‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 102 sur 156 · MITHRIDATE. S · texte numérisé non relu

MITHRIDATE. S

si Ton veut, aussi bassement perfides, en attirant dans leurs pièges les ennemis qu'ils voulaient détruire. Mais celte astuce est terrible comme celle du tigre : on ne songe pas à en rire, parce qu'on tremble pour les malheureux qu'elle menace. On déteste le bourreau, on a pitié de la victime ; la situation est saisissante et Témotion vraiment tragique. Ne peut-on pas répondre ainsi à Fontenelle et à ceux qui, après lui, ont critiqué Tartifice de Néron et celui de Mithridate? La comparaison même d'Harpagon et de Mithridate n'est-elle pas le triomphe de Racine? La position semble la même; mais quelle différence dans le caractère des hommes et dans les conséquences de l'artifice! Aucun danger ne menace Cléante et Marianne ; Monime et Xipharès, comme Britannicus et Junie, sont sous le coup de la mort. La jalousie d'Harpagon est désarmée et impuissante ; celle de Mithridate et de Néron déchire et tue. On peut le dire^ avec Voltaire * : « L'une amuse, réjouit, fait rire les hon- » nêtes gens; l'autre attendrit, effraye, fait verser des » larmes. » L'une est du ressort de la comédie, l'autre rentre de droit dans le domaine du poète tragique.

Quant à la critique de Visé sur le dénoûment, elle a bien peu de valeur. En dépit des spirituelles plaisanteries du gazetier sur la fin chrétienne du héros, il est bien vrai que les plus violentes passions se calment en face de la mort, et qu'à ce moment suprême, l'âme s'élève et s'épure, la raison reprend ses droits et dompte les plus impérieux mouvements du cœur. De plus, Mithridate récompense en Xipharès l'héritier de sa haine contre Rome, l'espoir de sa vengeance, le fils généreux qui a immolé son amour à son devoir, qui a exposé ses jours pour sauver des mains des ennemis un père em-

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