‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 117 sur 146 · I. Racine, Dritantiicus, acte II, se · texte numérisé non relu

I. Racine, Dritantiicus, acte II, se

La sœur vous louolic ici boaucoiip moins ([uc le fi-oi-e.

i. Britannicus, acte III, se. 8.

Sn'il'ait"/.-lo, c'csl loiit ce i|iii> je |>iii? vous iliro.

m PHÈDRE.

et la jalousie fait naître en elle des tourments qu'elle exprime par ce vers pathétique :

Je suis dans un état affreux, épouvantable !

On voit encore ici une trace évidente des plagiats de Pradon. Racine avait renouvelé le caractère et la passion de Phèdre par ce ressort original et sublime de la jalousie, qui est la meilleure justification de l'épisode d'Aricie et d'Ilippolyte ; Pradon a voulu que sa Phèdre éprouvât aussi de la jalousie. La grande diii'érence, c'est ([ue, chez Racine, cette passion est naturelle dans sa (îause, autant que saisissante et terrible dans ses effets, tandis que Pradon fait le plus pauvre et le plus inepte emploi des ressources qu'il a volées.

Subligny insiste peu sur les autres caractères. 11 trouve qu'Hippolyte « est un bon et simple jeune « homme », qu'OEnone est « copiée d'après la nourricr » d'Euripide » ; quant aux autres personnages, ils ne valent pas « qu'on s'y arrête ». Le rapprochement de l'Hippolyte grec avec celui de Racine aurait fourni cependant bien des observations ; mais Subligny n'était pas de force à comprendre la beauté de i Hippolyte d'Euripide. Ajoutons qu'à cette époque il eût été difficile, même à des juges plus éclairés et plus instruits, de goûter complètement ce caractère, et que Racine devait presque nécessairement le modifier. « Pourquoi a-t-il » fait son Hippolyte amoureux?» disait Arnauld. Mais Hippolyte, n'ayant d'autre sentiment que son amour pour la chasse et son culte idéal pour Diane, eut été bien iroid pour notre scène ; et quand Racine répondait: <■(. Qu'auraient dit nos petits-maîtres, si j'avais fait Ilip- » polyte insensible? » il ne se justifiait pas aussi forte- «nent qu'il eût pu le faire et qu'il l'avait fait déjà dans sa préface.

PHÈDRK. 3:21

Après ces observations générales, Subligny prend scène par scène les deux pièces, et surtout celle de Hacine, dont il trouve moyen de censurer le plus souvent et la conduite et le style. A part quehjues observations justes, mais gùtées j)ar une forme blessante et grossière, ces critiques sont petites et puériles, ou révoltantes d'injustice.

Voici en ([uels termes Subligny apprécie l'admirable scène de la conlidence: « Cette languissante conversation » de Phèdre et d'Œnone est prise tout entière et mol » pour mot d'Euripide; mais elle n'en est pas moins )> belle, et j'estimerais autant cette traduction qu'une » chose inventée, si elle n'était point ennuyeuse. » Pé)iètre (pii poin'ra la pensée du critique, pour qui le beau peut s'allior avec lo languissant et l'ennuyeux. Nous ne chercherons pas à expliquer cette contradiction; nous nous étonnerons seulement de cette appréciation singulière d'une des scènes les plus saisissantes et les plus pathétiques de la tragédie. 11 est vrai que Hacine, sans l'avoir prise « mol pour mot » à f^uripide, en a puisé les principaux traits dans ce poète. Mais, {misque Subligny ainje tant la rapidité, il aurait dû remarquer du moins (jue Hacine a réduit beaucoup les proportions de l'original. Sans doute cette diiïérence a ses raisons, «t la situation, telle que la prolonge le poète grec, est partout intéressante et animée comme dans le cadre U)lus restreint de l'auteur français. Mais on voit sans peine que Subligny connaît peu Euripide et Sénècjue. S'il vante leur œuvre, ce n'est pas qu'il soit capable de il'apprécier, c'est qu'il veut rabaisser celle de Hacine.

Arrivé à la magnifique confidence de Phèdre, le criti(|ue, au lieu d'être ému, trouve (pie « la reine fait un « énorme détail de tous les mouvements de sa tendresse «) criminelle », et voilà tout ce que lui inspire cet admi-

'3ii PHÈDRE.

rable récit, où les emportements de l'amour sont peints avec mie force qui égale ou surpasse Sapho et Virgile.

On a souvent apprécié et loué comme ressort dramatique la supposition de la mort de Thésée, incident si heureusement emprunté à Sénèque. Subligny juge que cette mort « n'est ni judicieusement préparée, ni solide- » ment établie ». Et pourtant, depuis six mois, on est sans nouvelles de Thésée ; c'est en vain que Théramène a parcouru, pour s'informer de lui, toutes les parties de la Grèce. D'ailleurs, nous le saurons par le héros luimême, il n'échappera que par hasard aux cachots du roi d'Épire, qui a fait périr cruellement Pirithoûs. De plus, llippolyte ne croit pas sans réserve à celte nouvelle : il espère encore en la protection de Neptune ; dès qu'il apprend qu'on peut douter, il recommande de tout écouter, de ne négliger aucun bruit *. Quant à Œnone et à Phèdre, cette nouvelle les arrache à une situation terrible; elle les sauve comme par miracle : elles s'y attachent avec toute l'ardeur du désir et du besoin.

Nous abandonnons plus volontiers la déclaration d'Ilippolyte. Subligny n'a pas tort de trouver le jeune homme trop élégant pour un amoureux si novice et si honteux de lui-même, et de juger « qu'il excuse bien » galamment et en bien bon style la rudesse de ses » expressions champêtres ». Ce qu'on pourrait dire, c'est que la peinture de cet amour frais et pur repose agréablement du délire et des agitations fiévreuses de Phèdre, et que les traits gracieux d'Aricie font un heureux contraste avec la figure ardente et passionnée de sa rivale.

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