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L ENIGME DE NOS ORIGINES

exécutent des trajectoires que nous pouvons considérer comme grossièrement rectiligfnes. Les nébuleuses elles-mêmes, autant que nous en pouvons juger par les mesures récentes effectuées sur quel-, ques-unes d'entre elles, n'échappent pas à ces rapides translations.

Nous avons vu que M. Belot, dans son Essai de Cosmogonie tourhillonnaire , envisage le cas de la production d'une nébuleuse à anneaux définis par le fait que deux masses cosmiques peuvent se compénétrer. Mais le problème comporte une infinité de solutions. Au milieu de ces déplacements continuels, deux étoiles peuvent se rencontrer ; si le choc est oblique, ce qui est le cas général, les deux soleils, avant de se fusionner complètement, pourront acquérir une vitesse énorme de rotation, vitesse qui aura pour effet de lancer dans l'espace environnant deux jets gazeux tourbillonnant à la façon des pièces d'artifice. Xous aurions ainsi l'explication des' nébuleuses spirales.

Il est certain que dans notre système, la matière ayant donné naissance aux planètes n'est rien comparativement à la masse du corps central. L'émission gazeuse provoquée par le choc pourrait donc largement suffire à constituer les deux branches spirales remarquées dans les nébuleuses. Peu à peu, en raison des résistances, des orbites circulaires se dessineraient et nous aurions l'image de notre système solaire.

Ainsi raisonne M. Arrhénius ; MM. Moulton et Chamberlin sont presque du même avis. Ces auteurs, toutefois, n'ont pas besoin d'un vrai choc pour

construire leur nébuleuse : il leur suffit que deux soleils passent très près l'un de l'autre pour en dé- <luire des phénomènes analogfues.

Dans ce dernier cas, en effet, d'énormes marées se soulèvent à la surface des deux astres, et ces marées, conformément à la loi dé l'attraction newtonienne, doivent, nous le savons, se produire par paires, aux extrémités opposées d'un même diamètre. Dans ces conditions, les gaz protubérantiels,. chassés de leur prison, peuvent prendre d'énormes vitesses et se répandre, comme dans l'hypothèse d'Arrhénius, sur de vastes régions.

Ainsi, dans l'un et l'autre cas, les nébulosités sortiraient des soleils, comme de leur source unique ; nos planètes en particulier,, formées de la substance solaire, seraient destinées tôt ou tard à rentrer dansle sein de l'astre central, d'où elles pourraient ressortir à l'appel d'une étoile frôlant de trop près leur prison momentanée.

Rêveries ou réalités, ces vues audacieuses sur la genèse, la fin et la résurrection des mondes ?

Séduisantes elles le sont certainement, ces théories récemment écloses, mais hâtons-nous de le dire,, elles soulèvent d'inextricables difficultés.

Les nébuleuses spirales que nous connaissons et dont nous avons approximativement mesuré la parallaxe sont énormes : dans leurs anneaux spiraloïdes s'enfantent, non de pauvres petits systèmes comme le nôtre, mais de vastes agglomérations, de véritables amas stellaires.

En admettant, par exemple, pour la nébuleuse bien connue d'Andromède, une distance minimum de

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19 années-lumière, le calcul nous donne encore en nombres ronds un diamètre de 7516 milliards de kilomètres, 830 fois la grandeur du monde solaire tel que nous le connaissons !

,La partie visible de la nébuleuse d'Orion s'étend sur une largeur de 5 degrés carrés : or, si nous supposons — selon toute vraisemblance — que l'étoile thêta Orion fait partie de l'ensemble, nous voyons qu'à cette distance, ces 5 degrés apparents occupent en réalité une surface dont le diamètre vaut 450000fois l'intervalle qui sépare le Soleil de la Terre, soit une fois et demie l'éloignement de alpha Centaure, notre voisine.

Et ce n'est là qu'un minimum : les photographies nous ont révélé des détails inconnus ; non seulement cette nébuleuse accuse de vastes formes spirales dont nous voyons les traces sur nos clichés, mais elle étend ses ramifications sur un espace d'au moins 20 degrés carrés !

Sans doute, beaucoup de nébuleuses spirales offrent des dimensions plus modestes et si notre système provient véritablement d'un objet de ce genre, il y a tout lieu de croire que, même, à l'origine, il comptait parmi les plus faibles. Mais une théorie doit être générale et il faut beaucoup de bonne volonté pour admettre que deux soleils passant l'un près de l'autre puissent provoquer des jets gazeux capables d'ensemencer un espace aussi étendu que celui de la plupart des nébuleuses connues. Peut-être même la matière du géant Canopus, dont le volume vaut vraisemblablement trois millions de fois celui de notre Soleil, serait insuffisante pour peupler ces

champs célestes fourmillant aux pôles de la Voie lactée.

Et puis, si ce sont les soleils qui engendrent les nébuleuses, comment expliquer ces grands vides d'éloiles à leur périphérie ? " Préparez-vous à écrire, — - disait \\'illiam Herschel à sa sœur, lorsque son télescope balayait des régions obscures, — les nébuleuses vont arriver. » (i)

îl est cent fois plus logique de penser que les forces en jeu dans les nébuleuses sont centripètes et non centrifuges, comme le soutient M. See dans une théorie récente.

Si nous imaginons deux nuages cosmiques cheminant en sens inverse l'un de l'autre, ces deux nuages peuvent arriver à se rencontrer ou même A s'ap^ pr'ocher assez l'un de l'autre pour que leur attr.iction mutuelle soude leurs extrémités voisines. Le mouvement continuera donc autour d'un centre qui ai:ra tendan.ce à s'accroître et le tout finira par présenter un systèrîie spiral à deux branches. Ainsi, pense l'astronome américain, se sont formées la plupart des nébuleuses.

Cette hypothèse d'une extrême simplicité est malheureusement loin de résoudre le problème ; elle n'explique pas, en particulier, comment beaucoup de nébuleuses peuvent, par ce procédé, nous présenter des vitesses perpendiculaires à leur plan principal; de plus, pour rendre compte des faits observés, les

(i) D'après une découverte récente, beaucoup de nébuleuses seraient entourées d'une matière sombre. Ce fait n'infirme pas nos conclusions.

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deux nuages de M. Sce doivent être à peu près ég-aux, sans quoi nous aurons des branches souvent dîssymétriques, particularité que ne montrent presque jamais nos photographies.

La genèse du système solaire, d'après le même auteur, ne nous paraît guère plus heureuse. On pourrait l'appeler, à juste titre, la théorie de la capture. A l'origine, prétend U. See, le Soleil était entouré d'une atmosphère nébulaire tournant avec lui. Les corps circulant dans l'espace et que le hasard amenait dans nos régions, eurent-ils la chance malencontreuse de pénétrer dans cette atmosphère ; immédiatement leur trajectoire s'infléchissait en raison de la résistance ; d'hvperboliques les orbites devenaient elliptiques et enfin circulaires.

Qualitativement, le phénomène en question peut se produire, et les astronomes n'avaient pas attendu l'analyse de M. See pour montrer l'effet d'un milieu résistant sur les orbites décrites par les planètes ou les comètes. Encke, dès 1819, usait déjà Hu même procédé pour tenter d'expliquer les inégalités singulières constatées dans la marche de la comète périodique qui porte son nom.

Mais, quantitativement, il y a lieu de chercher quelle énorme densité devrait posséder un milieu résistant pour transformer même les orbites paraboliques en trajectoires circulaires, surtout lorsqu'il s'agit de masses aussi grosses que celles de nos planètes.

On peut dire, il est vrai, qu'à l'origine, les masses qui ont pénétré dans l'atmosphère résistante du Soleil étaient faibles, quelque chose comme nos têtes

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de comètes qui ne constituent que des essaims de météores, et qu'après la capture celles-ci se sont nourries par bombardement. ]\Iais il reste à montrer pourquoi les g"rosscs planètes ont été toutes captées de manière à circuler dans un plan commun très voisin de celui de l'écliptique et pourquoi toutes, sans exception, même les astéroïdes dont les inclinaisons sont parfois très fortes, tournent autour de leur corps central dans un seul sens, le sens direct.

Telle est, résumée h larges traits, l'histoire des idées cosmogoniques. Nulle tentative, nous le comprenons mieux maintenant, n'est plus déconcertante pour l'esprit humain que celle qui consiste à remonter pas à pas les étapes qu'a traversées l'Univers. Là où (jni échoué des savants comme Laplace, d'autres auront-ils le bonheur de parvenir au port ? Notre science est encore trop peu avancée pour qu'il ne soit pas téméraire et prématuré de l'affirmer. Mais ce qu'il nous faut répéter pour encourager les chercheurs, c'est que, dans ce problème ardu posé à la raison humaine, les solutions même négatives constituent encore un réel progrès.

Ne perdons jamais de vue, en effet, qu'en éliminant les théories caduques et incomplètes, nous préparons la voie de ceux qui chanteront cette merveilleuse épopée de l'origine et de l'évolution des mondes.

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