‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 29 sur 146 · Tome X, p · texte numérisé non relu

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et des siens qu'il reçoit docilement ses amitiés et ses haines, ses éloges et ces censures; c'est à leur service qu'est sa critique et le journal qu'il fonda bientôt.

Le Mercure t/alanl commeiK^a à paraître en janvier IGT^. La publication se poursuivit pendant deux années. Interrompue en l(>7i, elle fut rejn'ise en 1()77, et se loiilimia dès lors régulièrement jusqu'à la mort de Visé, en 1710. JJu reste, le journal ne périt pas avec son directeur, et, sous le titre de Mercure de France, il traversa tout le xvnr siècle*. Les années 4672 et' 1073 forment six volumes; mais à partir de 1077, la publication prit des proportions plus considérables, et chaque mois il parut un volume petit in-12, accompagné souvent d'un second, donné sous le titre d'Extraordinaire. Le rédacteur a adopté la forme épistolaire : il rend compte à une dame de province des nouvelles du mois, et il cherche à la divertir en outre par des jugements sur les écrits et les auteurs. Que si l'on entreprend de parcourir ces petits livres, on donne facilement raison à la Bruyère, et on, ne trouve au succès du Mercure d'autre explication que la sienne : « ('/est ignorer le goût du peuple que de ne pas hasarder quelquefois de grandes fadaises. » Rien de plus pauvre, de plus ennuyeux, de plus nul au point de vue littéraire que ce recueil. Des listes de naissances, de mariages, de morts, en remplissent une partie ; il estquestion des gueiTes, mais surtout pour énumérer les corps d'armée et donner la liste des généraux : on chercherait en vain des détails intéressants sur les opérations et sur les batailles. De petits romans très-fades forment comme des feuilletons de ce journal. Souvent ces nouvelles amènent entre les rédacteurs et quelques beaux esprits de

I. De 1711 à 179',l. On a essayé do le roprenilrc en 1811 et eu 1823. 11 est mort Uélinitiveincnt en A'étô.

AS lAMlLLE DE CORNEILLE.

province de longues et insupportables controverses. Le Mercure insère aussi avec beaucoup d'empressement et d'éloges de nombreuses pièces de vers, productions prétentieuses et insipides de poètes provinciaux. On reconnaît dans ces faibles essais l'influence encore très-puissante de la première moitié du xvii" siècle : ces ballades, ces épigrammes, ces sonnets, ces odes, sont inspirés par l'admiration et par l'étude des Voiture , des Scuderi , des Maynard, des Benserade; ce sont des imilalions très- pâles de leur manière et de leurs défauts. H ne faut pas s'étonner de l'accueil (pie Visé fait à ces pauvretés: il est trop admirateur des maîtres pour ne pas aimer les élèves ; entre ces vers de province et ceux (ju'il emprunte à des poètes vivant et composant à Paris, il n'y a pas, en général, disparate. Les auteurs dont le panégyricjue revient le plus souvent dans le Mercure sont Boyer, Quinault, Cotin , Perrault, M'"' de Scudéri , et surtout M""' J)cshoulières. A tout moment, il enrichit ses pages des épîtres, des idylles, des rondeaux, des ballades de cette femme célèbre, que nous retrouverons bientôt parmi les adversaires de Bacine ; et il ne manque jamais d'accompagner ces poésies, souvent bien fades, de galants commentaires. 11 publie toutt?s ses pièces, qu'elle neréunit pas en volume avant l'année 1085; il les préconise : elle a[)parlient évidemment à l'intimilé des rédacteurs, elle semble faire partie de la maison.

Quant à Fonlenelle, il en était tout à fait. La publicité du Mercure était donc naturellement acquise à toutes ses œuvres ; Visé et ses confrères devaient se mettre en frais d'enthousiasme pour les (aire valoir. Le volume de juillet l()77 conlient déjà des vers du jeune homme, tout frais (lébanpié dv Boucn ; et, le mois suivant, on cite encore une longue pièce sur l'éducation du Dauphin, sujet (pie r.Vcadémie avait mis au concours. Une élégie

rAMlM.K 1>K COHNKILLE. l'.»

de Fontenelle, le Ruisseau amant', inspire au Mercure les rt'llexioiis suivantes : « M. (h; Fontonelle a cela de )> particulier, que prescjue dans toutes les choses (ju'il » fait, il joint la nouveauté de la matière à l'agré- » ment des vers; et comme personne, avant lui, n'avait » songé à comparer un petit chien à l'Amour, il est le » premier qui ait donné à un ruisseau de la sensibilité « pour une prairi<'. » Kn vérité, si l'on ne savait quels liens unissent les rédacteurs à Fontenelle, on affirmerait que ces louanges sont de l'ironie. Mais Visé parle ici très -sérieusement; c'est très - sérieusement (jue cet homme amoureux, comme il dit ailleurs, de « la majesté des vers et de la force de la pensée », préconise ces badinages prétentieux ; et il insère , avec de pompeux éloges, tantôt la Description de l'Empire de la poésie, dont nous avons cité plus haut un passage, tantôt une pièce Sur ce que M. le Prince ne vit plus que de lait, tantôt quelqu'une de ces pastorales « qui pouvaient » plaire, comme l'a dit un panégyriste de Fontenelle, à » ceux qui n'avaient lu ni Théocrite ni Virgile et où les » bergers soupirent avec finesse -. » Et le même criti- ([ue vantera la netteté admirable du style de Corneille ! ol il opposera, par allusion à Hacine, « ces sortes d'ex- » pressions simples et naturelles au style pompeux qui » approche fort du galimatias ' )^! De telles contradic-

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