ÂCt. II, se
. . . Leur hymen me servira de loi ; S'il s'achève, il suffit, tout est fini pour moi ;
Je périrai, Doris...
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d'Iphîgénie. a Achille est plus héros dans Euripide que » dans M. Racine ; il agit par pitié, par sentiment de » rinjure que lui a faite Agamemnon, tandis que » TÂchille de M. Racine agit par un sentiment qui est « celui de tous les hommes. » Nous avons déjà expliqué ce changement par le goût du siècle. Nul n'y a échappé, ni Rotrou, qui écrivait une Iphigénie en 1640, ni Le Clerc. Nous verrons quel est le caractère de l'amour dans la tragédie du noble rival de Racine. Quant à Rotrou, rien de plus ridicule, il faut l'avouer, que cette passion qui natt brusquement, au quatrième acte, lors* que déjà Achille s'est fait le défenseur d'Iphigénie, et dont la déclaration est si étrange et si intempestive qu'Iphigénie reproche au héros
D*ajouter la risée à son malheur extrême
Mais, dans Racine, Tamour d'Achille est intimement lié à toute l'action; nulle part il n'est entaché de ces traits de froide et subtile galanterie qu'on trouve encore dans Pyrrhus ; il ne nuit en rien à la grandeur et à l'énergie du personnage. Quoi qu'on ait dit, Achille amoureux est encore Achille : en face d'Iphigénie, il ne parle pas en soupirant docile ; il exhale sans ménagement sa colère contre Agamemnon ; il jure de sauver sa fiancée malgré les Grecs et malgré elle-même; il résiste aux supplications dUphigénie, et l'accuse de trop aimer un père barbare. Partout c'est l'homme bouillant, emporté, violent, opiniâtre*, qu'Horace peint d'après Homère. C'est le héros de V Iliade, reproduit, nous oserions le dire, avec plus de vérité et d'éclat par Racine que par Euripide.
f • Impî{^er, iracnndos, iaexorabilit, tccr« {Ad Pis, r. If 1.)
S7X IPHIGÊNIE.
Quant à la résignation trop facile d'Iphigénie, on a pu voir par quelques traits de VEntretien de Tabbé de \illiers que les contemporains n*auraient pas tous été de Tavis de l'auteur anonyme. Racine, pour ne pas choquer trop vivement les convenances de son temps, a dû donner à sa princesse une dignité, un respect de son rang, étrangers à la simple jeune fille d'Euripide. En outre, la résignation d'Iphigénie n'est pas si facile que le prétend le critique : elle ne prend pas si vite son parti. Ses sentiments, pour être plus contenus que ceux de riphigénie grecque, n'en ont pas moins une expression vraie et touchante; ce discours si courageux n'en est pas moins, comme Ta dit un délicat et ingénieux écrivain S « plein de prières muettes » ; ce n'en est pas moins la vie qu'elle demande. On peut, malgré des traits choquants de mauvais goût, préférer l'abandon naïf de i'Iphigénie d'Euripide ; mais qu'on lise sans prévention la scène de Racine, et l'on ne pourra s'empêcher de sentir l'accent du cœur.
Ce juge qui censure avec tant de rigueur des fautes au moins contestables, a-t-il au moins signalé les mérites supérieurs d'Iphigénie? Que pense-t-il de l'habile et insinuante éloquence d'Ulysse, de l'admirable scène de la dispute entre Achille et Âgamemnon, des douleurs et des pathétiques emportements de Clytemnestre? Il n'a pas vu, il n'a pas voulu voir ces beautés, où Racine surpasse Euripide. Peut-être, après tout, est-ce impuissance plutôt que prévention. Il fallait qu'il y eût chez lui beaucoup de Fun et de l'autre, pour qu'il ait accordé, à la fin de sa dissertation, de si pompeux éloges à la nouvelle Iphigénie, et lui ait en somme décerné la palme.
1. M. Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, t. I, ehap. II. p. 22.
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Selon lui si la tragédie de Racine a l'avantage «des bril^ lants et des grâces », celle qu'il attribue à M. Coras a Tavantage de la <t conduite ». « Le sujet en a été digéré » d'une manière plus simple; il est chargé de moins » d'incidents, et les mêmes sentiments n'y sont point » rebattus ni déguisés sous des expressions diffé- » rentes. » Au reste, le plan de la nouvelle Jphigénie est presque en tout conforme aux vues du savant critique. De là sans doute son admiration pour l'art de Tauteur. Quelque méprisables que soient ces suffrages, il n'était pas inutile de les mentionner ici ; car ils prouvent une fois de plus la malveillance contre laquelle luttait Racine, l'ineptie d'une partie de ceux qui se constituaient ses juges. Certes, l'épigramme contre Le Clerc et Coras était de sa part une bien bénigne vengeance ; et, sans parler de la révoltante injustice du critique anonyme et de l'intention mauvaise qui avait inspiré la nouvelle Iphigénie, la préface outrecuidante de Le Clerc suffit pour justifier le châtiment que Racine infligea à la pièce et à ses auteurs.
« J'avouerai de bonne foi, dit Le Clerc, que, quand » j'entrepris de traiter le sujet d'Iphigénie en Aulide^ je » crus que M. Racine avait choisi celui dlphigénie dans » la Tauride, qui n'est pas moins beau que le premier. » Ainsi le hasard seul a fait que nous nous sommes » rencontrés, comme il arriva à M. de Corneille et à lui » dans les deux Bérénice. » Malheureusement^ la prétention de Le Clerc est absolument dépourvue de vraisemblance, et l'exemple dont il s'appuie tourne contre lui. Ce n'était point par l'effet du hasard, mais par la volonté de la duchesse d'Orléans, que Corneille et Ra« cine s'étaient rencontrés, et sans doute leur œuvre était fort avancée quand chacun d'eux apprit qu'il aurait un
rival ; les tragédies, commandées en même temps, pais
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furent, nous Tavons vu, presque simultanément. Mais la seconde Iphigénie fui donnée neuf mois après la fameuse représentation de Versailles. Si Tœuvre de Le Clerc était déjà commencée, il a mis bien du temps à la finir; il a bien peu songé à prévenir le reproche qu'il repousse dans sa préface, voire même celui de plagiat. D'ailleurs nous savons par Tabbé de Villiers que la pièce était annoncée et prônée d'avance, et qu'on la déclarait incomparablement plus belle que la tragédie de Racine. On peut donc l'affirmer : la concurrence fut préméditée et volontaire, et les adversaires de Racine eurent recours à cette nouvelle manœuvre pour combattre sa renommée. Ceux qui lui donnèrent bientôt Pradon pour émule purent bien s'aveugler jusqu'à croire que Le Clerc, aidé de Coras, soutiendrait la lutte avec le grand poète , et qu'ils pourraient entraîner le public dans la complicité de leurs préférences intéressées et ridicules. Mais leurs espérances furent bien trompées; et, quoique Le Clerc se félicite dans sa préface de l'accueil fait à la pièce a qui a été assez heureuse pour trouver des partisans d, après cinq représentations elle disparut sans retour du théâtre de l'hôtel Guénégaud. Apparemment ces partisans étaient ceux qui avaient si bruyamment annoncé b tragédie, et entre autres le critique anonyme.
Le Clerc continue et complète dans sa préface la comparaison de celui-ci entre les deux Iphigénie, et il fait modestement ressortir les avantages de la .sienne : t M. Racine a suivi Euripide où je lai quitté, et il Ta » quitté où je l'ai suivi : il peut avoir eu ses raisons » comme j'ai eu les miennes. » Il est clair que ces dernières sont bien préférables, et ce qui suit n'en laisse pas douter : « M. Racine a cru que le sacrifice de la vé- K ritable Iphigénie donnerait de l'horreur; il n'a fait
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t qu'exciter la compassion et arracher des larmes. » Apparemment cette compassion ne fut pas très-vive, ni ces larmes très-abondantes, puisque la pièce attira et retint si peu les spectateurs. D'ailleurs, Le Clerc roublie, dans la tragédie qu'il s'arroge, Iphigénie n'est pas plus sacrifiée que dans celle de Racine. Ulysse, en effet, vient raconter que Diane elle-même, montée sur son char, est intervenuepour sauver la victime; et la déesse a consolé Achille par Tespoir de posséder un jour son amante. Mais ce dénoûment nous est moins agréable que celui de Racine, d'abord parce que nous croyons peu au miracle, puis surtout parce que l'Iphigénie de Le Clerc est trop insignifiante pour nous faire ardemment souhaiter qu'elle échappe à la mort.
Le Clerc poursuit par la critique du personnage d'Ériphile le complaisant parallèle de son œuvre avec celle de Racine : a II a trouvé que le sujet était trop nu, s'il » ne donnait une rivale à Iphigénie, et il m'a paru que i> les irrésolutions d'un père combattu parles sentiments }> de la nature et par les devoirs d'un chef d'armée, que > le désespoir d'une mère qui apprend qu'elle l'a cony> duite au supplice, lorsqu'elle s'attendait à la voir » l'épouse du plus fameux héros de la Grèce, que la » constance de cette fille qui s'offre généreusement à » être la victime des Grecs, enfin que la juste colère » d'Achille, dont le nom avait servi pour la conduire à la » mort, j'ai jugé, dis-je, que toutes ces choses suffisaient » pour attacher et pour remplir l'esprit de l'auditeur » pendant cinq actes, t^ Sans doute, le véritable intérêt du drame est dans la peinture des passions qu'énumère ici Le Clerc; là aussi sont les beautés supérieures de la tragédie de Racine. Mais Le Clerc a-t-il réussi, comme il semble le croire, à animer ces terribles scènes, à donner à ces agitations et à ces douleurs une expression drama-
matique et puissante? Les irrésolutions d'Âgamemnon sont bien tranquilles et bien froides. Quand Hénélas paraît avec la lettre arrachée à Oronte, et adresse à son frère des reproches qui révoltent dans sa bouche, la colère du grand roi est bien modeste; il accuse bien platement Tégoîsme de Ménélas et son indigne amoui pour Hélène :
Téméraire I Mais non, je retiens ma colàre.
Ingrat, et sens encor que je suis votre frère.
Vous voulez réparer le désordre d'Hélène,
En donnant à ma fille une mort inhumaine ;
Et lorsque par surprise on m*y fait consentir.
Vous osez condamner jusqu'à mon repentir.
Nommez ce repentir une fausse sagesse,
Funeste à mon honneur et fatal à la Grèce ;
La vôtre est bien plus fausse en rêvant nuit et jour
A Vingrate moitié qui rit de votre amour.
Sa honte eût dû vous faire oublier tous ses charmes»
Nous devrions rougir de vous prêter nos armes.