CHAPITRE PREMIER
Faible de Chapelain pour les éloges. Ce qu'il pense de ses critiques. Ses illusions poétiques. Sonnet à Peiresc, 1639. Ode à Richelieu, 1633. Chapelain prodigue les compliments. Raison de cette prodigalité. Il se fait ainsi de nombreux amis. Fléchier et Huet, ses défenseurs. Il rejette les éloges excessifs. Comment il traite un certain Falwinger. Au fond, il aime les éloges, les recherche, s*en défend pour la forme. Il éconduit poliment Isaac Qruter. Ode à Chapelain, 1660.
Chapelain eut de son temps la réputation d*un homme complaisant et officieux, qualité que ses ennemis ne lui contestaient pas. Il avait les mains pleines de douceurs pour tout le monde ; mais il pensait bien tirer profit de ces largesses. Comme le laboureur qui, à travers son champ , jette son grain à profusion , il semait lui aussi dans Tespérance de la moisson. Il donne, pour recevoir à son tour ; il attend les hommages, les accueille avec t pudeur, » mais avec plaisir,
sans le moindre étonnement, en échange de ceux qu'il distribue libéralement chaque jour. « Laudari a laudato est toujours un grand avantage, > écrit-il à. un ami en 1668. Cet aveu a son prix : et, quand il prendra des airs modestes , quand il fera semblant de se récrier, nous saurons que ces timides protestations ne veulent pas être prises au sérieux , et cachent un contentement réel.
Dès 1638, il communique un fragment de son futur poème à Godeau , qui a le bon esprit d'admirer sans réserve. Chapelain avoue sa faiblesse , et reconnaît que les compliments de sou ami lui causent une grande joie. « L'endroit où vous pronostiquez si avantageusement pour la fortune de la Pucelle me passeroi t pour une raillerie absolue, si je n'étois obligé de croire que votre caractère vous donne droit de prophétie, ou plutôt si je ne reconnoissois que ce n'est que galanterie et belle amitié. Et voyez ma foiblesse : encore que je voye évidemment que vous vous réjouissez (!) en me parlant ainsi , je ne laisse pas de relire vos paroles avec plaisir, et vous dire de deux cens lieues ce que le maréchal d'Ancre disoit à M. de Bonneuil : « Tu m'aduli, ma lu mi piaci (2). »
(1) Que vous plaisantez.
(2) Lettre du 11 juin 1638, « à M. Tévesque de Qrasse; » vol. I, p. 248. — Lettres de Jean Chapelain, éditées par M. Tamlzey de Larroque, 2 vol. in-4*, Imprimerie nationale, 1880-1883. — Concini avait été assassiné le 24 avril 1617. — M. de Bonneuil était introducteur des ambassadeurs ; il mourut le 24 avril 1680. Voy. M-» de Sévigné , Coll. des grands écriv&ins , vol. VI , p. 364.