement à l'écoulement des eaux qui traversent le sol, quand il est nu, dépouillé de ses récoltes. Elles varient naturellement avec l'abondance des récoltes précédentes et la répartition de la pluie; quand les pluies sont très abondantes à l' arrière-saison comme en 1892, les pertes par les eaux de drainage sont très fortes; elles l'ont été également en 1893, et cela, non seulement par l'abondance des pluies d'automne, mais aussi par la faiblesse des récoltes, tandis qu'en 1894, année d'abondance suivie d'un automne sec, elles ont été nulles sur les terres emblavées, mais encore notables pour les terres nues. Or, la terre reste découverte durant toute l'arrière-saison dans notre région septentrionale, notamment dans la partie la plus riche et la plus prospère, celle du Nord-Est, oh domine la culture de la betterave, qui revienttous les deux ans, alternant avec le blé. L'année où le sol porte des bette- . raves, les pertes sont minimes, la plante est arrachée tardivement, et son feuillage abondant couvre encore

CULTURES DÉROBÉES d' AUTOMNE 217

le sol pendant la plus grande partie du mois d'octobre, évaporant l'eau tombée, empêchant les drains de couler ; pendant l'automne de 1892, tandis qu'on recueillait la valeur de 6 millimètres d'eau de drainage échappée à une culture de betteraves, une terre qui avait porté du blé en laissait couler 35 millimètres. En moyenne, l'hectare de betterave n'a perdu que 6 kil. 6 d'azote nitrique, l'hectare de blé 54 kil. 6.

Pour éviter ces pertes, il faut empêcher l'écoulement de l'eau de la pluie par les drains ; rien n'est plus aisé : les végétaux sont de puissants appareils d'évaporation, aussi ne voit-on l'eau traverser le solqu'-après la récolte ; tant que la terre est couverte, toute l'eau tombée est rejetée dans l'atmosphère par la transpiration végétale. Il ne faut donc pas qu'à l'automne la terre reste découverte, et aussitôt que la moisson est faite, il faut remplacer la récolte abattue par une culture dérobée. Presque toujours, immédiatement après la moisson, on fait passer sur les chaumes de blé ou d'avoine une charrue légère, un scarificateur qui entr'ouvre le sol ; c'est là ce qu'on appelle donner un labour de déchaumage ; cette opération est très utile. Par ce labour on déracine les mauvaises herbes, on permet k la pluie de pénétrer le sol et de l'ameublir assez complètement pour que les labours profonds deviennent possibles ; mais si, entre ce labour de déchaumage d'août et les grands travaux de fin octobre, la terre reste nue, les pluies, habituellement abondantes en septembre, s'infiltrent dans le sol et lui enlèvent les

nitrates formés pendant Tété et non utilisés. Presque toujours les eaux de drainage sont très chargées à l'automne, et on en conçoit facilement la raison. Si la pluie a été fréquente pendant Tété, les deux conditions favorables à la nitrilication : humidité, élévation de température, se sont réunies, mais comme, en général, la plus grande partie de Teau tombée pendant Tété a été évaporée, Fécoulement ne se produit qu'au moment où arrivent les abondantes précipitations d'arrière-saison. Si, au contraire, la pluie est rare pendant Tété, la terre reste chaude jusqu'à l'automne, et c'est seulement à ce moment-la que les nitrates se produisent. Ils apparaissent aussitôt que la pluie amène le sol à Tétat convenable au travail des ferments, et comme la terre est nue, qu'elle ne porte aucune plante capable d'évaporer l'eau tombée et de s'emparer des nitrates formés, ils sont entraînés et perdus.

Ces pertes, considérables, nous le répétons, des nitrates pendant l'automne, sont réduites ou même radicalement supprimées par les cultures dérobées. Au mois d'août 1891, on a semé au champ d'expériences de Grignon, soit une légumineuse : delavesce, soit une autre plante à développement rapide : de la moutarde ; après quelques jours, les champs étaient verts, et tandis que les drains placés au-dessous des terres nues coulaient à plein tuyau, ceux qui assainissaient les terres ensemencées restaient secs. En 1892, les pluies ont été trop abondantes pour que Tévaporation des cultures dérobées pût rejeter toute l'eau tombée ; mais cependant les

Page 1