Mercure, novembre
"2. Le Beau, secrétaire perpéluel de rAcadémie des Inscriptions. "Eloge de Fontenelle.
3. Mercure, 1677, t. 1 (janvier-mars). A propos de YEpitre au roi :
Kât-il vrai, pr.iml monarque, etc.
Par ce style pompeux, Visé entend évidemment l.i Phèdre. C'est le vers du sonnet de M"° Deshoulières :
Dans un fauteuil doré, Phèdre tremblante et blême, Dit des vers où d'abord penonne n'entend rien.
lions font apprécier la valeur des éloges du Mercure comme de ses critiques, et l'on pense à l'épigramme de Boileau contre Perrault * :
Il est vrai, Visé vous assure
Que vous avez pour vous Mercure,
Mais c'est le Mercure galant.
Au reste, Visé ne songe guère à être impartial : il ne l'est pas en vantant Boyer et Cotin, M"" Deshoulières et Fontenelle ; il ne l'est pas en célébrant les dernières œuvres de Corneille, et en disant de la Pulchérie a qu'elle ne peut manquer de plaire à ceux qui ont le » cœur et l'esprit bien faits- », comme en répandant partout d'odieuses insinuations contre Racine, et en attribuant aux intrigues du poète les succès de ses tragédies et la froideur du public pour celles de Corneille et de son frère Tbomas. Annonce-t-il la Pulchérie, « que les comédiens du Marais doivent représenter à l'hiver, et le Cléodate de Thomas, qui paraîtra presque en même temps sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne? » Après l'éloge des deux frères, il ajoute: « Ensuite du Cléo- » date, on verra sur le même théâtre le Mithridate de » M. Racine. Cet ouvrage réussira sans doute, puisque » les pièces de cet auteur ont toujours eu beaucoup » d'amis 3, » Est-il forcé d'avouer que le Cléodate, en dépit de ses prophéties, a été froidement reçu? « Cet )) ouvrage, dit-il, aurait eu un très-grand succès, si la » fortune avait été un efl'et du mérite ; mais comme ce » ne sont plus les ouvrages qui cabalent, il ne faut pas )) s'étonner si cette pièce, qui a eu l'approbation des » meilleurs connaisseurs, n'a pas été aussi accueillie
l.lEpig. 2i. Édit. de Brosselto, Genève, ITifi. t'. Lettre du 19 mars 1072.
X Mercure, t. III, j). 370.
» que les autres du mrinc auteur'. » Quelques années plus tard -, triomphe-t-il du succès d'une autre tragédie de son collaborateur, le Comte d^Essex? « La » gloire, renianiue-l-il, en est d'autant plus grande )i pour M. Corneille le jeune, que, ne prévenant jamais » les suffrages ni par des lectures ni par des brigues, il » peut s'assurer que ce qui réussit de lui mérite tou- >' jours de réussir. » Ainsi, dans les succès comme dans les revers de ses amis, toujours se mêle une pensée amère contre Racine. S'il fait l'éloge de Corneille, il ajoute aussitôt: « Les gens qui lui portent le plus d'envie » lui doivent la réputation qu'ils ont eue pour leurs » ouvrages, puisqu'ils ne les auraient peut-être jamais » faits, si M. de Corneille n'avait point travaillé pour » le théj\tre\ » Et ailleurs : « C'est le seul de qui » on peut louer les ouvrages sans les avoir vus, et de » qui, malgré le grand âge, on doit toujours attendre » des pièces achevées. » Qu'est-ce donc quand il rend compte de Bajazet, de Milhridatc ou de Phèdre? Q\ie de frais d'esprit et de malice, soit qu'il parle « du mérite » de l'auteur, mérite si grand qu'on ne peut trouver » de place sur le Parnasse aujourd'hui digne de lui être » ofl'erte »; soit qu'il prenne pour sujet d'aniplilication le mot de Corneille à Segrais, et qu'il raille la galanterie française de Bajazet ou la mort chrétienne de Mithridate! L'examen complet de ces critiques trouvera place dans une autre partie de ce travail. Il nous suffit pom" le moment d'avoir montré la passion et la haine systématique de Visé, et d'avoirsignalé les rédacteurs du Mercurecomme les adversaires intraitables de notre poète.