LES PLAIDEURS
modèle d'une célèbre plaideuse du temps, la comtesse de Cressé. L'avidité fameuse de M*^ Tardieu^ Temme d'un juge au parlement, servit à peindre Babonnette, la défunte épouse de Perrin Dandin. On emprunta quelques traits à de célèbres avocats du temps, Patru et M. de Montauban. Tous ces matériaux, avec les incidents que fournissaient les Guêpes d'Aristophane, furent habilement mis en œuvre par Racine, et, après quelques jours, il présenta à ses amis une pièce en trois actes, vivement conduite, facilement et lestement versifiée, pleine de traits piquants, malins sans amertume, contre les plaideurs, les avocats et les juges, bien inférieure sans doute, comme force et comme portée, à la comédie politique du poète grec, mais très-gaie et très-digne du rire a des honnêtes gens ».
On sait cependant que les Plaideurs n'eurent d'abord aucun succès : les acteurs furent presque siffles et la pièce fut retirée après deux représentations. Comment Racine explique-t-il cette disgrâce? C'est, dit-il, que sans se soucier de l'intention de l'auteur, on voulut voir c dans cet amusement une comédie régulière; » on l'examina, « comme on aurait fait une tragédie. Ceux T> même qui s'y étaient le plus divertis eurent peur de » n'avoir pas ri dans les règles, et trouvèrent mauvais » que je n'eusse pas songé plus sérieusement à les faire D rire. Quelques autres s'imaginèrent qu'il était bien- » séant de s'y ennuyer, et que les matières du Palais ne » pouvaient pas être un sujet de divertissement pour les » gens de cour. » Cependant un juge compétent, Molière, présent à la seconde représentation, ne partagea pas le mépris aO'ecté du public : « Ceux qui se moquent de la comédie, dit- il tout haut, mériteraient qu'on se moquât d'eux. » Un autre suflrage vengea bientôt avec plus d'éclat le poète. Un mois après l'échec des Plai-