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liaciiie plus sévère pour lui-même. Quoique le style (VAndromaque eût déjà, dans bien des passages, une facilité et un nature! pleins de douceur et de grâce, et ({uelquefois une élévation et une énergie saisissantes, on y sentait encore la jeunesse par quelques faiblesses, par (juelques expressions plus brillantes que justes. Sans rien perdre de sa richesse et de sa couleur poétique, il joindra bientôt à ces qualités une précision et une rigueur qui défient l'examen le plus attentif.
Quelle est la valeur des autres critiques de Subligny? Nous avons pu déjà, soit à propos de la préface de Racine, soit en examinant le jugement de Saint-Évremond. apprécier et réfuter les plus générales, le rôle de l'amour dans la nouvelle tragédie, et la violation de la vérité historique. Subligny ne pardonne pas à Racine d'avoir
donne, et ils refusent de le verser! iSc peut-on dire qu'ils en sont avares?
Au I" acte, se. i, Orcste dit à Pjlade :
Jo pensai que la guerre cl Ja g:!oirc Do soins plus importants rempliraient ma mémoire.
SuL'lignj chicane le mot mémoire, qu'il est facile de justifier, ^'est-ce pas en occupant sa mémoire de pensées plus graves qu'Oreste en chassera Hermione? Peut-on, sans une sévérité injuste, demander à \ui écrivain en vers plus d'exactitude?
Subligny est encore plus rigoureux quand il condamne ces deux vers :
Mais admire avec moi le sort dont la poursuiti' Me fait courir moi-inème au lùége «jue j'évite.
11 y voit trois fautes graves : persécution serait le mot propre, moimême est une belle cheville; éviter est absurde; il faudrait dire que IP. voudrais éviter. — Poursuite est très-clair; jnoj-méme appuie heureusement sur l'idée; j'évite est un latinisme qui n'embarrasse personne, et qui donne à la phrase plus do concision. Quel poète, chez les anciens et chez les modernes, résisterait à une analyse si minutieuse?
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lait vivre Astyauax. Cependant a ce déguisement de ft riiistoire » se rencontrait déjà dans la Franciade de llonsard. Mais là, suivant le criti([uo, « il sert à (juelque clios»; de fj;rand et d'ingt'nieux, |)uisi]uc le poète tire d'Astyanax l'origine de plusieurs grands rois; dans Andromrtqui', au contraire, on le sauve sans dire » pour(iuoi, ni ce qu'il devient. » Apparemment Andromaque n'a pas de raisons pour sauver son (ils; apparennnent la vie de cet enfant est inutile à la tragédie, où elle l'orme le nonul de l'aclion, où elle donne Vum à la douce elTusion, aux perplexités, aux alarmes et à l;i résolution désespérée d'Androjnaque! Rien ne rachète cette faute d'histoire! Que Macine ne songeait-il à nous montrer dans Aslyanax l'auteur de la monarchie française? Rien plus que l'amour et les larmes de sa mère, cette helle invention nous eût intéress<''s à sa personne, <!t lui eût fait pardonner de vivre malgré la Fable!
Subligny insiste longuement dans sa préface sur beaucoup d'autres objections sans importance; il se récrie, par exemple, sur la grosse imprudence de Pyrihus qui emploie sa garde à veiller sur Aslyanax, et se livre sans défense aux coups d'Oresle et de ses Grecs. C'est là, suivant Subligny, une bévue impertinente. Pyrrhus aurait pu du moins partager avec l'enfant. Que n'a-t-il été plus frappé di's paroles menaçantes d'IFermione?
Porte au pied des iiutfls ce ciiMir qui m'abimdonnc! V.i, cours! Mais crains cucor d'y trouver Herniione!
Que n*a-t-il écouté les sages conseils de Phénix ?
Seigneur, vous IVntendez. Gardez de négliger
l'ne amante on fiu'e\ir qui cherche à se venger, etc.
H est vrai, pourrait-on dire, que Pyrrhus, « impiilienl
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» de revoir sa Troyeiirie » qui « lui parle du cœur, la » cherche des yeux », n'a pas l'esprit assez libre pour s'occuper d'un péril si vaguement annoncé par une femme; dans son ardeur amoureuse, il ne prête guère l'oreille aux discours de son gouverneur. C'est en vain que Phénix insiste; Pyrrhus l'interrompt :
Andromaqiic m'attend; Phénix, garde mon fils.
\'A il s'échappe sans avoir rien entendu. Tel est le délire de la passion, dont Racine a si bien pénétré tous les secrets. C'est la passion qui transporte Pyrrhus; c'est elle qui l'a rendu coupable envers lui-même et envers Hermione; elle a fait son crime, elle fait son aveuglement et fera son châtiment, et c'est là que se manifestent le sens et la moralité de la tragédie. Tous les personnages qui n'ont pas su rester en possession d'eux-mêmes, qui ont abandonné leur volonté et leur cœur aux aveugles mouvements de la sensibilité, Pyrrhus, Hermione, Oreste, expient cruellement leurs fautes, Andromaque seule, la noble et vertueuse épouse, la dévouée et tendre mère, est sauvée avec son fils; elle commande, elle règne en Épire, et ce dénoùment, suffisamment justifié par Virgile, est d'accord à la fois avec le plaisir et avec la conscience du spectateur.
Ce que nous venons de dire réfute les critiques faites contre le caractère de Pyrrhus. Si ce personnage manque à sa parole et aux lois de l'honneur, il en est puni ; le poète n'a pas prétendu en faire le modèle d'un héros parfait. Mais il ne faut pas demander à Subligny de pénétrer l'art profond de Racine; il faut lui pardonner même son inconcevable appréciation du caractère d' Hermione. Il est évident qu'il ne comprend rien à cette passion mêlée d'emportement et de tendresse, de
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faiblesse et d'énergie, de colère et de soumission. N'oset-il pas, ce savant moraliste, critiqner le désespoir d'Ilermione et les reproches dont elle accable le trop docile ministre de ses fureurs? IN'ose-t-il pas demander i' ({u'elle soit quelque temps sensible au plaisir d'être vengée wVKnlin, ne va-t-il pas jus(|u'à condanmer le sublime : qui te Va dit? Il eût été, selon lui, préférable t'ue Pyrrhus, « au lieu d'insuKer à Hermione, lui témoignât queUjue regret d'être inlidèle ». Alors « elle aurait pu reprocher à Oreste la mort de son amant avee quelque vraisemblance ». Oui, sans doute; mais que devenait la peinture de cette passion, qui, même chez un<' femme superbe et violente comme Hermione', survit ii tout, aux. retards, aux hésitations, aux rebuts, enlin aux plus sensibles outrages? Que devenait cet amour, si pathétique parce qu'il éclate plus que jamais lors(|u'on le croit transformé en haine, parce qu'il trouve dans l'accomplissement de la vengeance commandée, la plus forte manifestation de son ardeur, l'expression la plus déchirante et la plus désespérée de sa puissance'?
Telles sont les principales objections de Subligny : les unes sont mesquines et puériles, les autres inintelligentes et absurdes. Le criticjue n'a pas aperçu les beaulés qui ont fait la popularité durable de la tragédie; il n'en a pas été ému; il n'a pas l'air de les soupçonner. Selon lui, ce succès est de mauvais aloi, c'est une duperie et une surprise; le public s'est laissé prendre aux manèges d'un charlatan. Ce sont les conclusions expresses de la préface de Subligny. Bien qu'il ait
i Oreste, selon Sublignv, a tort de ne pas prendre au mot Hermione, qui lui ordonne de tuer Pyrrhus. 11 liésite à commettre ce crime épouvantable! Il se fait presser à tonte heure! Peut-on si mal connaître le cœur iuimain? Combien Subligny en remontrerai', à Racine!
quelques vagues éloges pour le beau génie de l'auteur, pour la vigueur de ses pensées, pour la noblesse de ses sentiments; il affirme que les partisans d'Andromaque ont été éblouiSy « les plus beaux endroits où l'on s'est » récrié sont toutes expressions fausses ou sens tron- » qués, qui signifient tout le contraire ou la moitié de » ce que l'auteur a conçu lui-même. » A ses yeux, la tragédie, sans être précisément « une très-méchante pièce, est encore bien loin d'être bonne ». Subligny craint qu'on ne gale le jeune poète à force d'encens; il prétend lui rendre un véritable service, en le sauvant, comme il dit, de la fureur des applaudissements, « en » l'empêdiant de s'endormir sur la foi d'une perfection » imaginaire, et de se figurer qu'il a atteint le grand » Corneille, au-dessous duquel il restera toute sa vie, s'il » ne corrige son style et la conduite de son théâtre. »
Cette protestation en faveur de Corneille ne pouvait manquer de se produire dans la critique de Subligny; comme les autres, il avait besoin de ce grand nom pour soutenir la faiblesse de ses attaques. Placée ainsi sous le patronage du fameux poète, sa comédie devait trouver un accueil plus empressé et plus complaisant. C'est là, sans doute, avec la malignité de l'esprit humain, ce qui en a fait le succès. On a ri et applaudi à la Folle Querelle pour humilier Racine, pour venger Corneille; on y est venu aussi parce que de tout temps les hommes sont curieux de satires, et se plaisent à voir travestir et ridiculiser les œuvres qui les ont le plus émus et transportés. Quant à Racine, assurément cette petite pièce lui a causé un sensible déplaisir; mais il en a très-certainement tiré profit. Elle l'a excité à donner ;i son style plus de précision et de rigueur, à créer un drame plus sévère, à concevoir des caractères vertueux comme on lui en demandait. En appréciant les progrès
du poète dans son Brilannicus, nous reconnaîtrons la justesse des vers que Boileau lui adressait plus lard :
Kl peul-ètrc ta plume aux censeurs de Pyrrhus Doil les plus noble* Imits i|i>nt lu peignis Burrhus.