‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 1 sur 122 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

pour supporter si grosse enquête» et fléchirait vite sous le poids. Elle était si frêle, la malheureuse! et avait si peu de solidité 1 II a suffi de la moindre rafale pour la mettre en pièces, et en disperser les débris à tous les vents. C'est dire que nous ne tenterons pas la réhabilitation impossible du poète. Celui-ci est bien mort, et sa lourde épopée scelle à jamais la pierre de son tombeau.

Heureusement pour lui, il eut une autre passion que celle des vers : la passion de l'étude et des lettres, qu'il conserva jusqu'à l'extrême vieillesse. Sera-t-il permis de le dire , en parlant d'un ,rimev/r aussi perdu de réputation? Ce sera là l'honneur de Chapelain, et, si le mot n'est pas trop fort, ce qui un jour fera sa gloire auprès de la postérité.

Son immense correspondance , qui vient d'être publiée, à mesure qu'elle sera plus connue, justifiera ce langage. En général , elle n'est ni personnelle comme celle de Balzac, ni galante comme celle de Voiture , ni mondaine comme celle de Bussy ou de M*?' de Sévigné. Ce sont des lettres d'affaires, écrites au jour le jour, sans prétention , c sur le genouil, » comme il dit quelque part, aux mille correspondants qu'il a en France, dans l'Europe entière, en Espagne, en Italie, en Suède, en Allemagne, et jusqu'en Perse, chez le grand Mogol.

PREFACE. vil

Sauf de rares exceptions, Chapelain néglige les questions dUntérèt privé. Seules les nouvelles scientifiques et littéraires sollicitent son attention, et remplissent presque uniquement lea cinq gros volumes de sa correspondance. Livres récents, éditions nouvelles, manuscrits rares, ouvrages publiés à Londres, à Paris, à Leyde ou à Strasbourg ; les écrivains anciens ou. modernes : auteurs grecs, latins, français, espagnols, italiens; histoire, philologie, prose, poésie, physique, histoire naturelle, astronomie, il parle de tout, s'intéresse à tout, sans pédanterie, avec une ardeur infatigable, et des connaissances vraiment étonnantes en des matières si diverses.

De là, Tintérêt de ces lettres. C'est une chronique fort curieuse , comme une gazette littéraire du temps , rédigée avec exactitude , avec agrément, avec esprit parfois, et souvent avec passion. Rien ne fait plus honneur à Chapelain; et rien aussi ne fait mieux comprendre le mouvement intellectuel de cette époque.

Car, ne nous y trompons pas : il y avait alors d'autres réunions que celles où trônaient les Précieuses^ petites et grandes : M"* de Montpensier , M«« de Rambouillet , M"* de Scudéry . M"* Des Houlières, la vicomtesse d'Auchy, et cette Damophile du Cyrus , qui, elle aussi, veut avoir sa ruelle , ses alcôvistes , et prétend devenir la c Sa-

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