Louis Racine. Mémoires, 1" partie
démenti donné au jugement du grand maître; sans doute ses amis et lui-même parlèrent de cet incident et répandirent les paroles de Corneille. L'irrévérence de cette joie indiscrète', et bientôt la vivacité présomptueuse de la préface de Racine, durent blesser le vieillard, déjà aigri par l'accueil très froid fait à la tragédie dCOthon (juillet 1004), et surtout à celle (\\4gésilas '^. Ainsi s'explique l'amertume d'une lettre qu'il écrivit à Saint-Évremond, l'année même de la représentation d'Alexandre et d'^r/<'s//as, pour le remercier de la Dissertation sur Alexanilre. Les allusions et les traits mordants de cette lettre n'étaient en réalité qu'une riposte; mais Racine les connut certainement aussi bien que la pièce critique du noble exilé, et ce fut des deux côtés une nouvelle cause de froideur ou même d'irritation.
Le triomphe d'Andromaque, en exaltant l'orgueil du jeune poète dont la popularité croissait tous les jours, vint encore attrister le cœur de l'ancien. Andromaqiie, donnée au commencement de novembre 1007, achevait de faire oublier Attila^ représenté au mois de mars par la troupe de Molière, et l'attention publique, (ixéesur la nouvelle pièce, se détourna pour longtemps de tout autre ouvrage. Corneille avait sujet d'être mécontent, et
1. Elle semble attestés par ce passage de la lettre de Corneille à Saint-Évremond : « Vous m'honorez de votre estime en un temps où il semble qu'il y ait un parti fait pour ne m'en laisser aucune. Vous me soutenez, quand on se [lersuadc qu'on m'a battu; et vous me consolez glorieusement de la délicatesse de notre siècle, quand vous daignez m'attribucr le bon goût de l'antiquité... Je vous avoue, après cela, que je pense avoir quelque droit de traiter de ridicules ces vains trophées qu'on établit sur les débris imaginaires des miens, et de regarder avec pitié ces opiniâtres entêtements qu'on avait pour les anciens héros refondus à notre mode. »
"1. Représentée à l'hôtel de Rourgogne cinq mois après Alexandre (lin d'avril lOWl).
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l'on conçoit la susccplihililé ([ui, à propos du vers parodié dans les Plaideurs :
Ses riilcs sur son front ont gravé ses exploits'.
lui inspira celte parole : « Ne tient-il donc qu'à un jeune » homme de venir ainsi tourner en ridicule les vers des » gens ? » Ce ne fut donc pas cerlainemcnt dans une pensée bienveillante qu'il assista, comme nous le savons par Boursault, à la première représentation de BrittfniiicHs. Il est probable que la froideur avec laquelle fut accueillie cette belle tragédie ne lui fut pas désagréable, et(iu'ilnevitpasavec déplaisir le compte rendu que son ami Boursault donna de la représentation. Nous analyserons plus tard cette petite pièce, qui ne fait honneur ni à l'impartialité ni au goût de Boursault, et où l'on voit partout un parti pris de dénigrement et d'insulte. On regrette de trouver le nom de Corneille mêlé aux tristes plaisanteries de cette satire. Boursault « s'était mis au » parterre pour avoir l'honneur de se faire étouffer par » la foule. Mais, ajoute-t-il, jeme trouvais si à mon ais(^ « que j'étais résolu de prier M. Corneille, que j'aperçus 1 tout seul dans une loge, d'avoir la bonté de se précipiter sur moi au moment que l'envie de se désespérer le voudrait prendre. » Racine, que la critique de Boursault dut révolter dans le juste sentiment de la valeur (le son œuvre, put croire que Corneille était dans la complicité du compte rendu de son ami, et cette circonstance, jointe aux critiques exprimées par le vieux poète