XVIII PREFACE
rains. On sait pourtant qu'il n'en fut pas ainsi, et l'histoire de la vie du poète nous le montre, depuis ses débuts jusqu'à son dernier chef-d'œuvre, attaqué sans cesse par des ennemis qui réussirent à troubler, quelquefois même à compromettre son succès, qui lassèrent son courage, et, au moment où il atteignait à peine la maturité de son âge et de son talent, le chassèrent du théâtre ; qui, enfin, lorsqu'il rentra dans la lice avec un génie retrempé à des sources nouvelles, plus pur et plus vigoureux que jamais , lui ravirent un triomphe si légitimement espéré, et le condamnèrent à mourir en doutant de son œuvre Ja plus parfaite.
Quelles furent les causes de ces inimitiés si persévérantes? Quels intérêts, quelles passions les ont fait naître? Quel a été le caractère de ces attaques? Quelle a été la valeur de ces critiques ? Ont-elles exercé quelque influence sur la marche et les progrès du génie de Racine ? Il nous a semblé intéressant de le rechercher. Sans doute, plusieurs incidents de ces luttes sont déjà connus. Comment se flatter d'être nouveau en parlant d un poète qui, depuis un siècle et demi, a fixé l'attention de la critique, et dont les œuvres, analysées avec tant de justesse et de sensibilité par Voltaire, Yauvenargues, La Harpe, ont inspiré encore de nos jours à d'éminents écrivains des travaux pleins de délicatesse et de pénétration ? Mais les éléments de cette question sont encore épars. Depuis les Mémoires de Louis Racine, précieux sans doute, mais, à tant d'égards, si insuffi-