Lettre (lu 11 janvier
» dans cette pièce; tout est beau, tout est grand, tout est » traité avec dignité. «Ailleurs elle dit : «Si j'étais dévote, » j'aspirerais à voir cette pièce. » Il est certain qu'elle y aspirait, et qu'elle fut heureuse et reconnaissante de l'invitation qu'elle reçut dans le courant de février.
Le récit qu'elle fait de cette représentation est fort piquant *. M"'° de Sévigné n'a eu garde de s'exposer au même affront que M"' d'Estrées ; elle a eu soin d'écouter la pièce « avec une attention qui fut remarquée, et de » laisser de temps en temps échapper de certaines » louanges sourdes etbien placées qui n'étaient peut-être » pas sous lesfontanges de toutes les dames. » Et quand le roi est venu lui demander si elle a été contente, elle lui a fait part « de ses sincères admirations, sans bruit et » sans éclat ». Il était plus habile de répondre comme elle : « Sire, je suis charmée, ce que je sens est au-dessus » des paroles», que de multiplier les exclamations. Aussi M"" de Sévigné a-t-elle les honneurs de la journée : le roi. M""" de Maintenon, M. le Prince, les plus grands personnages de la cour lui ont adressé quelques paroles flatteuses ; elle a été « l'objet de l'envie » ; elle est rentrée chez elle charmée de tout le monde et de la pièce, qu'elle loue cependant avec mesure, sans que la joie ôte rien à la délicatesse de son goût : « Je ne puis vous » dire l'excès de l'agrément de cette pièce : c'est une » chose qui n'est pas aisée à représenter et qui ne sera « jamais imitée ; c'est un rapport de la musique, des vers, » des chants, des personnes, si parfait et si complet, » qu'on n'y souhaite rien ; les filles qui font des rois et » des personnages sont faites exprès : on est attentif, et on » n'a point d'autre peine que celle de voir finir une si » aimable pièce ; tout y est simple, tout y est innocent,