n avait critiqué Molière pour ces vers d'un ballet
Et tracez sur les herbettes L'image de vos chansons.
Benserade voulait corriger ainsi le dernier vers :
L'image de vos chaussons.
Molière se vengea de cette malice en composant un ballet dans lo style de Benserade.
répandit une petite pièce qui fut attribuée tantôt à Chapelle, habitué des réunions d'Auteuil, tantôt au poète Chaulieu, ami de Chapelle :
A la Fontaine où l'on puise cette eau Qui fait rimer et Racine et Boileau, Je ne bois point, ou bien je ne bois guère j Dans un besoin, si j'en avais affaire, J'en boirais moins que ne fait un moineau.
Je tirerai pourtant de mon cerveau Plus aisément, s'il le faut, un rondeau, Que je n'avale un verre plein d'eau claire A la Fontaine.
De ces rondeaux un livre tout nouvenu A bien des gens n'a pas eu l'art de plaire.
Mais quant à moi j'en trouve tout fort beau.
Papier, dorure, images, caractère, Hormis les vers qu'il fallait laisser faire A la Fontaine.
On dit même que cette pièce contraria beaucoup le fabuliste, qui avait besoin, pour arriver à TAcadémie, du suffrage de Benserade. Heureusement celui-ci, dans sa haine pour Boileau, prit en main la cause de la Fontaine, et, malgré le désir du roi et les efforts du président Rose, il la fit triompher. «Il vous faut un Marot », s'était écrié brusquement le fougueux ami de Boileau et de Racine. — a Et à vous une marotte », répartit Benserade. Cet homme rompu aux rondeaux et aux sonnets, habile à aiguiser les épigrammes, devait être fort dans les escarmouches de Tesprit, et passé maître dans l'art de décocher des traits piquants. Après la mort de Corneille, dans la nuit du 30 septembre au !•' octobre 1684, Racine, qui allait prendre avec le nouveau trimestre les fonctions de directeur de l'Académie, disputa noblement à Tabbé de Lavau, directeur sortant, le droit de célébrer
à ses frais les funérailles de son illustre confrère. Vaincu dans ses prétentions p^r la décision de TAcadémie, il eut encore à subir ce mauvais compliment de Benserade : « Si quelqu'un pouvait prétendre à enterrer M. Corneille, » c'était vous; vous ne l'avez pas fait. » Foutenelle et d'autres ennemis de Racine n'ont pas manqué de recueillir ce mot, où, comme l'a dit d'Olivet ^ a le double sens est visible».
Nous avons rencontré ces auteurs dans tous les cercles où il s'agissait de cabaler contre Boileauet Racine. Nous y avons rencontré avec eux les deux Tallemant, François,
Le sec traducteur du français d'Amyol*,
et son cousin Paul, orateur habituel de l'Académie française et secrétaire de l'Académie des inscriptions, à l'époque où elle fut fondée. Ce fut ce dernier qui, en pleine Académie, attaqua amèrement Racine, k propos de sa querelle avec Port-Royal. « Mais, dit Louis Racine, la » réponse de mon père fut si humble, que personne, dans » la suite, n'osa le railler sur le même sujet'. » Racine ne trouvait pas plus de sympathie chez le traducteur de Xénbphon, Charpentier, un des plus anciens membres de l'Académie. Boileau s'était moqué du Plutarque de Tallemant; Racine et lui eurent un tort plus grave envers