A propos d'un vers de la huitième satire
Me meltre au rang des saints qu'a célèbres Bnsrsy.
Bnssy répondit : « Despréaux est un garçon d'esprit et de mérite i que j'estime fort. »
portantes, car les ducs de Saint-Aignan et de Noailles, le comte de Guiche, se rencontraient chez elle avec Rapin, Ménage, Cotin, Chapelain. Dans ces réunions, l'esprit de coterie fut toujours très actif. Elle y admit avec empressement Fontenelle, et son influente intervention fit beaucoup pour ouvrir au neveu de Corneille, à Tennemi acharné de Racine, les portes de FÂcadémie française.
Le salon de M*^ de Pelissarî, femme d'un riche financier de répoque, servait encore aux ligues contre les auteurs à la mode. On y voyait Gilles Roileau, frère et ennemi du satirique, Furetière, Quinault, Benserade, Perrault, Charpentier, Tallemant, c'est-à-dire tous les auteurs que nous avons déjà trouvés chez M*"* Deshoulières et chez M">* de Bouillon, tous les coryphées de l'Âçadémie française.
En effet, il faudrait bien se garder de croire que les grands auteurs qui font aujourd'hui la gloire littéraire de la seconde moitié du xvii" siècle, soient entrés de bonne heure et sans obstacle dans l'illustre aréopage institué par Richelieu. Bossuet ne fut élu quen 1671, un an après Tépoque où il avait été balancé avec Chapelain pour l'éducation du grand Dauphin. Un prédicateur célèbre, qui tenait par ses relations, par certaines productions littéraires, et un peu aussi par son goût, à l'ancienne école, mais qui doit cependant aux qualités brillantes de son style un rang distingué parmi nos classiques, Fléchier, fut admis en 1673. En même temps que lui, après lo succès de JUithridate^ Racine entra dans le docte corps, où l'avaient dès longtemps précède les Le Clerc et les Boyer. Huet, le savant évéque d'Avranches, fut nommé en 1674. Quant à Boileau, il n'est pas étonnant que son élection ait été bien plus disputée et bien plus tardive. Si quelque chose peut surp'rendre,
c'est qu'il ait forcé les portes de cette enceinte, où il allait avoir pour confrères la plus grande partie de ses victimes. Il n'a pas manqué, dans son discours de réception, de faire spirituellement allusion aux motifs qui rendaient cet honneur bien inespéré pour lui. On sait, du reste, que le roi, protecteur de TÂcadémie depuis la mort de Séguier (1672), exprima plusieurs fois son vœu à ce sujet. Pour échapper à Boileau, les académiciens avaient nommé la Fontaine. Louis XIV ne consentit à l'admission du bonhomme, à qui l'on reprochait ses contes, qu'après l'élection de Boileau^. C'est en 1684 que les deux poètes, dont cette concuirence n'avait pas refroidi l'amitié, entraient ensemble à l'Académie. Fénelon n'y arrivait qu'en 1693, et la Bruyère était reçu quelques mois après Fénelon.
 cette époque, les grands écrivains du xvii* siècle, soutenus par l'éclat de leur gloire et de leur talent, avaient acquis à l'Académie une légitime influence. Cependant la séance de réception de la Bruyère fit éclater des orages qui prouvent la force et Tanimosité des académiciens de l'école opposée à Racine. Par un singulier bonheur pour un peintre de portraits, La Bruyère avait devant lui tous les écrivains supérieurs de son temps, qui tous étaient ses amis et ses protecteurs, qui tous, comme lui, défendaient la cause des anciens. Aussi, dans son discours, fit-il avec une rare délicatesse un magnifique éloge de la Fontaine, de Boileau, de Racine, de Fénelon, de Bossuet, « ce Père de l'Église, pour parler d'avance le langage de la postérité ». Il eut des paroles flatteuses pour des académiciens obscurs, tandis qu'il
1. On connaît cette parole de Louis XIV anx députés de TAcademie qui lui annonçaient rélection de Boileau : « Vous pourrez re- 1 cevoir incessamment la Fontaine; il a promis d*étre sage. •
LES ENNEMIS DE BOILEAU. Dl
laissa dans l'ombre et dans un oubli dédaigneux Fontenelle, Th. Corneille, Quinault, etc., les désignant en masse comme a des esprits fins, délicats, subtils, ingénieux, propres- à briller dans les conversations et dans les cercles t>. Aussitôt un cri de vengeance s'éleva contre la Bruyère et contre Racine, qui avait le plus contribué à son élection. Bossuet même ne fut pas épargné ; on lui fit uxi crime d'avoir été loué en face de Tarchevéque de Paris, Harlay de Ghampvallon, dont cependant tout le monde connaissait les scandaleuses histoires. Si Ton en croit les chansonniers du temps, l'Académie ordonna la suppression du passage où la Bruyère semblait placer Racin^ au-dessus de Corneille; mais alors Bossuet intervint, déclarant que, s'il en était ainsi. Racine ne mettrait plus le pied à l'Académie. Des personnages puissants, M. de Pontchartrain, le maréchal de Luxembourg, M"** de Maintenon elle-même, intervinrent dans la querelle, et l'on menaça l'Académie du retranchement des jetons. Le recueil manuscrit des Chansons historiques^ donne de longs détails sur cette affaire, qui fut aussi pour le Mercure^ traité avec tant de mépris dans les Ca-
1. Bibliolhèquc nationale, volume VII, pages i45 et suivantes :