‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 55 sur 151 · Le triomphe de Pradon, Lyon · texte numérisé non relu

Le triomphe de Pradon, Lyon

!2. Préface d*Iphigénie,

Charles Perrault, le chef des modernes, appartenait depuis longtemps au parti des poètes de Tâge de Mazarin. Il avait travaillé avec Chapelain à la fameuse liste des pensions; pas plus que Tauteur de la Pucelle, il ne s'était oublié lui-même, et, « en qualité d'homme habile en poésie et en belles-lettres, » il était porté sur la feuille pour une pension de 1500 livres. 11 entra à TÂcadémie française en 1674, deux ans avant Racine, et le succès de son discours amena Tusage d'admettre le public aux séances de réception. Il joua aussitôt un grand rôle dans la compagnie : protégé de Colbert, il fut souvent l'interprète des vœux de l'Académie auprès du pouvoir; il fit donner à l'illustre corps le Louvre pour domicile, et, après la mort du chancelier Séguier, le roi pour protecteur. Il fut aussi un des principaux fondateurs de l'Académie des inscriptions et de l'Académie des sciences. Perrault n'était donc pas pour Racine un ennemi sans valeur; et, sans doute, il eut part aux intrigues formées contre le poète qu'il enveloppait dans ses ressentiments contre Boileau.

Son poème du Siècle de Louis le Grand, qu'il lut à l'Académie française, le 27 janvier 1687, dut être, de toutes manières, un coup sensible pour Racine. D'abord Fauteur y attaquait avec une légèreté très-irrespectueuse les plus grands génies de l'antiquité grecque et latine ; puis, en leur opposant les modernes, il confondait dans un même éloge quelques auteurs justement admirés, Malherbe, Molière, Racan, et une foule d'écrivains secondaires :

Les Régniers, les Maynards, les Gombaulds, les Malherbes,

Les Godeaux, les Racans.

Les galants Sarrasins et les tendres Voitures» Les Molières naïfs, les Rotrous, les Tristans.

II payait un juste tribut d'admiration au grand Corneille,

Du théâtre français rhonneur et la merveille, Qui sut si bien nièlcr aux grands événements L'héroïque beauté des nobles sentiments.

Mais il oubliait, non sans dessein, Racine, Boileau, la Fontaine, qui pourtant pouvaient lui fournir de bons arguments, et il passait aux autres arts.

Perrault fit mieux Tannée suivante : à la séance de réception de L. de la Chapelle, secrétaire des commandements du prince de Conti, il lut uneépltresurle Génie, dédiée à Fontenelle, c'est-à-dire à un ennemi de Racine et des modernes, à un écrivain qui venait de publier à l'appui du Siècle de Louis Je Grand sa Digression sur les anciens et les modernes. Le poète ne manquait pas d*y célébrer Corneille :

G*est là que s*élevait le héros de ta race,

Corneille, dont tu suis la glorieuse trace ;

C*est là qu*en cent façons, sous des fantômes vains,

S'apparaissait à lui la vertu des Romains;

Qu'habile il en tira ces vivantes images.

Qui donnent tant de pompe à ses divins ouvrages.

Et qu'il relève encor par l'éclat de ses vers,

Délices de la France et de tout l'univers.

Et rétendue complaisante de ce panégyrique préparait Tallusion qui suit:

En vain quelques auteurs dont la muse stérile N'eût jamais rien chanté sans Homère et Virgile, Prétendent qu'en nos jours on se doit contenter De voir les anciens et de les imiter.

L'épllre finit par un éloge enthousiaste des églogues de Fontenelle, qui, au goût de l'ennemi des anciens,

laissent loin derrière elles Virgile et Théocrite. Ces poètes, il est vrai, eussent été bien fâchés de mériter les compliments que Perrault adressait à son ami, et ses louanges valaient une critique :

De réglogue en tes vers éclate le mérite, Sans qu'il en coûte rien au fameux Théocrite, Qui jamais ne fit plaindre un amoureux destin, D*un ton si délicat, si galant et si fin.

Bien diiïérents de Fénelon et de Racine, Perrault et Fonlenelle étaient de Técole qui trouvait les anciens trop simples et trop nus. « Âh I le bourreau ! il fera tant qu'il donnera de l'esprit à Démosthène I » s'était écrié Racine en entendant lire chez Boileau les traductions de Tourreil. Il aurait pu dire aussi da l'auteur des idylles : a le bourreau donnera de la galanterie à Virgile ! Il fera des bergers et des pécheurs de Théocrite des soupirants dis* crets, des seigneurs pleins d'élégance et de distinction I »

Quelques mois après VÊpitre au génie ^ paraissait le premier volume des Parallèles des anciens et des modernes^. Dans ce nouvel ouvrage, où l'auteur développe à son aise toutes ses théories, il ne s'est pas départi de son svstème d'allusions malveillantes à l'adresse de Racine. Le principal interlocuteur du dialogue', l'abbé, après avoir élevé les romans de VAstrée, du Cyrus, de Cléliey de Cléopdtrej au niveau de V Iliade et de V Odyssée^ ajoute : « Avec tout cela, je ne m'éloigne pas de blâmer notre » siècle de l'excès de tendresse qui règne dans ces sortes » d'ouvrages et qui a si étrangement défiguré tous les » héros. » C'est un moyen d'amener la réplique du chevalier, auxiliaire fougueux des idées de l'abbé : « Ce

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