ACTE H
MADAME DE BEAUPRÉ
Ah ! vous me punissez, Monsieur, cruellement !
MAURICE
J’ai tort... pardonnez-moi... i’ai tort, certainement. Quand vous ne méritez que ma reconnaissance.
De vos bontés pour moi j’accuse l’indulgence ; Madame, votre accueil, que je devrais bénir,
Est et sera toujours cher à mon souvenir ;
Sans jamais abuser de cet accueil de mère,
Du bonheur, près de vous, je rêvais la chimère ;
Se préparant de même un douloureux regret.
Quelque autre, comme moi, peut rêver en secret. Si Reynal se trompait, d’ailleurs... il aime Adèle... Il craint de ne pas être apprécié par elle ;
Ce funeste billet, égarant sa raison.
Il ne s’arrête plus de soupçon en soupçon.
Autant que je l’ai pu, j’ai calmé sa colère ;
Et si je ne craignais encor de vous déplaire...
MADAME DE BEAUPRÉ
Parlez !
MAURICE
Je vous dirais qu’on peut facilement Rendre à tous le repos et le bonheur.
MADAME DE BEAUPRÉ
Comment ?
MAURICE
Chez une jeune femme, on vient peu d’ordinaire, Si l’on n’y doit trouver son mari ni sa mère ;
Et peut-être Reynal craindrait moins Saint-Remy, Si vous n’étiez pas là pour couvrir l’ennemi.
MADAME DE BEAUPRÉ
Il pense donc...
MAURICE
Sait-il lui-même ce qu’il pense !
Vous pourriez tout sauver par quelques jours d’absence; Les maris sont souvent ombrageux et jaloux;
Le mot de belle-mère est effrayant pour nous.
Adèle, dites-vous, réclame un sacrifice;
Qu’un intérêt si grand, si cher nous réunisse !
Tout ce que de sa part vous exigiez ici.
J’ai promis à Reynal de l’exiger aussi ;
Elle veut mon départ... lui, désire le vôtre : Soumettons-nous, Madame, et partons l’un et l’autre. L’exil ne durera pour vous que peu de jours...
MADAME DE BEAUPRÉ
Je partirai demain.
MAURICE
Moi, ce soir... pour toujours!