Act. V
BAJAZ£T. U\
souscrire à la condamnation des critiques; moins il nous semble que la figure de Bajazet se confonde parmi celles des galants doucereux et vulgaires ; plus elle nous paiatt avoir d'originalité et de relief, plus nous la trouvons digne de la tragédie.
Le jugement de M'"'' de Sévigné se rapproche eu partie de ceux que nous avons déjà combattus, ficpendant sa première impression a été favorable à la tragédie. Après l'avoir vu représenter, elle écrit à sa fille *■ : » La pièce de Racine m'a paru belle. La Champmeslé » m'a paru la plus miraculeusement bonne comédienne » que j'aie jamais vue. « Elle continue par quelques détails sur cette actrice que par une allusion plaisante elle appelle sa belle-fille; puis elle revient à Bajazet. Elle y trouve « quelque embarras sur la fin :» ; mais elle y reconnaît « bien de la passion, et de la passion moins » folle que celle de Bérénice; elle y a pleuré plus de « vingt laimes». Cependant, a à son petit sens, elle ne » surpasse fdisAndromaque ». Après avoir rendu justice à Racine, elle n'oublie pas de répondre à Tinsolente admiration de M. de Tallard, et de proclamer avec force l'incomparable supériorité de son ami Corneille.
La lecture de Bajazet changea les sentiments de M"" de Sévigné, et rendit son appréciation beaucoup plus sévère. Elle fait passer la pièce à sa fille ' : € Si je » pouvais^ lui dit-elle, vous envoyer en même temps la » Champmeslé, vous trouveriez la pièce bonne ; mais » sans elle, elle perd la moitié de son prix. Je suis folle de Corneille! » ajoute-t-elle immédiatement, sans transition, comme se détournant dédaigneusement des œuvres de son indigne rival. Mais c'est dans la lettre du