Boileau. Ép. VII, v
3. « L*abbé Tallemant s*avisa un jour, en pleine Académie» de lui reprocher sa faute, a Oui, monsieur, lui répondit mon père, vous » avez raison, c*est l'endroit le plus honteux de ma vie, et je donne- 9 rais tout mon sang pour TelTacer; » ce qui At taire Tabbé Tallemant et tous les rieurs qui commençaient à lui applaudir. > {Mé" moires sur la vie de Jean Racine. OEuvi'es complètes de Racine. Édition des Grands écrivains de la France, t. I, p. 235, note.)
Charpentier. Celui-ci avait composé des inscriptions emphatiques pour les tableaux sur les victoires du roi» dont Le Brun avait enrichi les galeries de Versailles. Louis XIV et Louvois en furent choqués ; on eiïaça ces pompeuses déclamations ^; et à qui fut confié le soin de con'iger Tœuvre de Charpentier? à Racine et à Boileau. Les deux amis remplacèrent les belles périodes du pau* vre académicien par quelques phrases simples, courtes et précises. Le roi et toute la cour applaudirent; mais Charpentier n'oublia pas cet affront, et il saisit toutes les occasions d'hostilité contre les deux poètes.
On voit, par cette énumération, quelle supériorité le parti des anciens auteurs devait avoir dans les délibérations de TAcadémie. Ce n'est pas la seule preuve qu'on puisse donner de leur longue prédominance. Jusqu'à la (in du xvn* siècle, à une époque où la carrière de Molière était finie, où Racine, Boileau, la Fontaine avaient donné presque tous leurs chefs-d'œuvre, où tant de grands prosateurs, secondant par leurs ouvrages l'influence de ces poètes, avaient,, à ce qu'il semble, complètement ramené et fixé le goût public, les Boyer, les Le Clerc, les Benserade, les Cotin, étaient encore les auteurs favoris de l'Académie française, ceux qu'elle produisait dans les jours de séance publique, ceux dont les lectures rehaussaient l'éclat des grandes solennités. Colbert donne-
1. Louis Racine. — Dans une chanson sur la réception de Fontenelle à l'Académie française, dont nous avons cité un couplet (page 42), on raille ainsi les inscriptions de Charpentier :
Doyen de pesante figure, Qui trouves le secret nouvean Do parler aux rois en peinture, Et d'apostropher leur tableau.
Ah ! qu'il fait beau De te voir, dans cette posture.
Faire à Louis le pied de veau !
t-il une fête à ses confrères de TAcadémie *? c'est Perrault et Boyer qui, par leurs vers, représentent dans cette circonstance mémorable Tillustre assemblée. L'abbé Colbert est-il reçu à l'Académie ? le grand événement de la séance, ce n'est pas le discours de Racine, dont le Mercure rend compte avec des louanges aigresdouces ' ; c'est un Discours de philosophie déBité par Cotin, ce sont des pièces de vers lues par Quinault, Furetière, Boyer, Le Clerc, Charpentier et par un poète bien mal placé en pareille compagnie, Corneille. L'année suivante ^, à la réception de l'abbé de Lavau, le public est encore régalé des confidences poétiques de Le Clerc et de Boyer, Et quand l'ennemi de tous ces auteurs, quand Boileau est reçu à l'Académie, alors même, comme pour attester qu'ils vivent encore, malgré les blessures de la satire, ou peut-être pour faire payer à Boileau l'honneur un peu forcé qu'ils lui accordent, ces poètes qu'il avait plus ou moins maltraités, les Boyer, les Le Clerc, les Benserade, font succéder au discours du récipiendaire et à la réponse du directeur, Tabbé de la Chambre, des' vers de leur façon. La Fontaine, qu'on avait reçu Fannée précédente *, fit aussi une lecture : c'était peut-être de sa part une attention délicate pour Boileau; il mêlait ainsi un peu de miel à l'absinthe que l'on avait servie à