‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 8 sur 146 · iVéiacc de Sertorius (\i\Cd · texte numérisé non relu

iVéiacc de Sertorius (\i\Cd

rapporter avec une exactitude religieuse « comme le texte de l'Évangile», à son correspondant l'abbé Le Vasseur^ Une élégance pompeuse et commune, beaucoup de recherche et d'emphase, beaucoup de froides hyper- ])oles, comme dans ces vers de la Nymphe de la Seine :

Je roulais dans mon sein moins de flots que de pleurs.

Le soleil, étonné de tant d'effets divers,

Eut peur de se voir inutile, Et qu'un autre que lui n'éclairât l'univers,

tel est le caractère habituel de ces pièces où l'on ne peut guère louer que la douceur de la versification et un sentiment vrai de l'harmonie poétique. La première tragédie de Racine semble indiquer plutôt un imitateur de Quinault qu'un disciple fervent des poètes grecs. L'amour n'y occupe pas, il est vrai, la principale place, et tels étaient les préjugés du temps que l'auteur croit devoir s'en justifier dans sa préface ; mais, dans cette sombre histoire, c'est déjà trop de la passion épisodique d'Antigone et d'Ilémon, et surtout de la rivalité ridicule de Créon et de son fils. Au reste, le grand défaut ^de la pièce, c'est la froideur et la faiblesse : le style, clair et coulant, mais souvent plat ou gâté par des traits de mauvais goût, a la douceur de celui de •<)uinault dans Y Astrale^ sans avoir plus de force et •d'expression ; même dans les situations les plus dramatiques, il ne prend ni vivacité ni couleur. Les caractères «'ont pas de vigueur et de relief, les sentiments pas de profondeur; l'auteur n'a pas encore acquis le talent

1. Lettre du 13 septembre KlOO. Uacinc eut aussi les sufl'rages de «Charles Perrault, son futur adversaire dans la querelle des anciens et des modernes.

INTRODUCTION. Il

(le concevoir fortement ses personnages, de s'identifier tellement avec eux que leurs passions deviennent, en queltiue sorte, les siennes, et de leur doimer ainsi cette vérité et celte vie sans lesquelles il n'est pas de création dans l'art.

Heureusement pour Racine, à celte époque commence son étroite liaison avec un homme dont le jugement droit et sévère, l'inflexible bon eens, la franchise résolue et courageuse, devaient avoir sur lui une fiction si puissante et si salutaire. L'abbé Le Vasseur, parent et ami d'enfance de Racine, confident de ses premiers essais et de tous les sentiments de sa jeunesse, avait rencontré à Crosne, en 10G3, Boileau qui écrivait ses premières satires, mais qui n'avait encore rien publié. 11 lui montra l'ode de \a Renommée aux Muses, alors dans tout l'éclat de sa nouveauté et de son succès. Boileau fit des observations que Le Vasseur transmit fidèlement à Hacinc: celui-ci en fut frappé; sans se rendre sur tous les points, il avoua « qu'il y avait trouvé assez de difficultés qui Tarrétaient ». « Je suis, ajoutait-il, fort obligé à l'auteur de ces remarques, et je l'estime infiniment^ » Il exprimait le désir de le connaître : Le Vasseur mena son parent chez l'oileau, et, dès la première visite, ces deux hommes, si dignes l'un de l'autre par les qualités du cœur comme par celles de l'esprit, se juraient une amitié qui dura autant que leur vie. Boileau, par ses convictions fortes, par l'autorité de son caractère si honnête, si bon, malgré sa brusquerie, si dévoué et si sur, prit un grand ascendant sur l'esprit et sur l'àme de son ami. L'ardente sensibilité de Racine, sa riche et mobile imagination, trouvèrent dans la raison intraitable, dans l'infaillible goût du satirique,

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