CARACTÈRE IRRITA RLE DE RACINE
sur Porl-Royal, de la main d'un homme qui devait si bien connaître cette maison si diversement jugée ; Racine se hâta d'écrire son Histoire de Port-Royal, qu'il remit à un ami la veille de sa mort. Ainsi, jamais il n'avait désavoué ni dissimulé les sentiments qui remplissaient son cœur ; jamais la persécution de ses amis ne lui avait fait abandonner ni renier leur cause. H avait donc le droit, en mourant, de demander à être inhumé au pied de la fosse d'un de ses anciens maîtres, M. Hamon; d'implorer de la mère abbesse, sa tante, et des religieuses, cette grâce dont il avouait que « les scandales de sa vie passée le rendaient indigne ^ », et elle était souverainement injuste, l'épigrarame d'un homme de la cour sur le choix de cette sépulture : « C'est ce qu'il n'eût point fait étant vivant. »
Mille autres détails de la vie de Racine prouvent sa bonté, sa délicatesse, son ardeur à servir ses amis et à épouser leurs joies et leurs chagrins. Il faut lire, dans les Mémoires de son fils, les anecdotes qui marquent d'une manière touchante son amitié pour le marquis de Cavoye, pour la Fontaine, pour son compatriote et parent M. Poignant. Nous avons parlé de quelques vivacités de Racine, même envers Boileau, et des reproches que celui-ci eut ((uelquefois à lui adresser. Mais combien la promptitude et l'elïusion de son repentir elfaçaient vite l'impression de ces légers torts! Combien il savait les racheter par la chaleur de cette aflection mêlée de reconnaissance, docile et confiante autant qu'elle était tendre et profonde ! Si Boileau a souvent consolé, raffermi Racine découragé par la critique, celui-ci, en
I. « Quoique je m'en reconnaisse très-indigne par les scandales » de ma vie passée, et par le peu d'usage que j'ai fait de rexccllentf » éducation que j'ai reçue autrefois dans cette maison. »