I. M. Gérusez {Notice sur Racine) en a signalé deux autres
Viens, mon sanj, viens, nin fille !
(Acte n, se. III.) .\cliève, prends ce sac.
(.Vclc n, se. XIII.)
lui-même \ contribua sans doute aux allusions trèsregrettables que l'auteur de Brilannicus se permit, dans sa première préface, contre le grand homme dont il a fait plus tard un panégyrique si noble et si convaincu. Nous ne chercherons pas à pallier les torts de Racine; nous montrerons même dans son humeur vive et railleuse une des causes des inimitiés qui le poursuivirent. Il ne nous en coûtera pas de condamner, par exemple, la préface de Br<fami/cMS, et d'avouer que Racine aurait mieux fait de sacrifier ses ressentiments et de respecter même la passion et l'injustice d'un poète sacré par son âge comme par son génie. Mieux valait se taire et laisser Boursault, Saint-Évremond, le gazetier Robinet, tous les partisans de Corneille, se récrier sur le mérite incomparable des dernières tragédies du vieillard, que de réduire à leur juste valeur ces ridicules éloges, en attaquant avec dureté un devancier et un maître. Cependant, ne comprend-on pas que l'affectation de cet enthousiasme pour Agésilas ou Pulchêrie, rapprochée des critiques ou des éloges ironiques qui accue'ûlaàenl A ndromaque ou Britannicus, ait fait perdre patience au jeune poète? Le compte rendu de Boursault, « les efforts que l'on fit pour décrier ^arioui Britannicus, toutes lés cabales, toutes les critiques dont on s'avisa - », et qui rendirent au moins fort douteuse la fortune de la tragédie, ne pouvaient-ils faire sortir de lui-même un homme jeune et naturellement passionné? Ne défendait-il pas, lui aussi, ses
1. Racine les indique dans la première préface de Britannicus. Voy. la deuxième partie de ce livre, chap. m.
2. Première préface de Britannicus : « Quelque soin que j'aie pris » pour travailler celte tragédie, il semble qu'autant que je me suis » efforcé de la rendre bonne, autant de certaines gens se sont ejfor- » ces de la décrier. Il n'y a point de cabale qu'ils n'aient faite, point » de critique dont ils ne se soient avisés. »
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plus chers intérêts, ses œuvres, fruit laborieux de tant de veilles, sa réputation, son avenir? Une voix intérieure, forliliée par l'admiration de Boileau, n(^ lui criait-elle pas que sa tragédie était un chef-d'œuvre, et pouvait-il échapper à cette révolte du génie qui voit méconnues et sottement raillées des beautés dont il a conscience ?
11 semble (]ue tout ait conspiré à aigrir les ressentiments des deux poètes et à les séparer de plus en plus l'un de l'autre. Un connaît la démarche un peu inconsidérée par laquelle la duchesse d'Orléans les lit entrer en lutte directe. On sait qu'elle chargea le marquis de Dangeau de leur proposer à tous les deux, comme sujet de tragédie, les adieux de Titus et de Bérénice, et que chacun d'eux travailla à sa nouvelle pièce sans se douter qu'il avait un rival. Ce fut donc, selon l'expression de Fontenelle, un duel, mais dans lequel Corneille avait tous les désavantages. Ce sujet peu tragique, dont Racine a tiré un si merveilleux parti, convenait moins que tout autre au mâle génie du vieux poète. La victoire devait rester « au plus jeune » ; ajoutons, pour corriger et compléter le mot de Fontenelle, au plus sensible, au plus délicat, au plus pur, au plus harmonieux. Les critiques du temps, qui n'épargnèrent pas l'œuvre charmante de llacine, relevèrent sans ménagement la rudesse et l'obscurité du style de Tite et Bérénice, l'invraisemblance de l'action, la roideur choquante des caractères. Le public, après quelques représentations, avait déserté la pièce de Corneille, que jouait la troupe de Molière, et il se pressa longtemps à l'hôtel de Bourgogne, pour entendre celle de Racine, dont le grand Condé disait plus lard, en lui appliquant les vers de Titus :
Depuis cinq ans entiers tous les jours je la vois, Et crois toujours la voir pour la prcinière fois '.