‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 82 sur 146 · LES PLAIDEURS · texte numérisé non relu

LES PLAIDEURS

(leurs, les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, appelés à Versailles, en risquèrent la représentation après une tragédie : « Le roi, dit Louis Racine, ne crut pas déshono- » rer sa gravité ni son goût par de grands éclats de » rire. » Dès lors le sort des Plaideurs changea complètement : non-seulement, comme le rapporte Racine, « la cour ne fit pas scrupule de s'y réjouir », non-seulement « ceux qui avaient cru se déshonorer de rire à » Paris furent obligés de rire à Versailles pour se faire » honneur » ; mais la pièce, reprise à l'hôtel de Bourgogne, eut un grand succès, et attira longtemps la foule. Cette revanche éclatante a désarmé Racine : les traits légers et bénins que nous avons cités suffisent à sa vengeance; et sa préface, si bienveillante et si douce que plus tard il n'aura rien à en retrancher, montre partout la satisfaction qu'il éprouve. Il la conclut par ces lignes : .( Je puis dire que notre siècle n'a pas été de plus mau- » vaise humeur que le sien (celui d'Aristophane), et >■> que, si le but de ma comédie était de faire rire, jamais y> comédie n'a mieux attrapé son but. Ce n'est pas que » j'attende un grand honneur d'avoir assez longtemps « réjoui le monde ; mais je me sais quelque gré de » l'avoir fait, sans qu'il m'en ait coulé une seule de ces » sales équivoques et de ces malhonnêtes plaisanteries » qui coûtent maintenant si peu à la plupart de nos '> écrivains, et qui font retomber le théâtre dans la tur- » pitude d'où quelques auteurs plus modestes l'avaient » tiré. » Certes, Racine avait le droit de se rendre ce témoignage. Son triom[)he était pur autant que légitime, et il y puisa sans doute du courage et de l'ardeur pour l'achèvement d'une œuvre bien plus importante, fruit de longues méditations et de longues veilles, espoii d'une gloire nouvelle, plus solide et plus éclatante, la tragédie de Britannicus.

Les deux préfaces de Racine ne nous laissent pas ignorer le travail que le poète s'était imposé pour celte pièce, et le succès qu'il s'en était promis. La première, qui est la plus étendue, la plus intéressante, mais aussi la plus amère de toutes les protestations du poète contre la critique, débute par cet aveu. Il y parle « du soin « qu'il a pris pour travailler cette tragédie, de ses ■>■> elïbrts pour la rendre bonne. » La deuxième préface, dans laquelle la vivacité juvénile de la première est singulièrement adoucie et corrigée, s'explique encore plus fortement : « Voilà, dit Racine, celle de mes tra- » gédies que je puis dire que j'ai le plus travaillée. » Et, lorsqu'il écrivait ces lignes*, il n'était pas seulement l'autour d(^ trois tragédies : il avait composé encore Bérénice, Bajazet, Mithridate et Iphigénie. Il conservait donc, après six années de réflexion, l'opinion qu'il avait eue de sa tragédie dès l'époque de son achèvement, celle que lui avait exprimée Boileau : « Vous « n'avez rien fait de plus fort. » La seconde préface témoigne que, « selon la plupart des connaisseurs », Britannkus était encore, en 1076, « la plus solide des » œuvres du poète, et la plus digne de louanges ». C'est ce jugement que rappelait Voltaire dans ces lignes si justes et si bien senties : « On démêla dans Agrippine » des beautés vraies, solides, qui ne sont ni gigantesques, 1) ni hors de la nature, et qui ne surprennent pas le >i parterre par des déclamations ampoulées. Le déve- » loppement du caractère de Néron fut regardé comme » un chef-d'œuvre. On convint que le rôle de Burrhus » est admirable d'un bout à l'autre... Britanniciis fut la » pièce des connaisseurs. )^

Mais cet art profond et caché, cette force sobre, con-

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