ÉNIGME DE NOS ORIGINES 29I
d"un point commun. Chez l'un comme chez l'autre, les tourbillons interviennent dans un milieu rare ; l'attraction fait le reste. Avec la différence, cependant, que l'hypothèse de Faye bénéficie de toutes les découvertes réalisées dans les domaines les plus variés de la science depuis le milieu du xviii® siècle.
L'ensemble des mouvements à peu près circulaires présentés par notre système milite en faveur d'une nébuleuse sphérique à l'origine ; Laplace l'avait déjà fait remarquer et Faye maintient cette proposition ; mais, cette fois, la nébuleuse sera froide et ce sera surtout l'attraction qui produira la diminution de volume et provoquera la condensation centrale, noyau du Soleil futur.
Ainsi, au début, pas de condensation marquée ; les molécules tournent autour du centre suivant des cercles ou des ellipses qu'elles décrivent dans le même temps ; la pesanteur interne, résultant des forces attractives de toutes les molécules, varie en raison directe de la dislance au centre. Ce n'est que plus tard, après la formation d'une agglomération centrale, que la loi de l'inverse du carré apparaîtra.
Comment, dans un tel milieu, des anneaux générateurs de planètes vont-ils se dessiner ? Faye ne précise pas. Comme dans la Théorie du ciel, il est seulement question de tourbillons et de spires assez peu différentes de cercles, et, la résistance aidant, les anneaux surgissent. Ceux-ci sont-ils formés au début sous l'empire de la première loi de la pesanteur, leur rupture donnera lieu aux rotations directes. Par contre, vers la fin, planètes et satellites tourneront dans le sens rétrograde.
Faye tombait ainsi sans s'en douter dans cette sorte d'erreur qu'il reprochait à Laplace : " Si l'on vient, écrivait-il, à découvrir un satellite à une planète, on peut être sûr qu'il circulera autour d'elle dans le sens de la rotation de celle-ci ". La troisième édition de VOriginc du monde paraissait en 1896 et deux années plus tard W.-H. Pickering découvrait Phœbé, le neuvième satellite de Saturne..., il tournait à l'envers des huit premiers et à l'envers de sa planète !
Le premier coup était porté ; les mieux intentionnés y virent un accident facilement réparable et l'on parla de capture fortuite ; mais, depuis, les captures de ce genre se sont multipliées : les deux derniers satellites de Jupiter, eux aussi, sont animés d'un mouvement rétrograde, inverse de celui des autres.
Malgré ces critiques, d'ailleurs fort incomplètes, nous devons proclamer bien haut qu'il revient à Faye l'honneur d'avoir assis l'ancienne hypothèse nébulaire sur. des bases scientifiques vraiment sérieuses. Il ne restait plus qu'à préciser certaùns points en comblait les lacunes ; tâche encore ardue qu'assuma le colonel du Ligondès. Son ouvrage Formation mécanique du Système du Monde, paru en 1897, marque un réel progrès sur les cosmogonies antérieures. Pour construire le Système solaire en partant des principes de Faye, l'auteur exige toutefois deux postulats : une nébuleuse légèrement aplatie à l'origine et une faible prépondérance en faveur de la circulation directe. Dès lors, l'application des lois de la rnécanique suffit pour monti-or
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qu'il se formera autour de la condensation centrale une sorte de disque équatorial . g^énérateur d'an-, neaux où seuls subsisteront finalement les mouvements directs.
Par d'ing-énieuses déductions, que d'aucuns ont jugées quelque peu arlificielles, M. du Ligondès pense qu'il lui est possible d'expliquer- les plus petites particuîavltfr '''u svstème solaire. P:::-. que H. Poincaré juge une telle tentative assez prématurée, en raison de nos connaissances actuelles, on ne peut nier que la nouvelle théorie renferme une foule d'aperçus nouveaux bien propres à orienter les recherches futures.
Au reste, le problème cosmogonique paraît, à l'heure présente, traverser une crise dont il est permis d'attendre les plus heureux effets.
La complexité des sciences qui tentent l'assaut de la forteresse où la matière semble nous dérober les secrets de sa constitution ; les problèmes que soulèvent les observations modernes sur la distribution réelle des étoiles dans l'espace ; les rapports de l'évolution stcll'aire avec les nébuleuses ; la nature des éléments que renferment ces objets dont les récentes découvertes portent le nombre à plusieurs ■dizaines de mille ; la liaison encore mystérieuse de l'âge des étoiles avec leurs vitesses propres ; l'aspect tourmenté de la Voie lactée qui, cependant, manifeste l'esquisse d'un plan bien défini ; toutes ces circonstances réunies concourent à nous suggérer qu'en matière de cosmogonie, prudence et réserve sont de plus en plus de rigueur.
Tl est encore trop tôt pour essayer de retracer l'histoire passée de l'Univers ; bornons nos ambitions à la seule genèse du système solaire ; ce sera déjà un louable but à nos eff<jrts.
Même en nous restreignant à ce champ d'action bien limité, l'idéal consisterait à remonter si Isin en arrière que nous ne puissions concevoir un étatplus simple de la substance matérielle. Hélas ! cet horizon éloigné que nous permettait d'entrevoir la science des deux derniers siècles, avouons-le, recule démesurément nux yeux du savant moderne.
L'élément ultime envisagé par Kant, Laplace et leurs successeurs est bien loin d'être simple ; c'est même un grave écueil pour une théorie que de le placer à la base de ses déductions et H. Poincaré a. montré fort à propos, dans quel labyrinthe s'engagent les auteurs qui tablent sur les atomes et les molécules pour arriver à une condensation systématiqvie de leur nébuleuse. Il est certain, en effet, que si J'on applique rigoureusement la loi de Maxwell (i) aux anciennes hypothèses nébulaires, on n'entrevoit aucun rnécanisme qui puisse favoriser h oroduction d'un disque générateur de planètes ; arrivât-on même à constituer des anneaux, la difficulté de les agglomérer en une masse unique subsiste entière et avec autant de force.
On a imaginé de tourner l'obstacle en substituant aux molécules, des corps tout formés, de véritables
(i) La loi à laquelle il est fait allusion ici se réfère à la répartition des vitesses des molécules gazeuses, dans-la rhéorie cinétique.
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météorites, conformément aux principes posés par Sir Norman Lockyer ; mais notons que si de tels objets ne circulent pas sur des orbites bien définies et soumises à la loi de gravitation, Sir Georg-es Darwin vous démontrera mathématiquement qu'un essaim météoritique'est entièrement assimilable aux molécules vagabondes des gaz ; si, par hasard, quelques agglomérations parviennent à se former, nous verrons de nouveau surgir le démoji automatique de Maxwell, organisateur du chaos.
A ces considérations de nature à mettre en suspicion les principes les. moins discutés autrefois de la cosmogonie classique, s'en ajoutent quelques autres d'un ordre tout différent.
Notre système solaire dérive d'une nébuleuse. Soit. Mais, de ce que les orbites des planètes sont à peu près circulaires à l'heure actuelle, s'ensuit-il nécessairement que le volume primitif de notre nébuleuse se rapprochait de la forme sphérique ou ellipsoïdale ? Non, probablement, nous répondrait M. Belot, puisque je crois pouvoir obtenir un résultat analogue en partant de deux nuages gazeux se pénétrant mutuellement.
Gardons-nous donc de cette vieille méthode aristotélicienne, chère aux savants du moyen âge et qui prétendait résoudre les énigmes de la nature par une série de syllogismes où tout paraissait inattaquable, fors la majeure du premier. Méditons plutôt les enseignements de Bacon et que l'expérience soit toujours à la base de nos constructions scientifiques.
Avant de discuter cosmogonie, armons-nous de nos meilleurs télescopes et entreprenons, comme Wll-
liam Herschel, l'exploration méthodique de la voûte céleste. Nous ne tarderons pas à comprendre toute la portée des paroles qui terminent la préface des admirables Leçons sur les liypothcscs cosmogoniqties : " Un fait qui frappe tout le monde, c'est la forme spirale de certaines nébuleuses ; elle se rencontre beaucoup trop souvent pour qu'on puisse penser qu'elle est due au hasard. On comprend combien est incomplète toute théorie qui en fait abstraction. Or, aucune d'elles n'en rend compte d'une manière satisfaisante et l'explication que j'en ai donnée moi-même par manière de passe-temps ne vaut pas mieux que les autres. Nous ne pouvons donc terminer que par un point d'interrogation ".
Ainsi s'exprimait Henri Poincaré en 1911 : tout en souscrivant aux paroles de l'éminent mathématicien,^ les astronomes ne désespèrent pas cependant d'arriver à des résultats positifs en ce qui concerne l'explication des nébuleuses spirales. Déjà, de savants jouteurs sont descendus dans l'arène ; l'avenir en amènera d'autres. Mais, avant d'engager la lutte, i] faut déblayer le terrain et les abords n'en sont pas faciles. Ce travail préliminaire peut durer long-temps ; les essais qu'il a déjà fait naître n'en sont pas moins dignes d'intérêt.
La plupart des nouveaux auteurs ont commencé par introduire à la base de leurs théories une donnée qu'il faut considérer comme de première nécessité : la vitesse propre des systèmes stellaires. Toutes les étoiles sont en mouvement et l'Univers nous apparaît, en quelque sorte, aux dimensions près, coni;r,e une masse gazeuse dont les molécules
(d'après une photographie)
Grande Nébuleuse Spirale des Chiens de Chasse "