‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 137 sur 151 · Tel s'est fait par ses vers distinguer dans la ville · texte numérisé non relu

Tel s'est fait par ses vers distinguer dans la ville

Qui jamais de Lucain n'a distingué Virgile.

{Art poétique» ch. iv v. 82.)

Huet raconte que Corneille exprima très-iranchcment devant lui cette préférence.

JUGEMENTS GÉiNÉRAUX» 3C9

bué à gâter le goût du poète ; selon Brossette *, dans les vers qu'il composa pour le portrait de Racine, il avait écrit d'abord :

Balancer Euripide et surpasser Corneille;

puis, sur les observations de quelques personnes, il modifia le jugement en transposant les termes : « mais, » ajouta-t-il, je ne serais point fâché que dans la suite » des temps quelque critique se donnât la licence de ré- » tablir mon vers de la manière que je Tavais fait. » Un passage de la Septième réflexion critique confirme cette anecdote, et montre assez de quel côté penchaient les préférences de Boileau. « Corneille, dit-il, est celui de » tous nos poètes qui a fait le plus d'éclat en notre » temps ; et on ne croyait pas qu'il put jamais y avoir en » France un poète digne de lui ôlre égalé. Il n'y en a » point, en effet, qui ait plus d'élévation de génie, ni » qui ait plus composé. Tout son mérite pourtant, à » rheure qu'il est, ayant été mis par le temps comme » dans un creuset, se réduit à huit ou neuf pièces de » théâtre qu'on admire, et qui sont, s'il faut parler ainsi, » comme le midi de sa poésie, dont l'orient et l'occident » n'ont rien valu. Encore, dans ce petit nombre de » bonnes pièces, outre les fautes de langue qui y sont > assez fréquentes, on commence à s'apercevoir de » beaucoup d'endroits de déclamation qu'on n'y voyait » point autrefois. Ainsi, non-seulement on ne trouve » point mauvais qu'on lui compare aujourd'hui M. Ra- » cine, mais il se trouve même quantité de gens qui le » lui préfèrent. » On voit bien que Boileau est de ces gens-là; cependant il évite de se prononcer formelle-

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