‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 73 sur 151 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ALEXANDRE («léc. 1665).

Quelques attaques contre les Frères ennemis. — Succès d'Alexandre. — Rupture avec Molière. — Dédicace C^ Alexandre au roi. — Première préface. — Comptes rendus de Robinet — Dissertation sur Alexandre, par Sainl-Êvremond .

Si l'on en croyait TÉpître dédicatoire des Frères ennemiSy ce premier essai d'un auteur encore bien obscur aurait déjà mis l'alarme parmi les poètes et les critiques, et cette tragédie aurait eu un honneur qui n'appartient pas en généml aux œuvres médiocres, celui d'être combattue par de nombreux ennemis. Racine, après avoir remercié M. le duc de Saint-Aignan dé* sa bienveillante estime, demande à son protecteur, pour la pièce dépouillée des oniements de la scène, la continuation de cette précieuse faveur qui a entraîné celle du public, c Si cela est, ajoute-t-il, quelques en- » nemis qu'elle puisse avoir, je n'appréhende rien pour 9 elle, puisqu'elle sera assurée d'un protecteur que le 1 nombre des ennemis n'a pas accoutumé d'ébranler. » Sans doute on avait signalé dans les Frères ennemis quelques imitations trop directes d'une tragédie anté-

rieure de Rotrou. On raconte en effet *■ que Racine, pressé par le temps, et forcé de remettre dans un délai prescrit la pièce qu'attendait Molière, ou encore se défiant de lui-même et voulant échapper à l'accusation d'avoir lutté avec un poète resté populaire, prit le parti d'emprunter presque sans changement à VAntigone de Rotrop un récit qu'on jugeait alors inimitable*. Le morceau disparut à l'impression des Frères ennemis; mais ce plagiat, avoué par Tauteur, fut une bonne fortune pour les critiques; et plus tard surtout, quand Racine sera dans tout l'éclat de sa gloire, ses ennemis ne manqueront pas de s'en prévaloir. Pradon y fait allusion dans une de ses préfaces, et Barbier d'Âucour, dans son Apollon vendeur de Mithridate^ réduit la tragédie à un long plagiat.

Mais la guerre que nous racontons ne s'engage dans toutes les règles qu'à partir de la tragédie d'Alexandre. Le grand succès de cette œuvre imparfaite, mais brillante, le suffrage du roi, qui en acceptait la dédicace, annonçaient aux poètes du temps un redoutable rivaL Les applaudissements du public avaient glorieusement contredit la condamnation de Corneille.

Chose curieuse, un auteur qui plus tard critiquera violemment la tragédie d'Andromaqmy Subligny, fit, dans la Mtise de la cour du 7 décembre 1665, un long et très'élogieux récit de la première représentation. Voici quelques-uns de ces vers :

Le vendredi * leurs Altesses Royales * virent dans leur Palais-Royal

1. C'est Lagrange-Ghancel qui racontait ces détails : il disait les tenir d'amis particuliers de Racine.

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