DK LA DEUXIÈME ÉDITION
Nous n'avons rien négligé pour mériter à celle seconde édition de notre travail la continuation de la laveur bienveillante qui n'a pas été refusée à la première. Toutes les objections que nous avaient adressées soit MM. les professeurs de la Faculté des lettres de Paris, soit (juelques membres éminents de l'Académie française, soit plusieurs critiques distingués des grands journaux de Paris, ont été examinées avec soin, et souvent les faits ou les jugements ont été modifiés dans le sens qui nous était indiqué. C'est ainsi que, sur l'autorité de M. Sainte-Beuve et en profitant d'un des plus pi([uanls articles de ses Causeries, nous avons complètement changé le récit de l'affaire des deux Phèdres, et atténué, comme il était juste, les torts de M"* de Bouillon. Nous avons corrigé aussi quelques erreurs de dates, (jueh|ues inexactitudes de renseignements qui s'étaient glissées dans le récit.
Ml PRÉFACE
Au commencement du volume, nous avons ajouté deux pages sur l'adolescence et les études de Racine. Ce développement nouveau nous avait été demandé, et nous l'avons jugé d'autant plus utile, que cette partie des Mémoires de Louis Racine renferme quelques erreurs. D'après les indications d'un de nos juges les plus éminents, M. Saint-Marc Girardin, nous avons aussi complété l'examen de la tragédie de Bajazct par l'étude rapide d'une nouvelle de Segrais, dont le sujet est presque identique.
Il est un point capital sur lequel, après de sérieuses réflexions, il nous a été impossible de rien changer à nos jugements, c'est l'appréciation même du génie et des œuvres de Racine. Cinq années nouvelles d'études et d'enseignement n'ont fait qu'affermir nos goûts et nos convictions. En relisant avec attention notre travail, nous croyons encore avoir distribué équitablement la critique et l'éloge. Quand la vérité nous semblait être du côté des adversaires de Racine, nous n'avons pas hésité à prendre parti pour eux ; nous avons été, par exemple, avec Saint-Évremond contre Alexandre, et souvent avec Villars contre la tragédie de Bérénice.
Nous croyons aussi avoir rendu un hommage sincère et non équivoque au génie du grand Corneille. Sans doute il nous est impossible d'admirer les œuvres de sa longue vieillesse; quelques beaux vers, quelques traits sublimes, ne compensent pas, pour nous, la complication fatigante de l'intrigue, l'invraisemblance des situations et des caractères, robscurité et la roideur habi-
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luelles du langage. Mais nul n'est plus touché que nous de la beauté supérieure des huit ou dix pièces qui furent, suivant l'expression de Boileau, « le midi de sa poésie». Nous croyons, avec M*"» do Sévigné, que « rien n'approchera jamais des divins endroits de Conieillc » ; avec La Bruyère, qu' « il est supérieur à tout, inimitable dans les endroits où il excelle ». Cette conclusion est celle même de toute notre étude. Nous demandons seulement que, par une admiration exclusive pour Corneille, on ne se rende pas volontairement insensible à l'art profond et savant, à l'exquise pureté, à la « perfection passionnée ' » de Racine.
Quant à la lutte directe qui s'engagea entre les deux poètes, tout en remarquant que souvent les torts ont été réciproques, nous n'avons pas hésité à condamner la vivacité blessante de Racine; nous avons signalé cette sensibilité excessive comme la source de quelques fautes graves qu'il a lui-même amèrement regrettées, et comme une des causes principales des inimitiés qui l'ont poursuivi. Mais lo plus souvent Racine a noblement reconnu et réparé ses torts ; si son humeur était vive, son cœur était généreux et bon; et l'élude impartiale de sa vie et de sa correspondance ne justifie pas ces accusations d'hypocrisie et de lâche adulation qu'on reproduit encore tous les jours avec quelque légèreté. D'ailleurs, ceux qui auront bien voulu parcourir ce volume auront trouvé tant de puérilité, de faiblesse, de révoltante in-
1. M- Villernain, Cours d histoire de la littérature au xviii' siède