Colbert était mort en
33d ËSTtlEtl Et AtHALtË.
allusions qui faisaient de la pièce une perpétuelle allégorie :
Racine, cet homme excellent, Bans Tantiquité si savant, Des Grecs imite les ouvrages ; U peint, sous des noms empruntés»
Les plus illustres personnages Qu* Apollon ait jamais chantés.
Sous le nom d*Aman le cruel, Louvois est peint au naturel ; Et de Vasthy la décadence Nous retrace un portrait vivant De ce qu*a vu la cour de France A la chute de Montespan.
La persécution des Juifs
De nos huguenots fugitifs
Est une vive ressemblance ;
Et TËsther qui règne aujourd'hui
Descend des rois * dont la puissance
Fut leur asile et leur appui.
Pourquoi donc, comme Assuérus, Noire roi, comblé de vertus, N*a-t-il pas calmé sa colère?
Je vais vous lé dire en deux mots :
Les Juifs n'eurent jamais affaire Aux jésuites et aux dévots.
Cette chanson respectait du moins M*^* de Maintenon, et laissait croire qu'il n'avait pas dépendu d'elle déjouer jusqu'au bout le rôle d'Esther. Mais on ajouta un cinquième couplet fort injurieux pour elle :
Comme la Juive d'autrefois.
Cette Esther qui tient à nos rois
1. c Quelques-uns prétendaient que Jeanne d'Albret, après la mort » d'Antoine de Navarre, avait épousé secrètement d'Aubigné, qui a
ESTHER ET ÂTHALIE. 837
Éprouva d'affreuses misères; Mais plus dure que Tautre Esther, Pour chasser la foi de ses pères Elle prend la flamme et le fer.
C'est ainsi que la malignité trouvait à s'exercer à propos d'une pièce dont le sujet et tous les incidents étaient historiques, et qu'une œuvre inspirée par la piété, destinée aux plaisirs innocents de jeunes filles, devenait l'occasion de scandales qu'on cherchait à faire retomber sur Racine. Celui-ci cependant ne se découragea pas, et, au lieu de répondre aux critiques qui accusaient sans doute le plan d*Esther et quelques-uns des personnages, il voulut leur prouver qu'il saurait, quand il le voudrait, même sans la ressource d'un sujet profane, faire une tragédie régulière et complète. Il composa son Aihalie^ c'est-à-dire la pièce la plus achevée de notre théâtre pour la simplicité et la force de la conception et de l'intrigue, pour la vigueur et la conséquence des caractères, pour la vérité saisissante de la couleur, pour la majesté du spectacle, pour l'énergie, la magnificence, la hardiesse biblique, et en même temps l'exquise et merveilleuse pureté du style. Il .devenait difficile de soutenir que Racine ne savait faire parler que des Français, qu'il n'entrait pas dans le caractère et le génie des nations mortes, qu'il ne pouvait remplir une action que par les agitations et les fureurs de l'amour. Dans Athalie, il marquait profondément les traits du peuple juif; il développait un sujet tout à fait en dehors des habitudes du théâtre ; il échappait complètement aux traditions et aux influences de son temps. On sait pourtant quelle fui la fortune de cette tragédie, proclamée par Boileau le chef-
» écrit l'histoire de son temps. » (Chansons histor,^ i, VIT, p. 290, note manuscrite.)