Act. IV, se. 4; Rotrou, act. IV, se
Voici un exemple de ces plagiats. Nous marquons en caractères italiques tous les emprunts faits à Rotrou :
Cltt. D'où vient ce triste accueil que l'on nous fait ici ?
Quelle morue douleur ternit ce front aug^uste? Agam. Ne la condamnez pas ; elle n'ett que trop juste, Ipu. Et quel tujet, teigneur, auriex-voui de pleurirf
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Qaant à rîmîtatîon de Racine, quoique Fauteur la déguise avec plus de soin et se garde de tout emprunt matériel qui le trahirait, la comparaison des morceaux la rend incontestable ^
Agam. Le long éloignement qui va nom téparer.
Iph. Souffre* qu'auprèt de voun je sois toute ma vie.
(Rotrou : Je consume ma vtê,) Agam. Que ne i»eut ton destin rdpondro à ton envie ! Iph. Qui peut, si vous voule», m' éloigner de vos yeux f
Ne suis-je pas à vous f Agam. Non, tu dépends des dieux.
Glyt. J'ignore quel secret cet entretien nous cache. Agam. Il n'est pas à propos qu'une fille le sache.
Agam. 1rs dieux sont irrités, ne leur demandez rien. Laisse-nous un moment ; ta présence me tue.
(Rotrou : Et ce regard me tue.) J'ai peine à rétablir ma constance abattue, îl était nécessaire au repos de mes jours Ou de ne le voir plus, ou de te voir toujours.
i. Les réminiscences de Racine sont surtout nombreuses dav.s Tcxpression de la douleur et du désespoir de Clytemnestre.
Barbare, tu crois donc que sa mcro y consente, Qu'elle livre au supplice une fille innocente ?
Je serais de sa mort la première complice?
Moi-même je l'aurais conduite au sacrifice f
Non, non, de ses beaux jours mes jours sont le soutien ;
/{ faut percer mon cœur pour aller jusqu'au sien.
Je défendrai sans toi les droits de la naturo
Contre la tyrannie et contre l'imposture.
Car la divinité que fait parler Caîchas
N*a jamais approuvé de tels assassinats ;
On ne la vit jamais autoriser les crimes. (Act. IV, se. 3.)
Quoil Galchas l'inhumain
Tremperait dans ton sang sa parricide main !
Il pourrait dans ton cœur observer avec joie
Les présagées heureux de la chute do Troie I {Ibid.. se. 4.)
Que de rapports entre ces vers et ceux de Racine :
Le ciel, le juste ciel, par le meurtre honiMré,
280 IPnrGÊMIE.
Que si ce double secours fait défaut à Le Clerc, il lui reste encore celui de Coras. Bien que, dans sa préface comme dans Tépigramme, il s'efforce de réduire la part de son collaborateur, il avoue pourtant qu'il lui doit environ cent vers. Or, nous serions porté à placer dans la centaine une ou deux tirades qui n'appartiennent ni à Rotrou ni à Racine, et dont le tour précis et ferme n'a rien de commun avec les périphrases banales, les impropriétés, les faiblesses qui sont le caractère général de la tragédie^.
Au reste, si le personnage de Glytemnestre est moins effacé que les autres, ce n'est pas qu'il approche de la déchirante et sublime expression de la Glytemnestre de Racine/ et que la scène où Agamemnon doit répondre
Du sang de l'innocence est-il donc alt^rdt
Ah I toute ma raison
Cède à la cruauté de cette trahison I Un prêtre, environné d'une foule cruelle.
Portera sur ma fille une main criminelle, Déchirera son flanc, et d'un œil curieux, Dans son cœur palpitant consultera les dicnx !
Non, je ne l'aurai point amenée au supplice.
Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.
Ni crainte ni respect ne m'en peut détacher ;
De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher. (Acte IV, se. 4.)
1. Le passage suivant, qui n'appartient pas à Rotrou et qui contracl3 avec le style de Le ClerCi pourrait être attribué à Coras :
De tout ce que je vois quelle sera la suite ?
Que dois-jo, Agamemnon, juger de ta conduite!
Qu'ai-je fait qui mérite un si dur traitement ?
De ce grand hyménée est-ce l'apprêt charmant?
Je n'entends que soupirs, que murmures, que plaintes.
Que mots entrecoupés qui redoublent mes craintus ;
Et je sens malgré moi se glisser dans mon cœur
Je ne sais quels soupçons qui me comblent d'horreur.
En quelque lieu du camp que je porte la vue,
Je vois de tous côtés la terreur répandue.
J'en ignore la cause et veux m'en éclaircir ;
J'en cherche la raison et crains d'y réussir. (Act. III, se. 4.)
aux prières de sa fille et aux reproches de sa femme puisse ^tre comparée à celle du grand poète. Racine, avec beaucoup d*art et de profondeur, avait renversé Tordre adopté par Euripide. Il avait compris que les vœux timides d'Iphigénie devaient précéder les imprécations de Clytemnestre. Celle-ci, avant d'éclater, devait attendre Teffet des larmes et de la touchante résignation de sa fille ; et la réponse d*Agamemnon, en lui enlevant tout espoir, devait rendre le déchaînement de sa fureur plus violent et plus terrible. Jusque-là, il fallait qu'elle contint les sentiments qui grondaient en elle, et qu'elle restât dans une inquiète et menaçante immobilité. Quelques critiques cependant blâmèrent cette admirable disposition de scène : ils auraient préféré à ces trois discours si bien motivés, si vraisemblables dans leur étendue comme dans leur expression, les interruptions et les brusques réparties d'un dialogue. Sans doute. Le Clerc a voulu se garder de ce reproche ; mais la scène, telle qu'il l'a composée, est une éclatante justification de celle de Racine. Non -seulement le langage d*Iphigénie est d'une extrême faiblesse, et son héroïsme qui accepte la mort est aussi froid qu'invraisemblable; mais son intervention coupe mal à propos les plaintes de Clytemnestre, et les rend moins pathétiques, en diminuant l'odieux du rôle d'Agamemnon. Enfin, la partie la plus violente des emportements de Clytemnestre perd de sa force par l'absence du roi. Celui-ci, en effet, après avoir répondu à sa fille, non sans beaucoup de réminiscences de l'Agamemnon de Racine, s'esquive tout à coup : il disparaît, on ne sait comment, mais fort à propos pour lui, car il n'entendra pas les menaces que sa femme lui adresse en arrière :
Digne héritier d*Atrée, achève une aventura Dont la simple pensée étonne la nature;
S82 IPniGÉNIE.
Donne un spectacle aux Grecs, plus triste, plus affreux. Que celui du festin qu*il fit de ses neveux ! Une seconde fois de sa route ordinaire *
Fais reculer d*horreur Taslre qui nous éclaire ; Mais crains que ce ne soit une leçon pour moi, Qu*un exemple st grand ne me serve de loi.
Et que sur loi, d*un coup également funeste, Je ne venge et ma fille et les fils de Thycste !
Voilà des vers d'une précision assez remarquable : il est vrai que Rolrou en a sa bonne part. Le Clerc en conservant les idées, les rimes et une grande partie des expressions, s'est borné à efTacer quelques traits de mauvais goût et à corriger quelques tournures vieillies ou languissantes ^.
Nous avons déjà dit que Tlphigénie de Le Clerc court au-devant de la mort. Elle mérite en bonne justice les reproches que le critique anonyme adressait à la première Iphigénie, et qu'il n'épargne pas non plus, il est vrai, à la seconde. Elle rougirait d'exprimer un vœu timide, un regret pour la vie, d'aiïaiblir ainsi la résolution d'Agamemnon ; elle ne veut plus même l'appeler son père :
Grand roi, car j*aurais peine à vous nommer mon père. De peur de réveiller des seutiments trop doux