‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 108 sur 151 · Act. H, se · texte numérisé non relu

Act. H, se

de Racine, Ulysse s'est rendu à Argos ; il a rerais à Clytemnestre

Le seing d^Agamemnon avec art contrefait

Le prétexte trompeur de l'hymen d'Achille a achevé Teffet de cette lettre supposée, et a décidé le départ de la fille et de la mère. Voilà Thonnéte artifice qu*Ulysse raconte non sans complaisance à Ménélas, et dont celui-ci le félicite avec efl'usion :

Que vous conduisez bien toutes vos entreprises * I

Cependant Clytemnestre et Iphigénie arrivent. Agamemnon les reçoit avec un trouble malheureusement bien peu sensible. Resté seul avec sa femme, il l'interroge assez maladroitement sur le motif de leur arrivée :

Rendez sur ce point mon esprit éclairci, Madame, quel sujet vous a conduite ici?

Clytemnestre, sans s'étonner de la question, montre la lettre qu'elle a conservée fort à propos. A celte révélation inattendue, le malheureux pourra-t-il se contenir? Ne poussera-t-il pas au moins un cri de stupéfaction et d'horreur? Non, rien ne le prend au dépourvu, rien ne rétonne ; il dit {à part) :

L*écriture en est fausse, et le seing contrefait;' Dissimulons pourtant... {Haut) C*est ma lettre en effet.

Son parti est pris; il se résigne : il veut seulement éloigner Clytemnestre. Mais sans doute il exhalera plus tard son indignation, il Qélrira la conduite infâme d'Dlysse?

i. Act. H, se. 4.

S78 IPHIGÊNIE.

Loin de là, il la mettra sur le compte des dieux, et Achille aura le droit de lui dire :

Vous pouvez excuser ce Iftche scélérat,

Qui, par son imposture et par son attentat,

À supposé mon nom et votre caractère

Pour immoler la fille et pour tromper sa mère ?

Mais pourquoi en vouloir à Âgamemnon? Sa placidité ne se dément jamais, et loin de répondre fièrement aux reproches d'Achille, il courbe la tête avec une humilité vraiment chrétienne. Il est vrai qu'Achille lui-même est assez bénin : il faut l'en louer; il y aurait eu cruauté de sa part à trop maltraiter un si bon homme.

Le caractère de Clytemnestre est-il plus vigoureusement tracé que celui d'Agamemnon? Il faut reconnaître que certaines parties de ce râle contrastent par l'expression du style avec la platitude et la froideur de tout le reste. Par malheur, ces passages sont presque littéralement empruntés à Rotrou, et là où Le Clerc n'a pas copié le vieux poète, le mouvement et le tour de ses périodes sont évidemment calqués sur Racine. Ces emprunts à Rotrou sont continuels ; mais nulle part ils ne sont plus complets, plus suivis, plus impudents que dans les scènes où Clytemnestre et Iphigéniearriventaucamp *, où la reine implore la protection d'Achille', et dans celle où elle reproche à Agamemnon sa résolution barbare^.

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