Lettre du 21 mars
2. M"»" de Sévigné dit : « Le roi y a pris goût, on ne verra autre » chose. »
ESTHER ET ÂTHALIE. 839
» est si belle, que l'action n'en parut pas refroidie : il me » semble même qu'elle produisit alors plus d'eiïet qu'elle » n'en a produit sur le théâtre de Paris. » Ainsi, au rapport de M"* de Caylus, le roi et M"* de Haintenon ne se seraient pas aussi étrangement trompés sur le mérite à*Athalie; ils n^auraient pas été froissés, comme on l'a supposé, par de prétendues allusions ^
1. Dans les précédentes éditions de cet ouvrage, nous nous appuyions encore sur une lettre de Boilcau à Racine qui a été publiée pour la première fois par M. Aimé Martin, Œuvres complètes de Racine, 1844, t. VI, p. 197. Elle serait importante si Tauthenticité n'en était fortement suspecte. En voici le texte : ■ Le contre-temps de votre » indisposition a été bien fâcheux ; car en arrivant à Versailles, j'ai
• joui d'une merveilleuse bonne fortune ; j'ai été appelé dans la s chambre de M"* de Maiutenon, pour voir jouer devant le roi, par
• les actrices de Saint-Cyr, votre pièce d* A (Aoiie. Quoique îos élève s n'eussent que leurs habits ordinaires, tout a été le mieux du monde » et a produit un grand effet. Le roi a témoigné être ravi, enchanté, » ainsi que M"** de Maintenon. Pour moi, trouvez bon que je vous » répète que vous n'avez pas fait de meilleur ouvrage. Adieu, mon » cher monsieur, je suis fort pressé aujourd'hui. Si j'avais plus de
• loisir, je vous rapporterais un mot charmant de M. de Ghartress
• sur votre pièce, et qui a fait dire de grands biens de vous au roi ; s mais je vous verrai vraisemblablement demain, et j'aime mieux ats tendre à vous dire cela de vive voix. »
M. Mesnard (Racine, t. III, p. 556, note) relève judicieusement les invraisemblances de ce langage : f Pourquoi apprendre à Racine que s c'était par les actrices de Saint-Cyr que sa pièce avait été jouée, s et avec leurs habits ordinaires? Racine le savait de reste. » Il trouve peu convenable que Boileau, quelque pressé qu'il tùii, ait remis au lendemain la citation d*un mot charmant de M. de Chartres. Quant à cet austère évoque, Godet des Marais, qui avait blâmé les représentations d'Esther comme dangereuses pour la modestie des jeunes filles, et qui, suivant La Baumelle, avait refusé d*Ussister avec son collègue et ami Fénelon à la répétition d*Athalie donnée à Saint- Cyr, le 22 février 1691, il n'est pas vraisemblable qu'il ait été plus tard invité à Versailles, et que, non content d'approuver par sa présence ce qu'il avait toujours condamné, il ait prononcé • un mot charmant », sans doute un mot d'éloge pour la tragédie. En outre,
dW ESTHER ET 4THALIE.
Dn détail que M""* de Caylus a négligé et que nous connaissons par le Journal de Dangeau, fortifie les conclusions de ce récit. Avant les représentations de Versailles, le roi avait assisté à Saint-Cyr à trois répétitions très-simples, sans théâtre et sans costumes, de la nouvelle pièce. A la seconde, qui est du jeudi 8 février 1691, M"* de Maintenon avait admis quelques dames. Le roi amena à la troisième, le jeudi 22 février, le roi et la reine d'Angleterre et cinq ou six personnes au nombre desquelles était Fénelon. Son jugement était donc déjà formé avant (\u*Athalie fût jouée dans la chambre de M°* de Maintenon.
Il paratt aussi, au témoignage de M. Lavallée ^, que, sur le désir du roi, d'autres représentations semblables eurent lieu encore à Versailles, cette année même et les deux suivantes, en présence des princes du sang et de quelques personnes de distinction. En 1699, quand fut célébré le mariage du duc de Bourgogne et de la princesse de Savoie, M"* de Maintenon fit venir encore dans sa chambre les jeunes filles de Saint-Cyr pour jouer Athalie, « Le spectacle fut fort touchant et fort agréable, dit Dangeau. Cela se fit fort en particulier ^. »
Enfin, en 1702, M"® de Maintenon ramena encore Tattention sur le chef-d'œuvre, dont l'auteur n'était plus, et le fit jouer à Versailles, non plus par les pensionnaires de Saint-Cyr, mais par des seigneurs et dames de la cour, et même par des princes et des princesses. Le Mercure galant^ rend compte de ces tnis
M. Aimé Martin s*e8t trompé en donnant à cette lettre, qui ne porte que cette indication : Versailles à six heures, la date de 1690. Les répétitions de Saint-Cyr sont de janvier et de février 1691.