‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 28 sur 151 · Lettre du 3 avril · texte numérisé non relu

Lettre du 3 avril

2. Le directeur de TAcadémie, l'abbé Testu, était malade : Th. Corneille le remplaça comme chancelier.

raison qu'on l'impute à celui-ci. On aurait pu aussi bien l'attribuer au satirique, qui bientôt, dans une strophe depuis supprimée de son ode sur la prise de Namur, trouvait moyen de lancer un trait à Fontenelle en même temps qu'à Perrault*. Quoique le nom restât en blanc, il n'y avait pas moyen de s'y tromper, et cette guerre d'épigrammes n'était pas propre à calmer les haines.

Les couplets sur la réception de Fontenelle s'attaquaient surtout aux rédacteurs du Mercure galant. Ce journal, en eiïet, dont un auteur, ami de Racine, de Boileau, de Bossuet, et digne d'être patronné par ces grands écrivains, La Bruyère, dit, dans ses Caractères, qu'il est « immédiatement au-dessous du rien », avait été toujours systématiquement ennemi de Racine, preneur de ses plus médiocres rivaux, et il est permis de croire que Thomas Corneille, collaborateur de cette revue, et plus tard Fontenelle, ne furent pas pour rien dans l'amertume et l'injustice du principal rédacteur, Visé.

Jean Donneau, sire de Visé, né vers 1645, auteur de pièces critiques, de pastorales et de comédies, se des-

i. Ua torrent dans les prairies

Roule à flots précipités ; Malherbe dans ses furies Marche à pas trop concertés.

J'aime mieux, nouvel Icare, Dans les airs cherchant Pindare« Tomber du ciel le plus haut, Que, loué de F.... (Fontenelle), Raser, timide hirondelle, La terre comme P.... (Perrault)

Boileau l'effaça à la demande de M. de Pontchartrain le fils; à ce propos Racine écrivait à son ami les lignes suivantes : « Pour peu

■ que Fontenelle se reconnaisse, je vous conseillerai aussi de lui

■ faire grâce. Mais, à dire vrai, il est bien tard, et la stance a fait • un furieux progrès. » (Lettre du 30 mai 1693.)

lina d'abord aux ordres, et il portait encore l'iiabit ecclésiastique lorsque, se décidant à chercher dans une autre carrière la réputation et la fortune, il s'attaqua hardiment pour ses débuts à Corneille et à Molière. Sa première œuvre fut une critique amère de la Sophonishej que les comédiens de Thôtel de Bourgogne venaient de représenter *. Les éloges que Visé prodiguait aux acteurs faisaient encore mieux ressortir la censure dont il frappait le poète. Ainsi cet homme, que nous verrons plus tard le panégyriste enthousiaste des derniers ouvrages de Corneille, commença par être son contradicteur. Il ne faisait en cela qu'imiter les écrivains du temps; car, nous l'avons déjà remarqué. Corneille, à l'époque de ses plus beaux succès, souffrit de bien des attaques passionnées et injustes ; il subit ensuite l'affront plus sensible de l'indifférence et de l'oubli. On ne commença guère à déclarer ses tragédies incomparables, à vanter ses dernières pièces, à s'indigner contre le goût public qui les délaissait, que lorsqu'il s'agit d'arrêter l'essor de Racine et de protester contre la renommée du nouveau poète. La haine et l'envie sont donc pour beaucoup dans cet enthousiasme aussi intolérant que subit'. Nous avons bien le droit d'expliquer par ces passions misérables la conduite d'un homme qui, en même temps qu'il attaquait Sophonishe^ parodiait VËcole des Femmes et la Critique de VÊcole des Femmes, et faisait paraître dans ces pièces satiriques beaucoup plus d'animosité et de basse jalousie que de discernement et de finesse. Sa pièce de Zéjinde, ou la

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