‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 25 sur 151 · Jo me suis voulu mal de vous vouloir du bien · texte numérisé non relu

Jo me suis voulu mal de vous vouloir du bien

L'Amour, que je le plains I étant n^ de vos yeux va mourir par vos mains.

Et, à côté de ces traits de mauvais goût, que de platitudes t

Mon amour qui vous plut à présent vous déplaît.

Plus un hymen est proche, et plus les désirs croissent ; On aspire sans cesse à ce jour (j^loncux, Et le dernier moment est le plus ennuyeux.

2. • Cette tragédie mit mal ensemble les deux premiers hommes » de notre temps pour la poésie : je parle du célèbre M. de Cor- » neille et de Tillustre M. Racine. M. de Corneille parla si avanta- » geusemcnt de cet ouvrage à TAcadémie, qu'il lui échappa de dire » quMl ne lui manquait que le nom de M. Racine pour être achevé, » dont M. Racine s'étant offensé, ils en vinrent à des paroles piquantes, » et, depuis ce moment-là, ils ont toujours vécu, non pas sans a estime l'un pour Tautro (cela était impossible), mais sans ami- » tiô. •

monts prodigués à Mithridate. Suréna^ Tannée suivante, ne tint pas davantage contre VIphigénie; et, bien que Corneille ait toujours protesté contre les arrêts du public, bien que, deux ans après Téchec de Suréna, il ait écrit, en parlant de ces travaux si mal accueillis :

Les derniers n*ont rien qui dégénère,

Othon et Suréna

Ne sont pas des cadets indignes de Ginna.

Le peuple, je Tavoue, et la cour les dégradeat; Je faiblis, ou du moins ils se le persuadent ' ;

il mit enfin un terme à sa trop longue carrière dramatique, et il se décida à un silence que son jeune rival allait bientôt imiter. En effet, les inimitiés qui s'autorisaient du nom de Corneille ne se calmèrent pas après la retraite du poète, et tous ceux qui, pour venger leur auteur de prédilection ou pour satisfaire leurs propres chagrins, leurs propres rancunes, cabalaient contre Racine, triomphèrent bientôt du succès de leurs intrigues. La tragédie avait perdu ses deux plus grands interprètes ; Boileau pouvait dire :

Et la scène française est en proie à Pradon.

Tous les admirateurs de Corneille ne sont pas complices de ce triste dénoûment, et il est juste de les partager en plusieurs classes. Dans la première, nous placerons ceux que la parenté, des liens d'amitié ou d'intérêt, la collaboration littéraire, engagent naturellement dans la cause de Corneille. La seconde comprendra tous

1. Épître au roi, qui avait fait représenter à Versailles Cinna, Pompée, Horace (167C).

ceux que des sentiments plus désintéressés attachent au vieux poète, jusqu'à les rendre injustes pour le nouvel auteur, ceux qui restent fidèles à leurs premières admirations, qui aiment, dans le peintre de Chimène et de Comélie, leur jeunesse et les nobles plaisirs qu'elle a dus à ces chefs-d'œuvre ; ceux, en même temps, que leur éducation littéraire éloigne des nouveaux poètes, et dont Corneille satisfait bien plus l'esprit et le goût. Cette classe d'adversaires de Racine nous mènera directement à ceux qui le combattent comme un des principaux champions de la nouvelle école littéraire, comme ami et complice du satirique, aux auteurs attaqués par Boileau, et aux personnages, aux salons qui ont épousé leurs causes. La fameuse querelle des anciens et des modernes, où Racine fut un des principaux auxiliaires de Boileau, contribua encore à entretenir ces inimitiés. Pour certains critiques obscurs, elles ne s'expliquent que par l'orgueil de se mesurer avec des œuvres fameuses, par le désir de se faire connaître et de faire rejaillir sur eux-mêmes l'éclat d'un grand nom. Enfin, nous trouverons encore, cachés sous le titre de partisans de Corneille, des ennemis particuliers de Racine, ceux que lui attira la vivacité de son caractère, ceux qu'animèrent contre lui sa faveur à la cour, ses pensions, ses places, et encore plus, jdans la seconde partie de sa vie, la sévérité de sa conduite et l'ardeur de sa piété. Toutes ces causes, en effet, se sont réunies pour combattre sa réputation, pour susciter contre ses tragédies, à leur naissance, les intrigues dont nous ferons l'histoire, les critiques dont nous apprécierons la valeur et discuterons les principales idées.

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