‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 133 sur 151 · A sa Juditht Boyer, par aventure · texte numérisé non relu

A sa Juditht Boyer, par aventure

Était assis près d'un riche caissier; Bien aise était; car le bon financier S'attendrissait et pleurait sans mesure.

« Bon t;té vous sais, lui dit le vieux rinicur : » Le beau vous louche, et no seriez d'humeur » A vous saisir pour une baliverne. > Lors le richard, en larmoyant, lui dit :

« Je pleure, héhis I pour ce p«tuvre Holopherne, « Si méchamment mis à mort par Judith. »

3'52 ESTUEU ET ATHALIE.

Certes, l'auleur d'une pièce si fortement conçue, où le sacré est si ingénieusement tempéré par le profane, a le droit de faire la leçon à ses prédécesseurs, et de les avertir a qu'il faut savoir choisir et ménager les senti- » ments de piété, et n'en charger les poèmes que lors- » qu'ils sont destinés pour des communautés religieu- » ses ». Apparemment ces phrases sont à l'adresse à*Athalie^ cette pièce qu*on avait déclarée froide et trop remplie d'instructions pieuses. Boyer s'entend bien mieux à concilier le plaisir avec Tinstruction I Quand on a lu sa tragédie, on est plein de respect pour la religion qui a fait périr le tendre, le magnanime, le confiant Holopherne; en même temps les soupirs du général assyrien, ceux de l'infortuné Misraël, qui se croit rebuté pour un idolâtre, nous ont singulièrement divertis 1 En vérité, rien n*est plus ridicule et plus pauvre que cette pièce; aucune lecture n'est moins supportable. Voilà pourtant ce qui fut écouté et applaudi par des spectateurs qui avaient entendu Esther^ qui pouvaient lire Athalieî Voilà ce que Ton regarda un instant comme l'idéal de la tragédie sacrée 1 Pardonnons à Boyer l'outrecuidance de sa préface; on comprend qu'un succès si imprévu, si prodigieux, lui ait tourné la tête. Mais il faut plaindre Racine d'avoir eu à supporter de telles " comparaisons, de telles préférences, et déplorer que, jusque dans les dernières années de sa vie, il ait souffert de l'ineptie du public et de l'acharnement de ses ennemis. En effet, l'admiration de Judith fut certainement pour ceux-ci un moyen nouveau d'humilier Esther et Athalie^ et ia préface de Boyer trahit à chaque ligne ses passions. Le succès de Judith est donc encore un épisode des luttes dont nous avons recherché les caractères et suivi l'histoire; Ce fut pour Racine une dernière tribulation, un dernier dégoût. Il se soulagea par une

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ESTHER ET ATUALIE. 353

malicieuse épigramme ^; mais il sentit de plus en plus la vanité de la gloire humaine, et le néant de celte popularité que le hasard donne ou enlève ; de plus en plus il se détourna de la poésie pour se livrer entièrement à ses travaux d'historiographe, à ses devoirs de père de famille et de chrétien.

Dès 1690, la carcière dramatique de Racine était définitivement accomplie : il entrait, en quelque sorte, dans la postérité. Mais il s*en fallait bien que les passions qui s'étaient agitées autour de lui' fussent éteintes, que son génie et son œuvre pussent être appréciés avec une impartiale équité. Les jugements généraux portés sur son théâtre, soit dans les dernières années de sa vie, soit au moment de sa mort, le prouvent surabondamment. L'examen rapide de ces jugements sera un dernier et utile complément de l'étude que nous avons entreprise.

1. Il parle de la préface et de la pièce imprimée dans une lettre à Boileau, datée de Compiègnc, le 4 mai 1695 : « Quelque horreur que » vous ayez pour les méchants vers, je vous exhorte à lire Judith^ et ê surtout la préface, dont je vous prie de me mander votre sentiment. • Jamais je n'ai rien vu de si méprisé que tout cela Test en cepaysi ci, et toutes vos prédictions sont accomplies. » Apparemment Boileau avait prédit que cette pièce tant applaudie ne soutiendrait pus^ répreuve de la lecturo.

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